On l’aura attendu, ce deuxième album de la carrière de la talentueuse Salomé Leclerc. Trois ans et demi après « Sous les arbres », à constater son évolution musicale lors de ses magnifiques concerts où la jeune femme a de plus en plus pris sa place, tout en restant « dans sa bulle ».

Parce que c’est ça, la magie de Salomé Leclerc. Elle nous fait pénétrer dans son univers intime (L’icône du naufrage) tout en gardant une épaisse couche de mystère (Arlon) qui nous permet de peindre notre propre univers sur ses chansons, selon notre propre vécu. Telle une peintre impressionniste, Salomé Leclerc suggère des émotions, des situations, et l’auditeur en fait ce dont il a envie. On y sent le feu, l’amour, parfois étouffés sous la glace, la peine (Un bout de fil).

La magie de Salomé opère lorsqu’elle donne l’impression de déposer délicatement ses mots au fond de l’oreille, touchant directement l’âme plutôt que de prendre mille détours ou d’essayer de percer la carapace humaine par la puissance. Elle sait où est le tendon d’Achille et le vise à tout coup.

« J’ai jamais braqué la lumière sur la nuit des volcans
J’ai jamais vu fondre l’hiver, je suis resté dedans »
chante-t-elle sur Le bon moment.

Les blessures sont encore bien présentes dans la plume et la voix de la musicienne. Elle les expose comme des combats, des chutes, des périodes de noirceur et de vulnérabilité (Attendre la fin). Sa musique n’est pourtant jamais déprimante. Elle est habitée d’un espoir de lumière, presque tangible au bout des doigts.

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Musicalement, il y a aussi eu une belle évolution. Son complice Philippe Brault dirige avec son habituel brio en misant sur l’intensité du chant de Salomé et en l’entourant de plusieurs éléments très forts. Basse fuzz, percussions soit tribales, soit électroniques, cuivres bien placés, claviers qui apportent parfois un peu de soleil (Vers le sud). Ou un espoir de soleil.

Il reste une belle place pour les guitares électriques de Salomé Leclerc. Un élément important pour celle qui avoue prendre PJ Harvey, Feist et Cat Power comme modèles. La jeune auteure-compositrice-interprète de Sainte-Françoise-de-Lotbinière (dont elle fut l’une des 471 habitantes) n’a pas à avoir de complexes. En misant sur son talent et sur l’authenticité de ses émotions, Salomé Leclerc vise et fait mouche.

« Une autre pas j’espère, avant les chemins de l’ombre.
Un autre cri j’espère, avant la blessure des hommes »
Les chemins des ombres

Je vous laisse faire votre propre voyage sur ces 27 fois l’aurore.

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SALOMÉ LECLERC
27 Fois l’aurore
(Audiogram, 2014)

-Genre: indie folk électrique poétique
-Dans la même veine que Feist, PJ Harvey, Cat Power, Emily Loizeau

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SALOMÉ LECLERC : le feu, la glace
Originalité90%
Authenticité100%
Accessibilité85%
Direction artistique95%
Qualité musicale95%
Textes95%
93%Overall Score
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85%

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Nicolas Pelletier

Mélomane invétéré et rédacteur agréé, Nicolas pratique la critique en mode olympique: il parle de tout, tout le temps, depuis 1991. Il a publié 6 000 critiques de disques et concerts dont 1100 chez emoragei magazine et 600 sur enMusique.ca, dont il a également été le rédacteur-en-chef de 2009 à 2014. Il publie “Les perles rares et grands crus de la musique” en 2013, et devient stratège numérique des radios de Bell Média en 2015, participant au lancement de la marque iHeartRadio au Canada en 2016.