Je suis assez divisé au sujet du deuxième album “Disgraceland” de la jeune formation de Chicago The Orwells. D’un côté ce garage rock, ma foi fort convaincant, étonnant même et qui déménage à souhait, mais incorporé à des textes d’une insignifiance quasi épique. Les thèmes au menu, beuveries, fusils calibre 12, désirs de fin de soirée bien arrosée, “one night stands”, etc. Ceux-ci sont, bien entendu, pardonnables et même attendus dans le genre généralement. Car, en effet, fourberies de jeunesse ne sont-elles pas l’apanage de ce style de rock? Mais il faut dire qu’ici les textes sont nécessiteux, extrêmement faibles et empreints de piètres clichés. L’esprit du rock’n’roll est là sans aucun doute, mais mis à part des rimes plates, des descriptions sexistes de soirées d’adolescents et de la violence gratuite, c’est garanti 100% aucun second niveau ni subtilité, soyez avertis.

Déjà que je me méfie d’habitude profusément des groupes bénéficiant d’un battage médiatique aussi intense si tôt dans leur carrière. En effet, à la parution de leurs premiers simples les Orwells avaient déjà reçu une couverture journalistique tout de même assez imposante et l’appui de plusieurs papiers assez importants dans le domaine du rock indé. J’avais moi-même accroché sur Mallrats, l’un des premiers morceaux offerts et, par la suite apprécié le premier album de la formation. Ainsi, si la reconnaissance critique est, en partie, méritée, c’est principalement à cause de l’énergie débordante et contagieuse du groupe.

Car compte tenu des paroles mièvres, le rock y est intense et les mélodies hyper accrocheuses (un petit côté Ramones). La section rythmique livre la marchandise avec brio et les pièces, sans réinventer le style, sont assez intéressantes. La voix du chanteur Mario Cuomo a certains échos d’un Kurt Cobain (en plus propre et compréhensible). Mais là où le chanteur de Nirvana optait pour une espèce de poésie à thèmes volontairement excentriques, glauques et riches, les paroles ici sont vraiment insipides, puériles et voire même cause de malaises, par moments; tel que “My daddy’s got a twelve gauge, I hope I don’t find it.” sur Gotta Get Down.

Il faut rappeler en conclusion que les membres du groupe n’ont pas même 21 ans et que lors de la parution de leur premier album, ceux-ci étaient encore au secondaire. Mais c’est surtout le manque d’un je ne sais quoi, d’une originalité caractéristique qui relègue le groupe au “correct” plutôt qu’au “génial”. Particulièrement sachant que le garage rock n’est vraiment pas en manque de représentation par les temps qui courent. C’est un genre qui est déjà très bien manié et épaulé par les Fidlar, Bleached et Palma Violets de ce monde (et que j’adore).

Enfin, si ma réaction est si fervente c’est que la musique de ce groupe me plait beaucoup (raaaaaawk!) et que j’aurais apprécié y retrouver, dans la réalité, un vrai “next big thing” mais le groupe n’est vraiment pas de ce calibre-là, en tout cas pas pour l’heure. Je crois que c’est aussi plutôt personnel, car, pour ma part, j’aime mon rock avec un soupçon de finesse dans le propos. Ceci dit, vu l’attrait évident pour ce rock plus que déchaînant, c’est un groupe que je surveillerai quand même. Un bon album pour l’été, mais de la part d’un groupe au nom si évocateur que j’imagine que j’aurais aimé y dénicher quelque chose de légendaire.

 


THE ORWELLS
Disgraceland
(Atlantic, 2014)

-Genre : Rock indé, Garage rock
-Des allures de Wavves, Bass Drum of Death, Parquet Courts

Lien vers l’achat en ligne (iTunes)
Lien vers la page (Facebook) de l’artiste

THE ORWELLS: Garage et bouteilles vides
Originalité55%
Authenticité70%
Accessibilité75%
Direction Artistique70%
Qualité Musicale70%
Textes35%
63%Overall Score
Reader Rating: (0 Votes)
0%

Réagissez à cet article / Comment this article

commentaires / comments

About The Author

Martin Curadeau
Blogueur - RREVERB

L’écoute d’un disque est un instant privilégié de rencontre avec l’essence même d’un créateur. Maelstrom de sons, myriades d’émotions et petits morceaux d’âmes à l’état brut.

Bien que la musique dite émergente (tel le rock indé.) est au centre de ses intérêts, sa curiosité n’a pas de bornes et il ne résiste, pour ainsi dire, à aucun style. Être transporté, chaviré, surpris et envouté par des albums est un rendez-vous quotidien.