Il y a longtemps qu’on attendait un disque de Safia Nolin. Elle s’était révélée au Festival de Granby il y a trois ans, cette femme de Limoilou à la voix d’or : elle s’est transplantée à Montréal depuis. Au fil des rencontres qu’elle a faites, avec le réalisateur Philippe Brault et les guitaristes Joseph Marchand et Rick Haworth, un album est né. Enregistré avec les complices de sa nouvelle vie et de sa nouvelle ville, son très beau premier opus, « Limoilou », parle de son passé. Un passé qui fait mal et qui témoigne d’une existence tourmentée et douloureuse qu’elle tente de transcender par la musique.

La douleur est latente dès les premières notes de la première chanson, la très sombre Les excuses. Avec un simple accompagnement de piano, la voix chargée d’émotion de Safia nous saisit, transcendant cette simple chanson folk en chant presque religieux, ou spirituel. Toujours minimaliste mais un peu plus chargée, La laideur suit. Les peurs de la femme de 23 ans sont exposées avec candeur et sans pudeur : « Toute seule, je m’en vais toute seule. Sans peur, j’avance sans peur. Ailleurs, j’irai ailleurs, mais j’ai menti parce qu’au fond j’ai peur ». Sombre et presque menaçante, Technicolor fait entendre un timbre de voix plus lancinant de la part de la chanteuse. Tout aussi troublée, la très belle Ce matin peut en devenir presque obsédante, avec les répétitions et les effets sonores bien faits.
Voici d’ailleurs l’album au complet. On peut aussi écouter les chansons (avec les paroles) sur bandcamp.

Clairement située géographiquement à Limoilou, la magnifique Igloo est une carte postale de la Safia Nolin d’il y a quelques années. À l’écoute de cette pièce, la solitude et l’isolement font presque mal : « J’erre comme un fantôme amnésique dans les maudites rues de Limoilou, sous le regard du hibou de plastique. En Basse-Ville y’a mon igloo ». Reposant surtout sur les guitares acoustiques, Valser à l’envers et Valser à l’envers B expriment deux autres faces d’un mal-être. Si seulement voit s’entrechoquer des guitares acoustiques et électriques, alors que la délicate Acide est tout en contrastes en nuances. On accroche cependant un peu moins dans Les marées, Noël partout et Le goût du ciment.

« Limoilou » est un très bel album, où l’on entend tout le talent de Safia Nolin, qui s’exprime ici dans une immense fragilité et une attachante vulnérabilité. Les thèmes de la solitude, de l’isolement et de l’abandon deviennent un petit peu lourds par contre, et l’album s’essouffle par moments. Nolin gagnerait donc à diversifier ses thématiques et ses compositions musicales. Les 42 minutes que dure l’album sont un peu longuettes, mais ça n’enlève rien à la qualité de plusieurs des chansons du premier album de Safia Nolin.

safia nolin limoilou
SAFIA NOLIN
Limoilou
(Bonsound Records, 2015)

-Genre : folk introspectif
-Dans le même genre que Bon Iver, Elliott Smith et Iron & Wine

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SAFIA NOLIN : La musique pour thérapie
ORIGINALITÉ 70%
AUTHENTICITÉ 90%
ACCESSIBILITÉ 75%
DIRECTION ARTISTIQUE80%
QUALITÉ MUSICALE80%
textes80%
79%Overall Score
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Benoit Bergeron
Blogueur - RREVERB
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Curieux de nature, Benoit est un boulimique musical qui consomme de presque tous les genres. Du punk au classique, en passant par le folk, le psychédélique et le rockabilly, il sait apprécier les subtilités propres à chacun de ces courants musicaux. À travers des centaines d'heures d'écoute et de lecture de biographies, il tente de découvrir les motivations et les secrets derrière les plus grands albums et les œuvres grandioses des derniers siècles. Il parcourt aussi les salles de spectacle de Montréal, à la recherche de vibrations directes.