Chouette et astucieux concert, bâti autour de l’idée: « qu’au cours de notre passage sur terre, la chose la plus importante pour nous, ce sont nos sentiments ». Et s’il y a une matière dont nous avons été expertement imprégnés, lors de cette soirée, c’est bien d’une forte dose de palpitations humaines, tout genre. Pianiste, photographe sonore et conceptuel émérite, collectionneur de riches moments de retentissements affectifs; Vincent Delerm ne conjure non pas que le quotidien. En tout cas, jamais le banal, mais, plutôt, celui de ces fugaces instants florissants qui éclaboussent nos vies; les rendez-vous, les partances, l’enfance et les soirs qui se terminent bien tard.

 

15 ans de carrière déjà, mais, aussi 14 longues années depuis sa dernière visite à Montréal! Ainsi, c’est au Théâtre Maisonneuve de la Place des Arts, bondée d’admirateurs, que l’on a pu, hier soir enfin, retrouver les riches résonances du compositeur, dans le cadre des Francofolies de Montréal. Dire qu’il était espéré est tout un euphémisme! Quelques minutes seulement furent nécessaires afin que le sourire viral, vrai et vif de Vincent se dédouble, sur la frimousse des spectateurs. Ce, en effet, dès les premières notes du morceau donnant titre au plus récent et exquis opus, “À Présent“. Puis, déjà, nous sommes enivrés de vérité, nous sommes témoins, nous sommes pleins, remplis de vignettes virevoltantes de vie,  « nous sommes les yeux, les larmes ». Touché!

 

Une mise en scène éprouvée en France et en Europe, au quart de tour, plutôt sobre, mais d’une tranchante efficacité! L’artiste et son piano à queue, en avant-scène puis, en miroir au second plan, l’habile assistant Rémy Galichet, aux claviers et multiples instruments, derrière l’écran translucide de projection. Un tout tempéré oui, mais abondamment augmenté de clips, de superpositions de textes, d’extraits de films (Un petit bout, sous la pluie, du classique de Lelouch, Un homme et une femme, de somptueuses nageuses synchronisées, une suite de « filles de 1973 » en gros plan, etc.). Une facture, souvent en noir et blanc, hautement évocatrice; un habile décor visant à accroitre l’ensemble, sans jamais faire éclat à l’accent mis sur les mélodies, les textes.

 

Photo: Benoit Rousseau

 

Delerm n’est pas qu’incisif et tendre, mais aussi d’un grand humour complice. Ces “ateliers sentimentaux” qu’il proposera de nous servir tout au long de la soirée. Ces récitations en groupe aussi, par le public, d’extraits de Brel, de Hallyday, etc. Cette liste projetée de phrases, issue du morceau Le cœur des volleyeuses bat plus fort pour les volleyeurs, qu’il épluche et réassemble avec nous. L’hommage majestueusement doux et percutant à Leonard Cohen. Son commentaire sur l’indiscipline joyeuse et déraisonnable de la foule lors de salves de « ragtime » qu’il nous offrira à plusieurs reprises, ici et là. Puis l’hilare vote à main levée pour le choix de 2 morceaux (au final le Monologue shakespearien puis Fanny Ardant et moi). Ainsi, une participation du public constamment sollicitée annihilant ainsi toute forme de temps morts.

 

Un bel évènement, de ceux toujours trop courts sans l’être, jamais assez, jamais; puis 2 rappels, donc un heureux duo avec Vianney (en 1ere partie) du Salut Les amoureux de Joe Dassin. Finalement, l’intime et généreusement livré propos sur l’enfance de Delerm, où il se remémore l’écoute des disques de Gilles Vigneault avec ses parents, au salon. Nous avons donc partagé, ensemble, et transis, un morceau de notre grand sage : « Au doux milieu de vous ». Un moment, aucunement racoleur et cent fois assez pour se faire pardonner une si longue absence du Québec. Qui sait que le temps passe!

 

Vincent Delerm conjugue le présent avec une incroyable force d’évocation. De multiples tableaux jamais simplistes, de savants amalgames d’instants magnifiés, magnifiques. Et sur la base du « pitch » de départ d’emphase sur la force des sentiments, ce concert fut inoubliable! De brillantes éclisses de vies, de celle de l’artiste et de ses histoires, mais des nôtres aussi, que l’on semble pressés de vouloir rejoindre, revigorés, après un aussi savoureux spectacle, le cœur un peu plus chaud! Chapeau!

 

Photo: Benoit Rousseau

 

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Martin Curadeau
Blogueur - RREVERB

L’écoute d’un disque est un instant privilégié de rencontre avec l’essence même d’un créateur. Maelstrom de sons, myriades d’émotions et petits morceaux d’âmes à l’état brut.

Bien que la musique dite émergente (tel le rock indé.) est au centre de ses intérêts, sa curiosité n’a pas de bornes et il ne résiste, pour ainsi dire, à aucun style. Être transporté, chaviré, surpris et envouté par des albums est un rendez-vous quotidien.