Cet article est le deuxième et dernier texte portant sur les deux premiers albums de chansons originales des Rolling Stones. Cliquez ici pour lire le premier article.

Les Rolling Stones sont retournés en studio au mois d’août 1966, au milieu d’une tournée aux États-Unis, afin de poursuivre les avancées faites avec « Aftermath », leur premier album composé uniquement de chansons originales. Les Stones retourneront dans un studio de Londres en novembre pour terminer ce qui sera « Between The Buttons » : cet album sera lancé en janvier 1967. Comme son prédécesseur, « Between The Buttons » est remarquable pour son grand éclectisme et le talent mélodique dont font preuve Jagger et Richards. Bien que légèrement inférieur à « Aftermath », cet album contient tout de même quelques-unes des meilleures chansons du répertoire du groupe et mérite sa place aux côtés des autres grandes réalisations des Stones.

Deux des chansons les plus accrocheuses du groupe se retrouvent sur cet album (sur la version nord-américaine cependant). Ruby Tuesday est une magnifique et mélancolique chanson, avec un délicat piano et une flûte jouée par Brian Jones. C’est aussi sûrement un des meilleurs textes du groupe : « Catch your dreams before they slip away ». Menée par un insistant motif au piano, Let’s Spend The Night Together est une pièce au tempo animé  et aux paroles suggestives. Les Stones ont d’ailleurs dû modifier le titre pour Let’s Spend Some Time Together lorsqu’ils se sont présentés au Ed Sullivan Show. Jagger a roulé les yeux à la caméra, en dérision, lorsqu’il a chanté ces mots!


00:00 Let’s Spend The Night Together
03:36 Yesterday’s Papers
05:40 Ruby Tuesday
08:56 Connection
11:05 She Smiled Sweetly
13:49 Cool, Calm & Collected
18:05 All Sold Out
20:22 My Obsession
23:40 Who’s Been Sleeping Here?
27:34 Complicated
30:49 Miss Amanda Jones
33:38 Something Happened To Me Yesterday

Les guitares, souvent pleines de distorsion et plutôt fuzzy, sont à l’avant-plan dans plusieurs des chansons, notamment sur les excellentes Complicated, Connection et My Obsession. La déroutante Please Go Home est un morceau psychédélique et garage-rock avec un rythme à la Bo Diddley. La dynamique All Sold Out contient un très bon jeu de guitare. Yesterday’s Papers est une imaginative chanson comprenant la guitare très lourde de Keith, un vibraphone joué par Jones et un clavecin joué par Jack Nitzsche. Les paroles font toutefois preuve d’un désolant machisme, faisant allusion à l’ex-petite amie de Mick Jagger, Chrissie Shrimpton. Cette dernière a même tenté de se suicider après avoir entendu ces méchancetés gratuites.

L’album comprend finalement d’agréables ballades très imaginatives qui amènent une belle diversité. Brian Jones joue de l’accordéon sur la jolie Back Street Girl. Rappelant Just Like A Woman, de Bob Dylan, She Smiled Sweetly est une délicate ballade transportée par l’orgue. La superbe Who’s Been Sleeping Here? évoque encore une fois Dylan, mais est tout de même une des meilleures chansons du disque. Cool, Calm & Collected apporte une touche fantaisiste, alors que sur Something Happened To Me Yesterday, on entend Keith au chant de tête pour la première fois sur un album des Stones (et Brian joue du saxophone!).

RollingStones_Charlie

Le quintette d’origine : Mick Jagger, Charlie Watts, Keith Richards, Brian Jones et Bill Wyman

Accusés de s’éloigner du mordant de leur rhythm and blues originel et de tenter d’imiter des groupes anglais comme The Kinks, les Stones ont pourtant livré un excellent album, injustement méconnu et sous-estimé. « Between The Buttons » est sûrement le plus anglais de leurs albums. Il doit être abordé différemment de certains autres classiques du groupe, puisqu’il intègre des textures et des couleurs originales, sinon inattendues. On est en effet loin du blues ou du hard rock qu’on entend à partir de « Beggar’s Banquet ».

On peut aussi voir cet album comme celui qui marque la fin d’une époque, celle de l’innocence du groupe. 1967 sera une année difficile pour les Stones. Jagger et Richards seront arrêtés et accusés de possession de marijuana et le gérant Andrew Loog Oldham quittera le navire. « Sgt. Pepper », des Beatles, sortira en juin, changeant tout le paysage musical. Les Stones tenteront de faire leur « Sgt. Pepper » avec « Their Satanic Majesties Request », qui sera un album en demi-teinte. Leur exploration psychédélique s’avèrera finalement le dernier album où Brian Jones collaborera entièrement. Embourbé dans des problèmes émotionnels exacerbés par une consommation excessive d’alcool et de drogues, Jones participera peu au prochain disque et sera ensuite expulsé du groupe. Il se noiera le 3 juillet 1969. « Between The Buttons » est donc le dernier disque où l’on peut entendre le fondateur des Stones en pleine possession de ses moyens, participer pleinement à de brillantes compositions.

rolling stones beetwen the buttons

THE ROLLING STONES
Beetwen The Buttons
(Decca, 1967)

-Genre : Rock psychédélique
-Dans le même genre que The Beatles, The Who et The Kinks

Lien vers l’achat en ligne (version nord-américaine; version anglaise)
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THE ROLLING STONES : La fin d'une époque
Originalité90%
Authenticité90%
Accessibilité95%
Direction artistique95%
Qualité musicale100%
Textes80%
92%Overall Score
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Benoit Bergeron
Blogueur - RREVERB
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Curieux de nature, Benoit est un boulimique musical qui consomme de presque tous les genres. Du punk au classique, en passant par le folk, le psychédélique et le rockabilly, il sait apprécier les subtilités propres à chacun de ces courants musicaux. À travers des centaines d’heures d’écoute et de lecture de biographies, il tente de découvrir les motivations et les secrets derrière les plus grands albums et les œuvres grandioses des derniers siècles. Il parcourt aussi les salles de spectacle de Montréal, à la recherche de vibrations directes.