Encensé au Royaume-Uni, mais souvent littéralement saccagé par les critiques aux États-Unis, le groupe de Stafford polarise. Pour les admirateurs, même si les influences du quintette sont claires, l’avis est que le tout est distillé avec grande classe et le rendu plusieurs coches au-dessus de celui des autres groupes post-punk à qui ils ressemblent clairement (tels Bravery, Kaiser Chiefs, etc).

Inversement, les détracteurs ont généralement soulevé que Tom Smith, le chanteur, se donnait un peu trop, avec sa voix caverneuse, des tonalités théâtrales à la Joy Division (ou Interpol). Avec un côté grandes pompes un peu artificiel et des paroles submergées de clichés.

Pour ma part, qui suis un inconditionnel, je penche plutôt avec les premiers et, suis d’avis que l’important est que la sauce prend et qu’elle a satané bon goût; ce même si elle n’offre, à première vue, rien d’inédit. Pour moi, les Editors méritent leur place au sein du panthéon brit rock. Ceci dit, je peux comprendre les puristes qui, ne creusant pas plus loin, les placent dans la catégorie d’émules des Killers. Ce, même si, à partir de leur troisième album, il s’opéra une certaine cassure avec cette approche, ce “son”.

Sur “In Dream”, nous sommes face, à nouveau, à un différent exercice, un recul encore plus loin des penchants usuels à mettre les guitares vaporeuses et mordantes au-devant en se la jouant musique de stade. Car bien que le groupe a parfois un petit côté rock d’aréna, à la U2, le plus récent disque dispose plus d’une parenté avec l’excellent “In this Light and on This Evening”, plus complexe troisième album de 2009, qu’avec les autres opus. Plus d’arpèges de synthés, de basses électroniques, de rythmes numériques, davantage de lenteurs, de textures.

En effet, moins rock que les précédents, “In Dream” nous plonge dans des pérégrinations plus hétéroclites, versant quasiment dans un pseudo documentaire des meilleurs sons pop et alterno des années ’80. Mais je doute que ce soit un choix si éditorial que ça (notez ici l’habile jeu de mots). Selon moi, le groupe s’est plutôt tapé du bon temps, en studio, et a opté pour une approche de composition plus “libre” sans trop penser à l’effet global; Ce n’est clairement pas un album concept, mais il m’apparaît évident que l’effort de création atteint ici un niveau inégalé jusqu’à maintenant. De l’intensité riche et épique à en revendre, avec une direction artistique à la fois cohérente et sublime.

 

La structure rêveuse des pièces et l’approche peuvent donner l’impression que chaque morceau se veut un hommage à différents groupes des années ’80; pas seulement les Bunnymen, cette fois-ci! Le tout ne s’éloignant jamais bien loin de la sensibilité propre des Editors, toujours grisante malgré une noirceur bien présente.

Ceci dit, c’est un album qui se kiffe bien mieux après plusieurs confrontations. Moi-même qui avais été inébranlable, aux premiers abords; je puis maintenant affirmer que “In Dream”, s’inscrit très fidèlement dans le catalogue de la formation. Même si, à priori, il pourrait passer pour un intermède plus discret, il s’avère que le disque s’apprivoise lentement; signe d’une certaine maturité de la formation.

Avec une poésie, toute en retenue, avec grâce et sans éclats faciles, le disque arbore un style lyrique un peu “dandy” (à la Peter Murphy). C’est un album complexe et riche avec de forts moments pop. L’excellente Forgiveness aurait pu être un single perdu de Roxy Music. Sur l’album, on y entend un peu de tout, de The Mission en passant par du Talking Heads. Jamais pastiche cependant, le groupe me semble très en maîtrise. À la première écoute, j’avais perçu le tout comme un peu tiède, moins percutant, mais au contraire, l’album renferme des bijoux très sophistiqués. Il s’agit incontestablement du disque le plus achevé des Editors. À consommer de préférence tranquillement, en petites lampées.

 

Editors2
EDITORS
In Dream
(Play it Again Sam, 2015)

-Genre: Synth Pop et Post-Punk.
-Du rock étoffé comme celui de Bloc Party, Kasabian et Doves.

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EDITORS - Revivre les années '80
Originalité80%
Authenticité85%
Accessibilité85%
Direction Artistique90%
Qualité Musicale80%
Textes70%
82%Overall Score
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Martin Curadeau
Blogueur - RREVERB

L'écoute d'un disque est un instant privilégié de rencontre avec l'essence même d'un créateur. Maelstrom de sons, myriades d'émotions et petits morceaux d'âmes à l'état brut. Bien que la musique dite émergente (tel le rock indé.) est au centre de ses intérêts, sa curiosité n'a pas de bornes et il ne résiste, pour ainsi dire, à aucun style. Être transporté, chaviré, surpris et envouté par des albums est un rendez-vous quotidien.