Poussé par le brio des Beatles sur « Rubber Soul », Brian Wilson entendait bien surpasser ce que les garçons de Liverpool avaient pu faire ou étaient en train de créer. Le génie créatif des Beach Boys montrait tout son savoir faire depuis quelques années, en particulier depuis le superbe « The Beach Boys Today! », sorti en mars 1965. Cet opus avait été le premier réalisé par Brian depuis qu’il avait arrêté de faire de la tournée avec le groupe, après un épisode de dépression nerveuse. Quand les Beatles ont fait paraître « Rubber Soul » en décembre 1965, Brian Wilson a su qu’il devait faire encore mieux. C’est exactement ce qu’il a fait avec « Pet Sounds », qui est sans aucun doute un des meilleurs albums de tous les temps.

Paru en mai 1966, « Pet Sounds » est le fruit de centaines et centaines d’heures de composition et de travail en studio. Pour 8 des 13 chansons de l’album, il s’est allié avec Tony Asher, un publiciste de 26 ans. Asher a mis en mots les préoccupations de Brian sur des thèmes introspectifs comme la fragilité de l’amour, la solitude, les doutes qu’on peut avoir sur soi et le monde, etc. La plus belle de leurs compositions est la magnifique God Only Knows. Lettre d’amour d’un homme qui imagine ce que serait la vie sans sa bien-aimée, cette pièce est un chef-d’œuvre d’une complexité et d’une beauté rarement égalées. L’instrumentation est sophistiquée, avec des cordes, de la flûte et du cor français. La voix de Carl, le frère de Brian, est tout simplement splendide. Le contrepoint et les harmonies vocales en canon sont parfaites. Nul autre que Paul McCartney considère cette pièce comme sa préférée!

L’entraînante Wouldn’t It Be Nice ouvre l’album avec une guitare pleine d’écho. Wilson a clairement emprunté à Phil Spector sa technique du Wall of Sound. Une armée de musiciens joue en rythme et sature l’espace sonore. Wilson a d’ailleurs emprunté à Spector une bonne partie de ses musiciens réguliers, alors qu’il a fait appel au Wrecking Crew, ensemble de musiciens de studio très actifs à Los Angeles. Alors que les autres membres des Beach Boys étaient en tournée, il a enregistré les parties instrumentales avec ces as musiciens. Les voix ont ensuite été faites au retour de la tournée. Ça peut paraître étrange, mais à l’époque c’était fréquent de procéder de la sorte.

Pleine de contrastes, I’m Waiting For The Day débute avec une explosion de percussions, pour ensuite se centrer sur le chant de Brian. Le tout s’entremêle dans un dynamisme qui emprunte autant au doo-wop qu’à la pop et au jazz. L’excellente I Know There’s An Answer est tout aussi musicalement imaginative, alors que les paroles font référence à des expériences de Brian sur le LSD. La version originale de cette pièce s’intitulait Hang On To Your Ego, mais Mike Love, un autre membre du groupe, n’aimait pas la référence trop directe à la drogue, et a donc réécrit une partie des paroles. Love chante aussi sur la superbe Here Today, morceau dans lequel le narrateur nous prévient du côté éphémère et passager de toute relation amoureuse : « A brand new love affair is such a beautiful thing / But if you’re not careful think about the pain it can bring ».

Brian Wilson est au piano, entouré, de gauche à droite, de Mike Love, Al Jardine, ses frères Dennis et Carl et Bruce Johnston

Sur la magnifique I Just Wasn’t Made For These Times, on sent Brian à fleur de peau, alors que les paroles traitent d’un individu qui ne se sent nulle part à sa place. Par ailleurs, l’instrumentation est plutôt particulière, alors qu’un électro-thérémine est utilisé pour la première fois dans une chanson populaire. Les percussions pleines d’écho et le clavecin complètent le portrait musical. On ressent également la souffrance et la vulnérabilité sur Don’t Talk (Put Your Head On My Shoulder), tout comme on sent inversement l’espoir sur la doucement psychédélique You Still Believe In Me.

Séduisante et langoureuse, au tempo très lent, Caroline, No conclut l’album sur une note plutôt triste. On sent la douleur de Brian dans ces paroles : « I want to go and cry / It’s so sad to watch a sweet thing die ». Cette pièce était parue en tant que single en mars 1966, au nom de Brian Wilson.  Ce dernier a finalement décidé de l’inclure sur « Pet Sounds ». Autre morceau paru en single en mars, Sloop John B a failli ne pas se retrouver sur l’album. Chanson traditionnelle arrangée par Brian, elle détonne en effet quelque peu des autres pièces du disque. Mais on ne peut bouder notre plaisir à l’écoute de cette entraînante pièce.

Brian Wilson en studio

Les thèmes abordés sur l’album s’éloignent de ce que le groupe avait pu faire auparavant. On est en effet loin du surf, de la plage, des filles et du plaisir. Au sein même du groupe et de la compagnie de disques, certains n’ont pas apprécié et ne voyaient pas où Brian voulait en venir. La rupture avec ce qui avait fait le succès des Beach Boys était radicale, mais l’époque avait changé et le groupe devait s’adapter. Le psychédélisme et l’expérimentation de groupes comme les Beatles et les Rolling Stones reléguaient aux oubliettes le surf-rock. Brian Wilson l’a compris et a amené la musique des Beach Boys complètement ailleurs, produisant par là un des meilleurs albums de tous les temps. La sophistication de l’instrumentation et la complexité des structures musicales a placé les Beach Boys, pour un bref instant, en avant des Beatles. Les paroles reflétaient par ailleurs une étonnante maturité (Brian n’avait que 23 ans à l’époque!), mais également un côté naïf et candide. La contribution de Tony Asher a été bénéfique à Brian Wilson.

On peut finalement dire que « Pet Sounds » est presque un album solo, le premier de Brian Wilson. Ce dernier a pensé cet album d’un bout à l’autre, de la composition à l’instrumentation, en passant par les harmonies vocales. Le génie de Brian Wilson et les centaines d’heures de studio ont donné un album unique, inoubliable et intemporel, même 52 ans après sa sortie. Les Beatles ont répliqué à « Pet Sounds » avec « Revolver », en août 1966, et « Sgt. Pepper », en juillet 1967. Entre temps, Brian travaillait comme un forcené sur « SMiLE », qui n’est malheureusement paru qu’en 2011, de manière fragmentée. Il a eu le temps de donner au monde Good Vibrations, mais un effondrement nerveux l’a empêché de compléter « SMiLE ». Au moins, « Pet Sounds » a pu être complété!

 

THE BEACH BOYS

Pet Sounds

(Capitol, 1966)

 

-Genre : pop-rock psychédélique

-Dans le même genre que The Beatles, Love, The Zombies et The Association

 

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Les BEACH BOYS et le génie de Brian Wilson
ORIGINALITÉ 100%
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DIRECTION ARTISTIQUE 100%
QUALITÉ MUSICALE 100%
TEXTES 95%
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Benoit Bergeron
Blogueur - RREVERB
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Curieux de nature, Benoit est un boulimique musical qui consomme de presque tous les genres. Du punk au classique, en passant par le folk, le psychédélique et le rockabilly, il sait apprécier les subtilités propres à chacun de ces courants musicaux. À travers des centaines d'heures d'écoute et de lecture de biographies, il tente de découvrir les motivations et les secrets derrière les plus grands albums et les œuvres grandioses des derniers siècles. Il parcourt aussi les salles de spectacle de Montréal, à la recherche de vibrations directes.