Simon Lacas nous prévient dès la deuxième chanson, Verte : « Entrez dans ma tête, désolé pour le bordel ». « La Fuite », paru officiellement il y a quelques semaines, tente ainsi d’exorciser les démons qui l’ont assailli à son adolescence. Le premier album de ce jeune artiste d’à peine 20 ans aborde donc de manière très personnelle les thèmes de la dépression, de l’anxiété, de la folie et de la dépendance. Lancé en indépendant, cet opus montre les influences musicales de groupes comme Radiohead, Karkwa, Harmonium et Pink Floyd. Certains élans vocaux rappellent par ailleurs Matthew Bellamy, de Muse, et Daniel Bélanger.

La langoureuse Érotomanie ouvre le disque et donne le ton, avec un motif de guitare insistant et une progression lente d’une ambiance qui devient peu à peu oppressante. La réalisation de François Séguin et les arrangements sont d’ailleurs très appropriés pour les textes de Lacas (une bonne paire d’écouteurs permet d’entendre toutes les subtilités!). Le natif de Terrebonne se fait très vulnérable sur Encore, qui comprend un épique solo de guitare occupant presque la moitié des six minutes de la pièce.

La pièce la plus personnelle du disque est certainement Une histoire à dormir debout. L’interprétation de Lacas est poignante et sa voix est superbe. On le sent seul, recroquevillé, au bord du désespoir lorsqu’il chante ces phrases : « Comme plus d’une fois j’regarde l’aurore, pensant pourquoi fait-il si noir, pleurant toute les larmes de mon corps, dû au sommeil beaucoup trop rare ». Ces mots décrivent finalement bien comment la fuite est un cercle vicieux et comment il peut être facile de s’y réfugier : « Et je fuis, je fuis l’espoir pour alimenter mon histoire ».
Voici une version live de cette chanson, filmée aux Francofolies 2013, où Lacas avait d’ailleurs gagné le prix de L’étoile montant Ford. L’album au complet peut être écouté sur la page bandcamp de l’artiste.

L’excellente Les Voix est très bien construite, avec les guitares qui s’échangent de belles mélodies et la voix qui est traitée. Les guitares deviennent plus lourdes à la fin, mais le message que l’amour fait souffrir demeure : « J’aime aussi bien me détruire que de vous laisser m’aimer ». Lotus s’ouvre avec un envoûtant thème à la guitare acoustique (rappelant quelque peu un Fiori à six cordes!). La chanson alterne entre des moments acoustiques et des envolées à la sauce rock progressif. Lacas y va de vocalises fort bien maîtrisées qui font penser à Matthew Bellamy. La délicate Elle clôt l’album et aborde pour une dernière fois le thème de la folie : « La folie. Elle, elle m’aime ».

Avec « La Fuite », Simon Lacas livre un très bon premier album, peut-être encore un peu trop collé à ses influences, mais qui montre tout de même les signes d’un talent très prometteur. Même si quelques vers aux tournures plutôt carrées trahissent sa jeunesse, le musicien de 20 ans a déjà une belle maturité qu’il met en musique et en textes.  Lacas dit avoir déjà presque terminé un second album et affirme plancher sur un troisième! Il sera donc intéressant de surveiller cet auteur-compositeur-interprète.

simon lacas la fuite
SIMON LACAS
La fuite
(Indépendant, 2014)

-Genre : rock planant
-Dans le même genre que Radiohead, Muse, Karkwa

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SIMON LACAS exorcise ses démons
ORIGINALITÉ 65%
AUTHENTICITÉ 85%
ACCESSIBILITÉ 75%
DIRECTION ARTISTIQUE85%
QUALITÉ MUSICALE85%
textes80%
79%Overall Score
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84%

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Benoit Bergeron
Blogueur - RREVERB
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Curieux de nature, Benoit est un boulimique musical qui consomme de presque tous les genres. Du punk au classique, en passant par le folk, le psychédélique et le rockabilly, il sait apprécier les subtilités propres à chacun de ces courants musicaux. À travers des centaines d'heures d'écoute et de lecture de biographies, il tente de découvrir les motivations et les secrets derrière les plus grands albums et les œuvres grandioses des derniers siècles. Il parcourt aussi les salles de spectacle de Montréal, à la recherche de vibrations directes.