Comme plusieurs grands bluesman, Elmore James est originaire d’un des États racistes du sud des États-Unis. James est né en 1918 au Mississippi, au cœur du Delta du Mississippi, où le blues afro-américain a vu le jour. C’est entre autres en côtoyant le légendaire Robert Johnson qu’il a appris à jouer de la guitare, acquérant également une impeccable technique de guitare slide. Il est par ailleurs l’un des premiers bluesman à avoir utilisé la guitare électrique. Après avoir passé deux ans dans l’armée, il est retourné dans son coin de pays et a accompagné Sonny Boy Williamson II. L’enregistrement de son classique Dust My Broom, en 1951, l’a propulsé vers de nouveaux sommets. Comme plusieurs de ses collègues, il est ensuite parti pour Chicago afin de tenter de poursuivre son succès.

Sa plus grande réussite est sans contredit Dust My Broom, dont le riff à la guitare slide est tout simplement explosif. Appuyé par l’harmonica, joué par Sonny Boy, la puissante guitare donne un rythme propulsif à la chanson. La voix de James est aussi saisissante, par sa passion et sa force. James a clamé avoir composé cette chanson, même si la similarité avec I Believe I’ll Dust My Broom, de Robert Johnson, est frappante. Peu importe les disputes à ce sujet, la version de James est une révolutionnaire électrification du blues acoustique du Delta du Mississippi. Aux mains d’Elmore James, le country blues de Johnson devient un blues lourd et hypnotique, et est la définition même du standard.
Voici d’ailleurs une liste de lecture qui regroupe 12 des meilleures chansons de James, qu’on retrouve toutes sur la compilation « The Essential Elmore James ».

De 1951 jusqu’en 1963, soit au moment de sa mort, d’une crise cardiaque, Elmore James produira plusieurs autres excellentes chansons. Enregistrée en 1959, The Sky Is Crying est un autre standard du blues. Avec son groupe, appelé les Broomdusters (qui comptait sur J.T. Brown au saxophone, Johnny Jones au piano, Odie Payne à la batterie et Homesick James à la basse), James offre une performance inspirée. Sa voix et sa guitare rivalisent en intensité tout au long de ce classique. Eric Clapton l’a notamment reprise, mais de manière beaucoup moins convaincante.

James a encore pigé dans le répertoire de Robert Johnson avec l’excellente Standing At The Crossroads, adaptation de Crossroads (que Cream a aussi repris plus tard). La même ferveur l’habite sur cette pièce que sur Dust My Broom. Sur Held My Baby Last Night et Baby Please Set A Date, James fait crier sa guitare, chantant des textes qui portent sur les relations amoureuses et l’infidélité. Elmore James livre aussi une brillante prestation sur l’excellente It Hurts Me Too, enregistré pour la première fois en 1940 par Tampa Red (une autre influence majeure de James). Sur l’époustouflante ballade Something Inside Me, James offre sûrement une de ses meilleures performances vocales.

Bien qu’on ait surtout retenu son slow blues, Elmore James était aussi à l’aise dans les pièces au tempo plus rapide. Repris entre autres par The Paul Butterfield Blues Band et le Fleetwood Mac anglais, le standard Shake Your Moneymaker est le meilleur exemple de sa capacité à nous tenir en haleine avec un rythme vivant et dansant et un riff de guitare irrésistible. Le classique Rollin’ And Tumblin’ est joué de manière passionnée et intense, alors qu’on retrouve plutôt un rythme syncopé sur Done Somebody Wrong. La puissance et la furie dans la voix de James sur One Way Out et Talk To Me Baby sont terrifiantes.

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Mort trop jeune, Elmore James n’aura ainsi pas eu la chance de récolter les bénéfices de la British Invasion, qui a ouvert des bluesman comme Howlin’ Wolf et Muddy Waters à un auditoire plus large et blanc. Il a tout de même influencé des dizaines et des dizaines de guitaristes, d’Eric Clapton à Stevie Ray Vaughan, en passant par Duane Allman, Jimi Hendrix, Frank Zappa et George Harrison (d’ailleurs, sur For You Blue, parue sur « Let It Be », on entend George dire ceci : « Elmore James got nothin’ on this, baby »). Brian Jones, le fondateur des Rolling Stones, était un fanatique et se faisait appeler à un certain moment Elmo Lewis, en référence à Elmore James.

Ce n’est donc pas pour rien qu’Elmore James se fait appeler le « roi de la guitare slide ». Il a été l’un des premiers guitaristes de blues électrique, et ses riffs puissants et sentis donnent toujours des frissons, plus de 60 ans après leur enregistrement. On peut peut-être l’oublier, tant son talent de guitariste était immense, mais James était également un grand chanteur. « The Essential Elmore James » est ainsi une très bonne introduction à sa discographie. La musique d’Elmore James est primordiale pour tout amateur de blues et de rock.

elmore james the essential
ELMORE JAMES
The Essential Elmore James
(GAMC, 2010)

-Genre : blues électrique de Chicago
-Dans le même genre que Muddy Waters, Howlin’ Wolf et Earl Hooker

Lien vers l’achat en ligne (iTunes)

ELMORE JAMES : Le roi de la guitare slide
ORIGINALITÉ 100%
AUTHENTICITÉ 100%
ACCESSIBILITÉ 85%
DIRECTION ARTISTIQUE95%
QUALITÉ MUSICALE100%
TEXTES 85%
94%Overall Score
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Benoit Bergeron
Blogueur - RREVERB
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Curieux de nature, Benoit est un boulimique musical qui consomme de presque tous les genres. Du punk au classique, en passant par le folk, le psychédélique et le rockabilly, il sait apprécier les subtilités propres à chacun de ces courants musicaux. À travers des centaines d'heures d'écoute et de lecture de biographies, il tente de découvrir les motivations et les secrets derrière les plus grands albums et les œuvres grandioses des derniers siècles. Il parcourt aussi les salles de spectacle de Montréal, à la recherche de vibrations directes.