Après avoir assumé le versant le plus extrême et expérimental de sa créativité avec « Araçá Azul », Caetano Veloso est revenu tout en nuance et en douceur avec « Jóia », un album qui allie simplicité des mélodies et arrangements teintés d’audace de façon toute naturelle. Le résultat est certes moins psychédélique que ses albums issus de la tropicália et moins nostalgique que ceux réalisés pendant son exil en Angleterre, mais le génie de Veloso ayant déjà largement fait ses preuves en 1975, la qualité est au rendez-vous, en plus d’une maturité toute nouvelle qui marquera ses disques suivants.

Dès Minha Mulher, on découvre ce style très organique qui est la pierre angulaire de « Jóia », Veloso chantant de façon délicate avec la guitare pour seul accompagnement. Suivent ensuite le piano à pouces et les percussions de Guá, lesquels nous rapprochent des traditions du Brésil, façonnant une chanson qui nous montre que le chanteur n’a rien oublié de ses racines, et qu’il compte bien leur faire honneur tout en demeurant créatif à travers les arrangements qu’il propose. Plus loin, Lua, Lua, Lua, Lua témoigne d’une fragilité occasionnée sans doute par la simplicité de l’instrumentation, dont la finesse est rehaussée par les notes longues de l’orgue et les percussions aux accents énigmatiques.

On dénote aussi une certaine langueur dans le chant de Veloso, des pièces telles Canto Do Povo De Um Lugar ou Tudo Tudo Tudo en faisant foi; ladite langueur contribue tout autant à l’atmosphère de plénitude et de calme qui plane sur « Jóia », s’unissant au dénuement général de l’album pour compléter cette impression de confidentialité qui ne nous quitte pas, comme si c’était pour nous, et rien que pour nous, que Caetano Veloso chante des pièces aussi délicates et apaisantes que Na Asa Do Vento.

Data da foto: 08/1975 Caetano Veloso, cantor e compositor.

Data da foto: 08/1975
Caetano Veloso, cantor e compositor.

« Jóia » s’achève tout en festivités avec Escapulário, dont l’entrée en fondu sonne comme l’arrivée d’une procession en plein carnaval de Rio, tout les percussions possibles étant mises à contribution pour soutenir Veloso et un choeur des plus vifs qui repart deux minutes plus tard en fondu, la parade qui s’éloigne nous signifiant que le disque s’éteint avec elle.

Pour ceux qui n’ont jamais entendu ce monument de la musique du Brésil qu’est Caetano Veloso et à qui la créativité délirante de la tropicália peut paraître excessive pour leurs goûts, « Jóia » risque fort de vous enchanter avec un style évoquant autant un retour à la terre qu’un doux « trip » expérimental basé presqu’exclusivement sur des instruments acoustiques. À la nudité littérale (et censurée à l’origine par la dictature militaire qui régnait alors sur le Brésil) de la pochette répondent des pièces délicatement ouvragées au ton personnel, faisant du disque ce que son titre annonce clairement : un bijou, un joyau de la musique brésilienne qu’il ne sera jamais trop tard pour découvrir.

150 veloso

CAETANO VELOSO
Jóia
(Philips, 1975)

– Genre: MPB, folk.
– Dans le même genre que: Gilberto Gil, Lô Borges & Milton Nascimento, Maria Bethânia, Devendra Banhart.

Lien vers l’achat en ligne (Discogs)

Réagissez à cet article / Comment this article

commentaires / comments

About The Author

Guillaume Cloutier
Blogueur - RREVERB

Non content d'être un boulimique du rock, un obsédé du jazz, un fervent du saxophone et un adepte du 'crate digging' avec un oeil toujours tourné vers les musiques du monde, Guillaume s'adonne également à l'étude de la musique, et passe ses temps libres à l'enseigner et à en jouer avec son groupe de rock psychédélique Electric Junk.