Il y avait de la grande visite hier soir à la Salle Pollack. Le pianiste québécois de réputation internationale Marc-André Hamelin se joignait au Quatuor Dover pour célébrer la 20e édition du Festival de musique de chambre de Montréal, qui lançait hier sa Série classique. Un programme très varié nous a permis d’entendre le Quatuor seul, Hamelin seul, puis finalement le Quatuor avec Hamelin. Dans tous les cas, la performance a été excellente!

En ouverture de concert, le Quatuor Dover interprétait une œuvre rare d’un compositeur tristement tombé dans l’oubli. Le Tchèque Viktor Ullmann a composé son Quatuor à cordes no. 3 en 1943, alors qu’il était assigné au ghetto juif de Theresienstadt, où il avait une très minime liberté. Ullmann a finalement été déporté à Auschwitz, où il a péri le 18 octobre 1944. Notons que ce Quatuor se retrouve sur l’album « Terezín: The Music 1941–44 », sorti en 1991 et qui regroupe des œuvres de divers compositeurs internés à Theresienstadt (nom allemand de Terezín). Composé des violonistes Joel Link et Bryan Lee, de l’altiste Milena Pajaro-van de Stadt et du violoncelliste Camden Shaw, le Quatuor Dover a joué cette œuvre avec une belle justesse de ton et une remarquable cohésion. Le superbe thème du Largo, présenté à l’alto, puis repris par les autres musiciens, a été joué avec retenue et expressivité. En contraste, le finale a été emporté et dynamique, mais toujours très bien interprété.

Marc-André Hamelin s’est ensuite installé seul au piano afin de jouer les Impromptus no. 3 et 4, D. 935, de Franz Schubert. Ces courtes pièces ont été composées en 1827, soit un an avant la mort du Viennois. Robert Schumann croyait que ces quatre Impromptus formaient une sonate cachée, mais rien n’a pu confirmer ces allégations. Noté Andante, le no. 3 est une série de cinq variations gracieuses et contrastées. Sous les doigts agiles du pianiste, les séries de notes deviennent de magnifiques poèmes musicaux. Le jeu d’Hamelin est d’une grande musicalité, très lyrique et rêveur. Le no. 4 est plutôt un Allegro scherzando passionné, et même sauvage par moments. Ici, on remarque certainement la puissance et la virtuosité de l’instrumentiste. Hamelin ne fait pas de manières ou de grands gestes de bravoure. Il joue et laisse la musique parler.

La pièce de résistance du spectacle était le Quintette pour piano et cordes de César Franck. Né en Belgique, ce dernier a toutefois fait sa marque à Paris. Dans les deux dernières décennies de sa vie, il est devenu une figure importante de l’école romantique française de la fin du 19e siècle. Il a enseigné ou influencé de nombreux compositeurs, dont Vincent d’Indy, Claude Debussy, Maurice Ravel, Louis Vierne, Gabriel Fauré et Guillaume Lekeu. Composée en 1879, cette œuvre monumentale et puissante a été très bien interprétée. Les musiciens ont toutefois dû apporter des ajustements, puisque lors du premier mouvement, le piano était souvent plus fort que les cordes. Les variations d’intensité sont très marquées dans cette œuvre, et heureusement l’équilibre sonore délicat s’est ajusté au fur et à mesure. Cela n’a toutefois pas entamé notre appréciation de ce chef-d’œuvre, dont les thèmes romantiques du premier mouvement sont d’une beauté et d’une sensualité saisissantes. Le finale est carrément endiablé, d’une intensité décuplée lors de l’ultime unisson.

Cet excellent concert a donc lancé de belle manière cette 20e édition du Festival de musique de chambre de Montréal. Le Festival se poursuit jusqu’au 21 juin, avec de nombreux concerts de musique classique, mais également du jazz. Marc-André Hamelin sera en récital demain soir, et le Quatuor Dover se produira à son tour vendredi. Les détails de la programmation se trouvent ici.

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Benoit Bergeron
Blogueur - RREVERB
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Curieux de nature, Benoit est un boulimique musical qui consomme de presque tous les genres. Du punk au classique, en passant par le folk, le psychédélique et le rockabilly, il sait apprécier les subtilités propres à chacun de ces courants musicaux. À travers des centaines d'heures d'écoute et de lecture de biographies, il tente de découvrir les motivations et les secrets derrière les plus grands albums et les œuvres grandioses des derniers siècles. Il parcourt aussi les salles de spectacle de Montréal, à la recherche de vibrations directes.