Sur la pochette de son album comme sur ses photos de presse, vous conviendrez que Sébastien Tellier a l’air d’un illuminé, proche de Raël, avec sa barbe longue, sa toge blanche et ses signes des mains. Et comme Raël, il chante (souvenons-nous des six (!) microsillons de Claude Vorilhonen tant que chansonnier, sous le nom Claude Celler).

La différence est que le Dieu de Sébastien Tellier est bleu. Et que sa musique est, par moment, loin d’être mauvaise. Ça aurait été facile de traiter cette critique d’un angle dédaigneux, cynique et hautain, mais voilà que j’éprouve une certaine dose de respect pour le musicien qui a composé (et interprété) des morceaux avec un certain panache (Russian Attractions, avec claviers orchestraux), pas trop loin de ce qu’on fait Indochine, Depeche Mode et autres groupes new wave pop.

sebastien tellier crumb

La musique de Tellier est moderne, plus axée vers le lounge que les 80s, a parfois beaucoup de groove, comme dans le disco Cochon Vile, digne des grands exploits dansants de Patrick Hernandez et Giorgio Moroder. Avec sa voix grave, souvent parlée, il évoque les meilleurs moments de Gainsbourg. Flashback 1976! Tellier chante en anglais, mais glisse quand même quelques phrases de français ici et là, telles des confidences à son public avec lequel il partage la langue maternelle.

Mais, lorsqu’on regarde ses clips, difficile de ne pas éclater de rire…

 

En entrevue aussi, il est pour le moins spécial…

 

Au final, Tellier nous a pondu un album qui laisse perplexe par son positionnement de “leader de secte spirituelle”, mais dont la musique n’est pas si éloignée de celle des gars d’ Air, avec lesquels il a d’ailleurs collaboré.

Le premier album de Tellier, « L’incroyable vérité » sort en 2001. Il accompagne ensuite Air en tournée. Suivra le second opus, « Politics » en 2005, contenant le tube “La Ritournelle”, mettant en vedette le batteur Nigérien Tony Allen, collaborateur de Fela Kuti. La pièce sera remixée maintes fois, don’t par Metronomy. Après un disque de versions acoustiques, « Sessions » (2006), il lance « Sexuality », réalisé par Guy-Manuel de Homem-Christo de Daft Punk. Il signe alors une entente avec la chaîne de vêtements American Apparel qui distribuera exclusivement l’album pendant trois mois, en plus de vendre des raretés.

Sébastien Tellier poursuit son étonnant parcours en étant choisi comme représentant de la France au concours Eurovision. Chantant en anglais, il détonne de la tradition et, encore une fois, choque.

Imposteur? Pince-sans-rire? Illuminé? Génie du marketing? Difficile à dire. Peut-être tout à la fois, dosé…
Chose certaine, Sébastien Tellier a le talent musical et sait s’en servir.

SEBASTIEN TELLIER

SÉBASTIEN TELLIER
My God Is Blue
(Record Makers  (Bonsound au Canada), 2012)
Lien vers achat en ligne (iTunes)
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Nicolas Pelletier

Mélomane invétéré et rédacteur agréé, Nicolas pratique la critique en mode olympique: il parle de tout, tout le temps, depuis 1991. Il a publié 6 000 critiques de disques et concerts dont 1100 chez emoragei magazine et 600 sur enMusique.ca, dont il a également été le rédacteur-en-chef de 2009 à 2014. Il publie “Les perles rares et grands crus de la musique” en 2013, et devient stratège numérique des radios de Bell Média en 2015, participant au lancement de la marque iHeartRadio au Canada en 2016.