Il y a de ces signes qui ne trompent pas. Quand une voix sort du lot, quand sa musique est allumée, on a affaire à un disque intéressant. À chaque fois que je suis tombé, au hasard d’une écoute “random” de nouveautés, sur une chanson de Xenia Rubinos, je me suis dit “Attends! C’est bon ça! C’est qui?”

C’est qui? Eh bien Xenia Rubinos est de Hartford, au Connecticut et a des origines cubaines et portoricaines. Elle vit aujourd’hui à Brooklyn. C’est une fille assez explosive, pleine d’énergie et d’humour, comme le montre son clip de 2012, Pan Y Café. Elle joue de basse avec aplomb, est capable d’un funk hyper aguichant (Lonely Lover) comme de rap soul dynamique (Mexican Chef). Des morceaux comme I Won’t Say sont des perles de soul minimaliste hyper accrocheur, mais recherché. Vraiment solide!

 

Son second album (le premier qui se rend à mes oreilles, et probablement les vôtres?) est un très intéressant recueil de chansons soul pop très dynamiques, très différentes l’une de l’autre. Rubinos a fait des choix audacieux tout au long de “Black Terry Cat”. D’abord la pochette, qui n’illustre pas la chanteuse (pas très connue) mais bien une jeune fille noire qui a perdu une dent.

Musicalement, ils lancent une grosse basse fuzz et un beat lourd sur Just Like, puis un orgue qu’on dirait emprunté à Grim Skunk sur Right?, qui comporte également beaucoup de syncopes. Pourtant, elle chante comme une soul singer Noire à la Beyoncé! Quel audacieux mélange!

Voici un clip datant de son premier album, de 2012, qui vous donnera une idée du dynamisme de la demoiselle de 30 ans.

 

Cette jeune femme a une voix aussi solide que celles des Lianne La Havas (la pièce Lonely Lover est dans la cour de celle-ci) ou Janelle Monáe, que je porte toutes deux très haut dans mon estime, mais sa musique est beaucoup plus originale que ce qu’on peut entendre sur les albums de ces talentueuses demoiselles. Elle a du chien, et une bonne dose de folie, comme Peaches ou St. Vincent, mais en plus soul funk.

Au niveau des textes, Xenia Rubinos affronte les inégalités raciales, sur Mexican Chef notamment, mais jamais de façon agressive. Oui, le texte décrit tout ce que font les Noirs comme boulots de merde, mais elle le lance avec le sourire dans la voix (et regardez le clip). “Brown breaks his back, brown takes the flack, brown gets cut ‘cos his papers are whack/Brown sits down, brown does frown, brown’s up in a hospital gown/Brown has not, brown gets shot, brown got what he deserved ‘cos he fought.”

xenia rubinos clip

 

La critique de son premier album chez Pitchfork la classait dans la musique “latine” alors qu’elle touchait à bien d’autres styles musicaux, du funk jusqu’au noise. Une injustice aussi décriée par CéU et par Emel Mathlouthi sur les scènes du Festival de Jazz et des Frabncofolies cet été : arrêtons de classer bêtement dans « world » la musique qui ne provient pas des pays occidentaux, pour écouter davantage et y entendre plus qu’une origine. Ces artistes font de la musique avant d’être des porte-étendards nationaux.

Encore un bel exemple qu’il faut garder l’esprit ouvert lorsqu’on approche un(e) nouvel(le) artiste. D’agréables surprises attendent les curieux!

Dans ma liste bdes meilleurs albums de 2016 jusqu’ici. Et classé pas mal haut!

Et vous savez quoi? Elle jouera le 2 seotembre prochain à Montréal, au Newspeak! Billets ici.

xenia rubinos black cat alley

XENIA RUBINOS
Black Terry Cat
(Anti, 2016)

-Genre: soul funk
-Dans le même genre que Erykah Badu, Lianne La Havas, Esperanza Spalding, M.I.A.

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Nicolas Pelletier
Fondateur et rédacteur en chef
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Mélomane invétéré et rédacteur agréé, Nicolas pratique la critique en mode olympique: il parle de tout, tout le temps, depuis 1991. Il a publié 4 500 critiques de disques et concerts dont 1100 chez emoragei magazine et 600 sur enMusique.ca, dont il a également été le rédacteur en chef de 2009 à 2014. Nicolas a publié "Les perles rares et les grands crus de la musique" en janvier 2013, un ouvrage de 1250 pages en deux tomes.