Je l’avoue, je suis un fan de la formation montréalaise Constantinople. Pas par chauvinisme. Ils habitent mon quartier. Surtout parce qu’aucune frontière ne les arrête, parce qu’aucun métissage musical ne les effraye. Au contraire, le trio composé des frères d’origine iranienne Kiya (sétar, chant, direction artistique) et Ziya Tabassian (tombak, percussions) et du franco-ontarien Pierre-Yves Martel (viole de gambe) cherchent continuellement à créer des rencontres uniques entre les cultures musicales de partout au monde. Ils y amènent leur propre bagage – déjà amplement métissé d’influences orientales et occidentales – à différents styles musicaux. Le percussionniste québécois Patrick Graham et la joueuse de kanum turque Didem Basar se joignent à la formation.

Ainsi après de riches collaborations avec Suzie LeBlanc (musique Baroque italienne), En Chordais (ensemble grec), Françoise Atlan (poésie mystique), José Ángel Guttiérrez et Teresita de Jesús Islas (musique baroque mexicaine), pour n’en nommer que quelques-unes, les voici jouant avec le griot mandingue Ablaye Cissoko, as de la kora. “Jardins migrateurs” est le magnifique résultat du mariage des musiques mandingues et perses. L’union des chants est un des points forts de cette rencontre musicale. Sur certains morceaux, le Sénégalais Cissoko mène le bal, alors que sur d’autres, c’est Kiya Tabassian qui se laisse porter par la kora (Ahouye Vahshi). Les instrumentales ne sont pas moins intéressantes (Poisson au fond de l’océan).

 

C’est en écoutant “Jardins migratoires” qu’il devient inévitable de penser que tous les humains de la Terre ont en eux le potentiel de bien s’entendre avec chacune des autres cultures, de goûter les saveurs locales, de présenter son propre héritage, sans perdre son identité.

Des pièces comme Soutouro sont tellement belles et accessibles qu’elles peuvent également devenir d’intéressantes portes d’entrée à la “musique du monde” pour ceux et celles qui s’y connaissent moins en la matière. Les mélodies y sont faciles d’accès, et la beauté du mariage de ces instruments charmera certainement l’oreille du néophyte.

Constantinople a vraiment touché à toutes sortes de musiques à travers sa riche discographie : musiques d’Espagne juive et chrétienne, métissages des cultures byzantine, persane et arabe, chants de troubadours et trouvères, musique du Moyen Âge et de la Renaissance, explorant aussi le terroir québécois sur « Que le Yable les emporte!!! ».

constantinople onassis cultural center 2014

Au Onassis Cultural Center – 2014

Ablaye Cissoko aussi préconise les collaborations avec une grande variété de musiciens aux diverses origines. Il se produit en duo avec le trompettiste allemand Volker Goetze, en quatuor avec le basque Beñat Achiary, ou dans l’ensemble baroque de La Chimera. On l’a entendu aux côtés de pointures telles François Jeanneau, Majid Bekkas, Richard Galliano, Eduardo Egüez et Randy Weston au fil de sa carrière.

Un magnifique album.

constantinople ablaye cissoko

CONSTANTINOPLE & ABLAYE CISSOKO
Jardins migrateurs
(Ma case, 2016)

-Genre: world métissé
-Dans le même esprit que le Idan Rachel Ensemble

Écouter l’album en ligne ici.
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Nicolas Pelletier

Mélomane invétéré et rédacteur agréé, Nicolas pratique la critique en mode olympique: il parle de tout, tout le temps, depuis 1991. Il a publié 6 000 critiques de disques et concerts dont 1100 chez emoragei magazine et 600 sur enMusique.ca, dont il a également été le rédacteur-en-chef de 2009 à 2014. Il publie “Les perles rares et grands crus de la musique” en 2013, et devient stratège numérique des radios de Bell Média en 2015, participant au lancement de la marque iHeartRadio au Canada en 2016.