Cet article est le quatrième de cinq faisant la rétrospective complète de la discographie de David Bowie. Cliquez ici pour lire le troisième.

« Let’s Dance » – Modern Love
Cet album représente le grand tournant pop de David Bowie. Mais on parle bien ici de pop de qualité. La mièvrerie viendra dans les prochaines années, mais sur « Let’s Dance », sorti en 1983, Bowie est encore au sommet de ses capacités. Comme l’a si bien dit Nicolas Pelletier dans sa critique de cet album, si cet opus avait été fait par quelqu’un d’autre que Bowie, on aurait crié au génie. Mais venant de Bowie, ça peut en effet surprendre, après les albums expérimentaux et innovateurs de la dernière décennie.
Avec un peu de recul, on peut constater que l’album a très bien vieilli, ce qui n’est pas le cas de toute la musique des années 80. Nile Rodgers est le coréalisateur, et on retrouve également Stevie Ray Vaughan à la guitare. La chanson-titre a une irrésistible et très funky ligne de basse, alors que China Girl (enregistrée à l’origine par Iggy Pop en 1977) montre un Bowie en pleine forme vocale. Mais je choisis Modern Love, pour son rythme énergique et entraînant, qui aurait été inspiré par Little Richard. La batterie et le saxophone sont un peu trop en avant dans le mix, mais c’est quand même un autre classique de Bowie.

« Tonight » – Blue Jean
C’est à partir de cet album, sorti en 1984, que ça se complique pour Bowie. Le succès planétaire du précédent opus semble avoir coupé l’inspiration de Bowie, et on sent que la démarche est plus ou moins naturelle et convaincante, comme si David tentait de reproduire une formule qui avait si bien fonctionné l’année d’avant. La réalisation est boiteuse, maniérée et surfaite. Enregistré au studio de Morin-Heights, cet album contient peu de matériel intéressant. Mais on réécoute tout de même avec un certain plaisir Dancing With The Big Boys et Neighbourhood Threat (deux collaborations avec Iggy). Blue Jean est toutefois la pièce la plus réussie. Marimba et saxophone forment un beau mélange, avec une influence du rock des années 50, en particulier Eddie Cochran.

« Never Let Me Down » – Never Let Me Down
 Si les fans de Bowie pensaient que leur idole avaient atteint le fond du baril, la suite allait leur prouver que non. Paru en 1987, « Never Let Me Down » est souvent considéré comme le navet de la discographie de Bowie, et on peut difficilement dire le contraire. Le Thin White Duke manquait clairement d’inspiration, et la réalisation fade et hypertrophiée, typique des années 80, n’aide en rien la cause. Pour me conformer à l’exercice que je me suis imposé, je choisis la chanson-titre. Fragile et juste, la voix de Bowie est un peu plus convaincante que sur le reste de l’album. On entend aussi l’influence de Jealous Guy, de son ami John Lennon, avec des sifflements.

De cette époque, on se souviendra peut-être plus de son personnage pour le moins étrange dans le film The Labyrinth. Sa participation au film Absolute Beginners a aussi résulté en la meilleure chanson de cette période. Composée par Bowie, Absolute Beginners est parue en 1986 et est supérieure à tout ce qui s’est retrouvé sur « Never Let Me Down » et « Tonight ».

david-bowie 1987

David Bowie en 1987

« Black Tie White Noise » – Jump They Say
Complètement détruit par les critiques, Bowie se cherche et sa nouvelle quête l’amène à former un nouveau groupe. Tin Machine produira deux albums – « Tin Machine » en 1989 et « Tin Machine II » en 1991 – de hard rock à guitare (proche d’un proto-grunge), mais malheureusement sans personnalité. Cette expérience est de courte durée, et Bowie retrouve graduellement la forme en 1993 avec « Black Tie White Noise », son meilleur album en 10 ans. Une série de rééditions de son catalogue le pousse à reconnecter avec son passé, et on peut entendre Mick Ronson sur I Fell Free (une reprise de Cream). Nile Rodgers est aussi de retour à la coréalisation. À mon avis, la meilleure chanson du disque est Jump They Say, qui porte sur son demi-frère Terry. Ce dernier s’est suicidé en 1985, après avoir souffert de schizophrénie. 23 ans après All The Madmen, Bowie traite à nouveau de la folie, et le fait manière convaincante.

« 1.Outside » – Hallo Spaceboy (remix par The Pet Shop Boys)
Cet album est sûrement l’un des plus curieux de toute la discographie de Bowie. Ce dernier renoue avec Brian Eno, 16 ans après la « Trilogie berlinoise ». « 1.Outside » est un album-concept sur une fin de siècle pour le moins chaotique. L’album est sous-titré « The Ritual Art-Murder of Baby Grace Blue: A non-linear Gothic Drama Hyper-Cycle », et devait être le premier d’une série de cinq. Les deux autres auraient été entamés, mais jamais complétés. Eno a dit dans les dernières semaines que lui et Bowie entendaient retravailler ensemble prochainement, mais les événements que l’on connaît rendent maintenant la chose impossible. Le pianiste Mike Garson est par ailleurs de retour avec Bowie sur cet album, et il apporte une excellente contribution.
Inspiré par Nine Inch Nails (qui accompagnera Bowie lors de la tournée du disque), « 1.Outside » déploie un rock industriel expérimental somme toute déroutant. Le chaos ordonné empile des pistes de guitare, de distorsion et de synthétiseurs sur près de 75 minutes. The Heart’s Filthy Lesson, I Have Not Been To Oxford Town et No Control sont particulièrement bien faites, mais l’excellente Hallo Spaceboy retient l’attention. The Pet Shop Boys en ont fait un remix explosif, plus dance-rock alternatif qu’industriel, mais tout de même très bon.

« Earthling » – Little Wonder
Bowie va encore ailleurs avec son nouvel album paru en 1997. Il se tourne cette fois vers le drum ‘n’ bass, cette musique qui fait danser les jeunes dans les clubs et les raves à cette époque. Bowie semble imiter Blur sur l’excellente Seven Years In Tibet, et il sonne frénétique sur plusieurs autres pièces du disque. La plus réussie du groupe est certainement Little Wonder, qui retourne au son industriel du précédent opus. Bowie emprunte à un autre contemporain, en reprenant le rythme effréné du tube Firestarter, de Prodigy. Bowie continue donc les explorations sonores du dernier album (avec Eno en moins), mais le fait de manière de plus accessible et succincte.
Si Bowie a travaillé fort au milieu des années 90 pour se remettre au goût du jour, la fin de siècle et le nouveau millénaire montreront plutôt qu’il entend faire les choses à sa manière, selon ses standards et son passé.

Cliquez ici pour lire la suite

david-bowie 1997

David Bowie fête ses 50 ans, en 1997

Réagissez à cet article / Comment this article

commentaires / comments

About The Author

Benoit Bergeron
Blogueur - RREVERB
Google+

Curieux de nature, Benoit est un boulimique musical qui consomme de presque tous les genres. Du punk au classique, en passant par le folk, le psychédélique et le rockabilly, il sait apprécier les subtilités propres à chacun de ces courants musicaux. À travers des centaines d’heures d’écoute et de lecture de biographies, il tente de découvrir les motivations et les secrets derrière les plus grands albums et les œuvres grandioses des derniers siècles. Il parcourt aussi les salles de spectacle de Montréal, à la recherche de vibrations directes.