L’histoire de Bob Marley et de ses potes (Peter Tosh, Bunny Wailer, Aston « Family Man » Barrett, Robbie Shakespeare et compagnie) est riche et unique dans l’histoire de la musique. Pour une rare fois — et encore plus dans les années 70 —, des artistes « world » (donc ni Nord-Américains, ni Anglais) allaient percer à travers le monde avec la musique typique de leur pays, voire même de leur mouvement religieux, le rastafari.

Ils allaient avoir un coup de main d’un Blanc, Chris Blackwell (voir le documentaire à son sujet ici), patron du label Island, qui sera séduit par la musique brute qu’était le reggae dancehall, verra le talent et le charisme de Marley et amènera une approche un peu plus accessible à la musique des Wailers pour la rendre accessible aux masses occidentales, ce qui durera encore jusqu’à aujourd’hui. Des superstars africaines comme Fela Kuti ou Salif Keita n’arriveront jamais à ce statut de reconnaissance grand public comme Bob Marley atteindra.

Marley, métis, sera plus ouvert à cette influence « blanche » que Tosh, plus radical, qui quittera d’ailleurs le navire en 1974 pour continuer en solo jusqu’à son meurtre en 1987. C’est d’ailleurs après la sortie de « Catch a Fire » que Tosh sera victime d’un grave accident de la route dans lequel sa conjointe trouva la mort. Il fut blessé à la tête et son caractère empira par après.

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« Catch a Fire » est un des premiers albums de Marley à avoir traversé la mer des Caraïbes et l’Atlantique pour s’incruster dans les oreilles des Anglais (merci à Blackwell). Eric Clapton sera l’une des premières stars à craquer pour cette musique relax. Sa reprise du classique I Shot The Sheriff, presque textuelle, sans variation de l’originale, est un #1 qui propulse le reggae (et Bob Marley) partout dans le monde.

Sur « Catch A Fire », Peter Tosh joue un rôle important, chantant plusieurs chansons dont Stop that Train et la très politisée 400 Years, qui parle de la domination anglaise sur la Jamaïque, la petite île gagnant son indépendance qu’en …. Les chansons interprétées par Marley sont plus personnelles et romantiques (Baby We Got a Date (Rock it Baby)) voire carrément sexy (la célèbre Stir It Up et la méconnue Kinky Reggae, aux paroles qui parlent non seulement du red light mais de « brown sugar » (cocaïne).

« Catch A Fire » est le 5e album de Bob Marley and the Wailers, et le premier à être lancé sur étiquette Island. Il résulte d’une démarche de Marley qui s’était rendu à Londres avec les démos, suite à une tournée du groupe en support à Johnny Nash l’année précédente. Sans le sou pour enregistrer décemment, ni pouvoir rentrer en Jamaïque, Marley tente le grand coup, qui réussira! « Catch A Fire » est considéré comme l’un des meilleurs albums reggae de tous les temps.

Une seule chanson jure dans le décor et c’est l’une des deux qui ont été ajoutées dans la version remixée (parue en 2001). High Tide or Low Tide est une sirupeuse ballade très kitch où l’on sent la maladresse des musiciens lorsqu’ils sortent de leur reggae naturel. La seconde, All Day All Night, est un autre morceau romantique typique de Bob. Pas mauvaise mais pas exceptionnelle non plus.

Peu de titres de « Catch A Fire » se sont rendus sur les compilations des grands succès de Bob Marley. C’est donc une bonne occasion de découverte d’excellent reggae pour tous ceux et celles qui sont rassasiés par « Legend » et autres « Gold Collection » parues.

Finalement, on ne peut pas passer sous silence la pochette de l’album. Il en existe deux versions : l’une avec Bob fumant un énorme splif. L’autre, beaucoup plus complexe (et limitée), est en forme de gros briquet Zippo argenté, qui s’ouvre en deux, pour accéder au vinyle.

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BOB MARLEY AND THE WAILERS
Catch A Fire
(Tiff Gong / Island, 1973)

-Genre: reggae

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Nicolas Pelletier
Fondateur et rédacteur en chef
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Mélomane invétéré et rédacteur agréé, Nicolas pratique la critique en mode olympique: il parle de tout, tout le temps, depuis 1991. Il a publié 4 500 critiques de disques et concerts dont 1100 chez emoragei magazine et 600 sur enMusique.ca, dont il a également été le rédacteur en chef de 2009 à 2014. Nicolas a publié "Les perles rares et les grands crus de la musique" en janvier 2013, un ouvrage de 1250 pages en deux tomes.