Cet article est le premier de deux portant sur les deux premiers albums de chansons originales des Rolling Stones.

Au milieu des années 60, les Beatles étaient les bons petits garçons, bien habillés et à l’allure irréprochable (malgré la coupe de cheveux). Les Rolling Stones, de leur côté, étaient les mauvais garçons qui provoquaient des émeutes partout où ils passaient. Ils étaient sales et leurs cheveux étaient beaucoup trop longs. Musicalement, les Beatles étaient légèrement plus avancés, eux qui écrivaient leurs propres chansons. Ils ont fait paraître un album de chansons originales dès 1964, avec « A Hard Day’s Night ». C’était chose rare pour l’époque, alors qu’un 33 tours était très souvent composé de quelques tubes et des reprises qui devaient remplir le reste de l’album. Avec « Help! » et « Rubber Soul » qui ont suivi en 1965, les Beatles ont montré toute leur originalité.

Leurs petits frères des Stones n’ont eu d’autre choix que de suivre la parade s’ils ne voulaient pas être relégués aux oubliettes. Leur gérant, Andrew Loog Oldham, a forcé Mick Jagger et Keith Richards à écrire leurs propres chansons, à la place des habituelles reprises blues-rock et soul-rock des premiers albums. Le résultat a été intéressant dès le départ, avec des chansons comme (I Can’t Get No) Satisfaction, As Tears Go By et Tell Me. Mais il a fallu attendre à avril 1966 pour entendre un premier album composé entièrement de chansons originales de Jagger et Richards, « Aftermath ». Cet album n’est peut-être pas aussi connu que « Let It Bleed » ou « Exile On Main Street », mais c’est tout de même un chef-d’œuvre qui comprend certaines des meilleures chansons des Stones. Il a aussi marqué un immense pas en avant pour le quintette.


00:00 Mother’s Little Helper
02:44 Stupid Girl
05:40 Lady Jane
08:48 Under My Thumb
12:30 Doncha Bother Me
15:11 Goin’ Home
26:25 Flight 505
29:52 High and Dry
33:00 Out Of Time
38:37 It’s Not Easy
41:33 I Am Waiting
44:44 Take It Or Leave It
47:32 Think
50:41 What to Do

Entre deux tournées, en décembre 65 et mars 66, les Stones ont enregistré aux Studios RCA, en Californie. Ils ont ainsi renoué avec Jack Nitzsche, arrangeur et musicien de grand talent, qui s’était fait connaître surtout pour son travail avec Phil Spector. Le multi-instrumentiste Brian Jones a également fourni une contribution majeure à cet album, même s’il n’a pas obtenu de crédit (donc d’argent) pour son apport aux chansons de Jagger/Richards. On peut l’entendre jouer du sitar sur les excellentes Mother’s Little Helper et Paint It Black (cette dernière se retrouve seulement sur l’édition nord-américaine de l’album). Le fondateur du groupe s’ennuyait à jouer uniquement de la guitare, et ressentait le besoin d’essayer de maîtriser d’autres instruments : il en apprendra plus de 30! Avec ces deux performances au sitar sur ces classiques des Stones, Jones a même réussi à mettre George Harrison dans sa petite poche!

L’apport de Brian Jones ne se limitera pas à ces deux chansons. Sur la très belle ballade Lady Jane, il joue du dulcimer des Appalaches et Nitzsche y va d’un délicat motif au clavecin. Une des meilleures chansons de l’album est I Am Waiting. La pièce est semblable à Lady Jane, mais est construite en deux temps, entre un couplet plus calme et un refrain plus agité. Jones utilise ensuite des marimbas sur la très entraînante Out Of Time. La section rythmique, composée du bassiste Bill Wyman et du batteur Charlie Watts, est à son meilleur sur cette pièce malheureusement méconnue, mais qui se compare favorablement aux grands succès du groupe.

TheRollingStones1966

Brian Jones qui joue du sitar

Les marimbas se font également entendre sur la très bonne Under My Thumb. On déplore toutefois les paroles misogynes de cette chanson. Ce côté macho faisait malheureusement partie de l’image de mauvais garçons des Stones, et sera à son apogée sur la navrante Stupid Girl. On a plus loin un aperçu des compositions country des prochains albums avec High And Dry. Les Stones reviennent aussi à leurs racines du blues de Chicago sur Doncha Bother Me, où Jones joue de l’harmonica et de la très bonne slide guitar. Goin’ Home contient un long jam bluesy et fait plus de 11 minutes, sans être toutefois mémorable. Un trio de petits bijoux pop-rock conclue l’album, avec Take It Or Leave It, Think et What To Do.

Délaissant quelque peu le blues des premières années et composant toutes les chansons, les Stones ont donc produit un album qui leur a permis de faire un grand pas en avant et de se mettre au niveau de leurs grands rivaux de Liverpool. Créatifs et éclectiques, les morceaux qu’on retrouve sur « Aftermath » constituent peut-être le groupe de chansons le plus mélodiques et diversifiées de toute la longue carrière des Stones. L’apport distinctif du surdoué Brian Jones n’aura jamais été aussi grand. On peut également entendre l’évolution de Mick Jagger, qui s’est beaucoup amélioré en perfectionnant ses interprétations sur cet album. Voulant suivre les tendances du moment, les Stones allaient emprunter la vague psychédélique, tout en conservant leur côté mélodique.

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rolling stones aftermath
THE ROLLING STONES
Aftermath
(Decca, 1966)

-Genre : Rock psychédélique et blues-rock
-Dans le même genre que The Beatles, The Who et The Kinks

Lien vers l’achat en ligne (version nord-américaine; version anglaise)
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THE ROLLING STONES font un immense pas en avant
Originalité90%
Authenticité90%
Accessibilité90%
Direction artistique100%
Qualité musicale100%
Textes75%
91%Overall Score
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Benoit Bergeron
Blogueur - RREVERB
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Curieux de nature, Benoit est un boulimique musical qui consomme de presque tous les genres. Du punk au classique, en passant par le folk, le psychédélique et le rockabilly, il sait apprécier les subtilités propres à chacun de ces courants musicaux. À travers des centaines d’heures d’écoute et de lecture de biographies, il tente de découvrir les motivations et les secrets derrière les plus grands albums et les œuvres grandioses des derniers siècles. Il parcourt aussi les salles de spectacle de Montréal, à la recherche de vibrations directes.