Le joueur de kora Toumani Diabaté est reconnu comme l’un des maîtres de cet instrument de la famille des harpes-luth qui compte 21 cordes. Originaire du Mali, Diabaté fait aussi partie d’une très longue lignée de griots, de plus de 70 générations. Cette caste de musiciens naît griot, ne le devient pas. Historiquement, les griots transmettaient la tradition orale d’une génération à l’autre. Avec la modernité, leur rôle s’est modifié, et c’est d’autant plus vrai avec l’enregistrement de la musique. Le père de Toumani, Sidiké, est d’ailleurs considéré comme le premier à avoir enregistré un album de kora, en 1970.

Né en 1965, Toumani a tout naturellement suivi les traces de son père comme griot et joueur de kora. Il a toutefois eu la chance de commencer sa carrière dans un contexte d’ouverture face aux « musiques du monde ». Depuis les 30 dernières années, Diabaté a donc fait connaître la kora au monde entier, la faisant accepter comme instrument soliste de premier plan, d’une beauté lumineuse. Il a aussi pu collaborer avec des musiciens de tous les horizons, qu’il s’agisse des Maliens Ali Farka Touré et Ballaké Sissoko, de Damon Albarn, du jazzman Roswell Rudd, du bluesman Taj Mahal, de Björk ou du groupe de flamenco Ketama.

Toumani Diabaté a donc expérimenté avec une grande variété de style, très souvent dans une optique de dialogue interculturel. En 1995 est toutefois sorti « Djelika », un album dans le plus pur style ouest-africain. La kora, instrument emblématique de l’Afrique de l’Ouest, est au centre des compositions du disque. Toumani Diabaté s’est entouré de deux musiciens, griots comme lui. Le balafoniste Kélétigui Diabaté (aucun lien de parenté) et le joueur de ngoni Bassekou Kouyaté ont participé à ce disque vibrant et hypnotique.

La chimie musicale opère dès la première pièce du disque, la superbe chanson-titre. Les trois musiciens échangent d’efficaces thèmes; le balafon se démarque particulièrement sur ce morceau. C’est le balafon, sorte de xylophone africain, qui donne le coup d’envoi de la méditative Mankoman Djan, suivi par la kora qui tisse des mélodies à ses côtés et tout autour. Sur la magnifique Cheick Oumar Bah, le balafoniste est absent, alors qu’on a droit à un ingénieux duo entre Toumani et Kouyaté. Une rafale de notes à la kora ouvre Marielle, qui se poursuit dans un échange à trois restreint mais grandiose.

La très mélodique Kandjoura amorce la deuxième partie de l’album. Le talent de chaque musicien est bien en évidence sur cette pièce, alors qu’ils ont tous l’occasion de se démarquer. Kouyaté ouvre la sublime Aminata Santoro avec son ngoni, qui est en quelque sorte l’ancêtre du banjo. Ce morceau est aussi un duo entre Kouyaté et Toumani. Un percussionniste se joint aux deux sur l’excellente Tony Vander, alors que le trio conclut l’album avec l’envoûtante Sankoun Djabi, qui est parfois d’une renversante virtuosité.

À l’écoute de « Djelika », on est sidérés par le talent de Toumani Diabaté, mais également par celui de ses deux comparses. L’énergie et l’intensité sont présentes tout du long, de même que la finesse et le discernement. Les atmosphères et les ambiances de l’album sont variées, rendant accessible cette musique instrumentale qui peut être aride au premier abord. Durant sa longue carrière, Toumani Diabaté a collaboré avec plusieurs musiciens de tous les horizons, mais il a rarement été aussi bon que sur cet opus de musique malienne traditionnelle. Pour ceux qui voudraient continuer l’exploration de ce fabuleux instrument qu’est la kora, Toumani a poussé son talent encore plus loin sur l’album « The Mandé Variations », sorti en 2008 et sur lequel il joue seul. Ce superbe cycle de compositions est d’une spiritualité profonde, montrant ainsi toutes les possibilités de l’instrument.

toumani diabaté djelika
TOUMANI DIABATÉ
Djelika
(Hannibal Records, 1995)

-Genre : musique malienne traditionnelle
-Dans le même genre que Ballaké Sissoko, Djeli Moussa Diawara et Mamadou Diabaté

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TOUMANI DIABATÉ : Dans le plus pur style ouest-africain
ORIGINALITÉ 85%
AUTHENTICITÉ 90%
ACCESSIBILITÉ 80%
DIRECTION ARTISTIQUE95%
QUALITÉ MUSICALE100%
90%Overall Score
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Benoit Bergeron
Blogueur - RREVERB
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Curieux de nature, Benoit est un boulimique musical qui consomme de presque tous les genres. Du punk au classique, en passant par le folk, le psychédélique et le rockabilly, il sait apprécier les subtilités propres à chacun de ces courants musicaux. À travers des centaines d’heures d’écoute et de lecture de biographies, il tente de découvrir les motivations et les secrets derrière les plus grands albums et les œuvres grandioses des derniers siècles. Il parcourt aussi les salles de spectacle de Montréal, à la recherche de vibrations directes.