Sacré gaillard que ce Charles Aznavour. Le “classique français”, comme il se plaira à se surnommer lui-même au cours de la soirée, a eu beau nous alerter, à maintes reprises; chercher à nous prévenir que son ouïe et sa mémoire lui font désormais un peu défaut, et même se prémunir d’une chaise, qu’il ne visitera que pour 2 ou 3 pièces au total. Nous ne sommes pas dupes! Non, mais, malgré 90 printemps, c’est, somme toute, en grande forme que Monsieur Aznavour nous a présenté son spectacle au Centre Bell, hier soir, 66 ans après sa première visite à Montréal, au Faisan doré en 1948.

Bien entendu, c’est la puissance des textes qui est au-devant et primordiale pour le chanteur et il nous le réitèrera. Quel testament inconditionnel de l’intemporalité et de l’immortalité justement de ces grandes chansons que la composition de l’auditoire; jeunes et moins jeunes y étaient venus, chaleureusement, saluer le grand homme de la variété française.

Malgré une voix un peu chancelante lors du morceau d’introduction au spectacle, Les émigrants, déjà à partir de la seconde pièce Je n’ai pas vu le temps passer tout était pas mal rentré dans l’ordre. Ainsi, la force de la voix, la présence et l’intensité de la performance du chanteur ne cesseront de croitre et ce jusqu’à la fin; et, exponentiellement aussi, grimpera l’écho enthousiaste du public, conquis.

Aznavour nous avait promis ses succès, mais aussi de nouvelles et plus récentes chansons, et c’est avec celles-ci que le spectacle s’est amorcé brièvement (Ce printemps-là, La vie est faite de hasards, etc.) Mais rapidement, l’arménien a emboité le pas avec ses morceaux, tant attendus, tels Mourir d’aimer et Paris au mois d’aout (un coup de cœur personnel, que voulez-vous, je suis un éternel romantique); à partir de ce moment, la magie mythique Aznavour a pris son envol et n’a cessé d’opérer jusqu’à ce qu’il quitte les planches avec J’me voyais déjà.

C’est avec une énergie de lion que le monument de la chanson s’est attaqué à plusieurs pièces favorites telles: Les plaisirs démodés, La bohème et Emmenez-moi… Courbettes et pas de danses à l’appui! Je ne sais pas si j’aurai la chance de revoir, sur scène, ce grand homme? J’hésite à nommer cela nostalgie, mais sa poésie nous rappelle combien la jeunesse est passagère, combien il est important de la saisir et d’en savourer chaque instant; de très beaux moments en compagnie de Monsieur Aznavour hier soir! Chapeau bas!

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Martin Curadeau
Blogueur - RREVERB

L’écoute d’un disque est un instant privilégié de rencontre avec l’essence même d’un créateur. Maelstrom de sons, myriades d’émotions et petits morceaux d’âmes à l’état brut.

Bien que la musique dite émergente (tel le rock indé.) est au centre de ses intérêts, sa curiosité n’a pas de bornes et il ne résiste, pour ainsi dire, à aucun style. Être transporté, chaviré, surpris et envouté par des albums est un rendez-vous quotidien.