Cet article est le premier d’une série de quatre sur les albums rock du milieu des années 60 de Bob Dylan.

Après s’être éloigné des thématiques sociales en 1964 sur « Another Side Of Bob Dylan », Bob Dylan a définitivement dit au revoir au mouvement folk sur son cinquième album, « Bringing It All Back Home ». Paru en mars 1965, ce chef-d’œuvre a vu Dylan s’allier, pour la première fois en studio, à des musiciens rock. Aujourd’hui anodin, cet événement allait pourtant changer le cours de la musique populaire : unir poésie et musique rock d’une telle qualité ne s’était jamais vu.

Enregistré à New York en trois petits jours de janvier 1965, « Bringing It All Back Home » est divisé en deux faces distinctes : l’une électrique, l’autre acoustique.  Les sept premières chansons du disque constituent la face A, débutant avec l’hyperactive Subterranean Homesick Blues. Presque un rap, cette chanson nous introduit rapidement au nouveau son rock et blues de Dylan et à sa poésie surréaliste et symboliste, qui saute d’un élément à l’autre sans lien apparent. Très influente, cette pièce allait notamment inspirer le groupe extrémiste Weatherman, qui a repris la ligne suivante : « You don’t need a weatherman to know which way the wind blows ».

Le cinéaste D.A. Pennebaker s’est servi de cette chanson pour ouvrir son mythique film Dont Look Back, avec Dylan qui déroule les cartons et  Allen Ginsberg qui est en conversation à l’arrière!

L’excellente Maggie’s Farm signifie clairement que Dylan n’appartient plus (n’a jamais appartenu?) à aucun groupe ou à aucune idéologie et ne travaillera plus pour l’intérêt de personne, sinon le sien : « I try my best to be just like I am, But everybody wants you to be just like them. They sing while you slave and I just get bored ». Cette pièce est entourée de deux superbes chansons d’amour en She Belongs To Me et Love Minus Zero/No Limit. Cette dernière est particulièrement réussie, avec des lignes comme celle-ci : « My love winks, she does not bother, She knows too much to argue or to judge ». Trois excellentes chansons très bluesy concluent la Face A, incluant l’hilarant faux départ de Bob Dylan’s 115th Dream.

Les quatre dernières chansons reviennent à une formule acoustique, autrement plus dépouillée que les autres chansons de l’album. Écrite au début de 1964, Mr. Tambourine Man ouvre la Face B. Ce classique avait été enregistré durant les enregistrements pour « Another Side », mais Dylan n’était pas satisfait du résultat. Il l’a donc laissé de côté et y est revenu pour cet album. La sixième et dernière prise est celle qui se retrouve sur le disque, avec le superbe motif de guitare électrique. La poésie surréaliste inspirée notamment de Rimbaud et de son « dérèglement de tous les sens » est très imagée, voire étourdissante : « Silhouetted by the sea, circled by the circus sands, With all memory and fate driven deep beneath the waves, Let me forget about today until tomorrow ». Enregistrée une semaine après celle de Dylan, la version complètement électrique des Byrds a eu un immense succès.

Sur Gates Of Eden, Dylan joue avec sa guitare et son harmonica et chante un texte métaphorique sur la recherche de la vérité. It’s Alright, Ma (I’m Only Bleeding) est une des chansons les plus ambitieuses de Dylan. Il y aborde entre autres le sexe, la religion et la politique et y énonce des phrases qui ne peuvent que faire réfléchir, et finit avec cet avertissement pour lui-même : « And if my thought-dreams could be seen, They’d probably put my head in a guillotine. But it’s alright, Ma, it’s life, and life only ».

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Bob Dylan et Joan Baez

L’album se termine avec It’s All Over Now, Baby Blue, l’une des chansons les plus cruelles de Dylan (la reprise de Them, avec un jeune Van Morrison au chant, est également superbe). On ne sait pas trop qui est ce Baby Blue : Joan Baez, Dylan lui-même ou les supporters de Dylan dans le mouvement folk? Quoiqu’il en soit, l’interprétation de Dylan est mordante et sans compromis et Bob chante avec une passion presque morbide : « Forget the dead you’ve left, they will not follow you. The vagabond who’s rapping at your door is standing in the clothes that you once wore ».

Le chef-d’œuvre qu’est « Bringing It All Back Home » a donc marqué une étape importante dans l’évolution de la carrière de Bob Dylan. Il s’est détaché pour de bon de la scène folk politisée en enregistrant ses nouvelles chansons personnelles, à la poésie symboliste et surréaliste, avec un groupe rock. Cet album démarrait ainsi en force une année 1965 marquée par sa dernière tournée acoustique, un autre album classique et sa légendaire prestation au Festival folk de Newport.

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BOB DYLAN
Bringing It All Back Home
(Columbia, 1965)

-Genre : folk-rock
-Dans le même genre que The Beatles, The Animals, The Byrds

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BOB DYLAN se branche et invente le rock moderne
ORIGINALITÉ 100%
AUTHENTICITÉ 90%
ACCESSIBILITÉ 85%
DIRECTION ARTISTIQUE100%
QUALITÉ MUSICALE100%
TEXTES 100%
96%Overall Score
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Benoit Bergeron
Blogueur - RREVERB
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Curieux de nature, Benoit est un boulimique musical qui consomme de presque tous les genres. Du punk au classique, en passant par le folk, le psychédélique et le rockabilly, il sait apprécier les subtilités propres à chacun de ces courants musicaux. À travers des centaines d'heures d'écoute et de lecture de biographies, il tente de découvrir les motivations et les secrets derrière les plus grands albums et les œuvres grandioses des derniers siècles. Il parcourt aussi les salles de spectacle de Montréal, à la recherche de vibrations directes.