L’iconoclaste Tim Buckley a fait paraître un premier album avec la maison de disques Elektra, en 1966. Réalisé par Paul Rothchild, cet album éponyme avait un son folk-rock bien de l’époque. L’année suivante, vers la fin du « Summer of love », il fera paraître « Goodbye And Hello », sûrement le meilleur album, et certainement le plus accessible, de sa courte carrière. Au propos intelligent et musicalement très bien construit, cet album a transporté le folk-rock du premier album dans un univers psych-folk. Injustement peu connu, « Goodbye And Hello » est donc une des perles rares de l’époque psychédélique.

Cette fois, Buckley s’est tourné vers Jerry Yester pour les arrangements et la réalisation. Il a toutefois continué à collaborer avec le poète Larry Beckett, avec qui il a coécrit cinq des dix chansons de l’album. La première chanson du disque, No Man Can Find The War, est justement le fruit de cette alliance. Chanson de protestation plutôt atypique, la pièce débute et prend fin avec le son d’une explosion atomique. En référence au Vietnam, Buckley sous-entend que la guerre est surtout dans nos têtes, et c’est là que la haine et la destruction prennent d’abord forme : « Is the war across the sea? Is the war behind the sky? Have you each and all gone blind: Is the war inside your mind? ».
On peut écouter l’album au complet, avec la liste des pièces plus bas.

0:00 No Man Can Find The War
3:00 Carnival Song
6:14 Pleasant Street
11:33 Hallucinations
16:30 I Never Asked To Be Your Mountain
22:38 Once I Was
26:00 Phantasmagoria In Two
29:30 Knight-Errant
31:32 Goodbye And Hello
40:16 Morning Glory

La rêveuse et imagée Carnival Song amène ensuite une touche de légèreté. Décrivant une expérience de LSD, Pleasant Street est superbement construite, avec des couches de guitares acoustique et électrique, de piano, d’orgue et de cordes. La voix de Buckley est en plein déploiement sur cette chanson, nous rappelant qu’il avait l’une des plus belles voix des années 60. Aux sonorités moyen-orientales et indiennes, Hallucinations a aussi des influences de rythmes africains, en faisant la pièce psychédélique par excellence de l’album. Menée par une insistante guitare rythmique, I Never Asked To Be Your Mountain est fort probablement à propos de son fils Jeff, né en 1966 : « The Flying Pisces sails for time And tells me of my child, Wrapped in bitter tales and heartache. He begs for just a smile ».

La superbe Once I Was est une chanson d’amour poétique, chantée de manière vulnérable : « Once I was a lover And I searched behind your eyes for you, And soon there’ll be another To tell you I was just a lie ». Le guitariste Lee Underwood fait ensuite une magnifique contribution sur l’excellente Phantasmagoria In Two. Les paroles sont époustouflantes, chantées une fois de plus avec une émouvante fragilité, en faisant une des plus belles chansons de tout le répertoire de Buckley : « If I gave up all of my pride for you And only loved you for now, Would you hide my fears and never say “Tomorrow I must go” ».

Tim Buckley In Greenwich Village

La courte Knight-Errant est dominée par un très beau motif au piano. Les arrangements de Jerry Yester sur la chanson-titre sont un beau mélange entre la musique folk et la musique classique. Mais la pièce, qui fait plus de huit minutes et qui est construite en sections distinctes, a plus ou moins bien vieilli. Le texte de Larry Beckett, portant sur l’épanouissement d’une nouvelle génération, est somme toute grandiloquent, et cette chanson résume finalement bien certains excès de l’époque psychédélique. En contraste, la somptueuse et délicate Morning Glory conclue l’album de manière plutôt simple. L’ambiance de la chanson est très intimiste, avec un piano joué avec retenu et une chorale qui survole la pièce (la « chorale » est constituée en fait des voix de Buckley et de Yester).

Le succès commercial n’a pas été au rendez-vous avec cet album. C’est très dommage, puisque « Goodbye And Hello » a été en quelque sorte le « Sgt. Pepper » de Buckley, avec cependant un peu moins de concision, d’efficacité et d’innovation (le magnum opus des Beatles est d’ailleurs paru alors que Buckley était en studio pour enregistrer son deuxième album). Malgré le fait qu’il avait tout juste 20 ans à l’époque, les qualités d’auteur-compositeur-interprète de Tim Buckley sont à leur meilleur sur cet album. La force et l’étendue de sa voix sont aussi phénoménales. Dans les années suivantes, Buckley abandonnera pratiquement le désir de succès commercial, et modifiera significativement son approche musicale. Ses albums suivants, dont les sous-estimés « Happy Sad », « Blue Afternoon » et « Starsailor », intègreront des éléments de free jazz, de funk, de soul et de rock expérimental. « Goodbye And Hello » demeure donc son album le plus accessible. Il n’en fera pas non plus de meilleur avant son décès, dû à une surdose d’héroïne, à 28 ans, le 29 juin 1975.

Tim Buckley goodbye and hello
TIM BUCKLEY
Goodbye And Hello
(Elektra, 1967)

-Genre : Folk psychédélique
-Dans le même esprit que Fred Neil, Van Morrison, Simon & Garfunkel et Crosby, Stills & Nash

Lien vers l’achat en ligne (iTunes)

TIM BUCKLEY fait son « Sgt. Pepper »
ORIGINALITÉ 80%
AUTHENTICITÉ 90%
ACCESSIBILITÉ 85%
DIRECTION ARTISTIQUE90%
QUALITÉ MUSICALE95%
TEXTES 95%
89%Overall Score
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Benoit Bergeron
Blogueur - RREVERB
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Curieux de nature, Benoit est un boulimique musical qui consomme de presque tous les genres. Du punk au classique, en passant par le folk, le psychédélique et le rockabilly, il sait apprécier les subtilités propres à chacun de ces courants musicaux. À travers des centaines d'heures d'écoute et de lecture de biographies, il tente de découvrir les motivations et les secrets derrière les plus grands albums et les œuvres grandioses des derniers siècles. Il parcourt aussi les salles de spectacle de Montréal, à la recherche de vibrations directes.