Longtemps considéré comme une pâle copie de Noir Désir, le quatuor français Eiffel peut légitimement clamer haut et fort leur domination en matière de rock made in France… et en français, s’il vous plait! Seuls Dyonysos, Luke (dont le bassiste Damien Lefèvre faisait jadis partie d’Eiffel) et une poignée d’autres sont à cette hauteur.

À l’instar de Bertrand Cantat, le chanteur et guitariste Romain Humeau mène cette formation avec caractère et panache. Armé d’une voix forte et solide, et d’un talent mélodique certain, il plante avec assurance ses titres dans la planète rock, sans prendre des airs de stars poseurs ni arrogance. Résultat: de bonnes chansons comme Le même train. Oui, Eiffel sonne toujours un peu comme feu Noir Désir (Chaos of Myself) mais lorsqu’on les voit sur scène — comme aux Katacombes en 2012, et cette année, le 19 juin à l’Astral — on voit bien qu’on a affaire à un authentique groupe rock qui mord dans le rock avec passion et sérieux. La bassiste/claviériste Estelle Humeau (épouse de Romain), le batteur Nicolas Courret (qui avait pris une pause du band entre 2001 et 2008) et le second guitariste Nicolas Bonnière (ex-Dolly) vivent une complicité coulée dans le béton, gérant cette machine au quart de tour. Sur les planches, c’est particulièrement évident. L’énergie est fluide et cohérente.

Sur ce nouvel opus qui nous arrive enfin en Amérique, Eiffel n’hésite pas à prendre son pied pendant sept minutes sur un riff qui les botte, qu’ils reproduisent en boucle avec la passion de musiciens qui sentent qu’ils tiennent quelque chose de bon, qu’ils communiquent dans leur jeu. Rien de plus contagieux qu’un musicien lui-même transporté par sa composition. Il y a quand même un peu de répétition, comme cette mélodie sifflée sur la chanson titre, Foule monstre, qui évoque beaucoup trop l’une de leurs pièces les plus fortes de leur répertoire : À tout moment, tirée de l’album du même nom (2009). La mélodie aurait été jouée par n’importe quel autre instrument qu’on n’y aurait vu que du feu.

Si on peut reprocher à Humeau et sa bande de parfois reprendre la formule, on peut les féliciter d’en avoir trouvé une bonne formule! Sur Libre, une dynamique pièce propulsée par une solide série d’accords de piano, on est fascinés par chaque mot prononcé par Humeau. Sur Frères ennemis, les quatre mettent toute la gomme pour livrer un rock plus près du punk à la Ramones, plus rapide et plus agressif, compressé en moins de deux minutes. Il est assez rare d’entendre une telle hargne « sonner » aussi bien dans la langue de Molière. Même les Wampas et les Sheriffs n’arrivaient pas à cette qualité lyrique et musicale simultanément. Comme pour équilibrer, Eiffel lance ensuite une belle ballade Chanson trouée, longue elle aussi de sept minutes, dont l’intensité grimpe graduellement, jusqu’aux grands cris du chanteur de 42 ans.

Eiffel fait vraiment bien les choses.

Originaires d’Aix-en-Provence, le quatuor a affronté les critiques en collaborant avec Serge Teyssot-Gay (guitare) et Bertrand Cantat (chant), du groupe Noir Désir en 2008 le temps d’une chanson, Le Temps des cerises, lancée gratuitement sur Internet. Une amitié nait, Cantat revient chanter des chœurs sur deux titres, dont sur Lust for Power (2013). Eiffel a galéré pour en arriver jusque-là. Déjà, on retrouvait le couple Humeau et le batteur Courret au sein du groupe Oobik & The Pucks, formé en 1995.

Suite à une divergence avec leur compagnie de disque (Warner), Eiffel devient complètement indépendant s’occupant eux-mêmes du booking des concerts, d’un fanzine et des enregistrements de maquettes. Humeau participera à de nombreux projets en tant qu’arrangeur (l’album « 1,2,3 Soleils », pour Helene Noguerra). En 1999, le producteur Bertrand Burgalat les fait devenir musiciens de soutien pour l’auteur Michel Houllebecq, le temps de quelques dates. « Foule monstre » est le cinquième album complet du groupe sous le nom Eiffel. Romain Humeau a également lancé un album solo en 2005, intitulé « L’Éternité de l’instant ».

À voir à l’Astral, le 19 juin prochain, dans le cadre des FrancoFolies de Montréal. La formation québécoise Hôtel Morphée assurera la première partie. J’y serai sans faute.

EIFFEL-FOULE-MONSTRE

EIFFEL
Foule monstre
(Pias, 2013)

Lien vers achat en ligne (LastFM)
Suivez Eiffel sur Facebook

Acheter des billets pour les concerts aux Francos 2013

Réagissez à cet article / Comment this article

commentaires / comments

About The Author

Nicolas Pelletier
Fondateur et rédacteur en chef
Google+

Mélomane invétéré et rédacteur agréé, Nicolas pratique la critique en mode olympique: il parle de tout, tout le temps, depuis 1991. Il a publié 4 500 critiques de disques et concerts dont 1100 chez emoragei magazine et 600 sur enMusique.ca, dont il a également été le rédacteur en chef de 2009 à 2014. Nicolas a publié "Les perles rares et les grands crus de la musique" en janvier 2013, un ouvrage de 1250 pages en deux tomes.