Hindi Zahra est une artiste d’exception. Cette femme est en transe avec sa musique. Quiconque l’a vue en concert est fasciné par la profondeur à laquelle elle plonge à l’intérieur d’elle-même pour aller chercher l’émotion, la « vibe ». Elle peut faire de grandes choses.

Son premier album, « Homemade » a séduit les dirigeants du prestigieux label jazz Blue Note: elle fut l’une des rares artistes n’œuvrant pas purement dans ce style musical de l’écurie. La Parisienne d’origine marocaine faisait-elle partie d’un plan d’expansion du label? Probablement pas. Les dirigeants de Blue Note se sont sûrement dit qu’ils ne pouvaient pas ignorer un tel talent, même si la musique métissée de musique traditionnelle arabe, de tango (Beautiful Stranger) et de reggae ne cadrait pas tant dans le moule. Et ils ont bien fait! « Homemade » a été salué par la critique et le public à travers le monde. Je l’ai personnellement couronné « meilleur album de 2010, tous styles et catégories confondus » et également salué ses performances scéniques captivantes, séduisantes, ensorcelantes.

hindi zahra photo

Les années passent. Hindi Zahra change d’équipe musicale. On la revoit sur scène au Corona en octobre 2011. Elle est méconnaissable. L’envoutante chanteuse semble fatiguée, voire déprimée. La performance demeure intéressante, même si beaucoup plus sombre, mais l’éclat n’est pas au rendez-vous. On s’inquiète.

Arrive enfin un nouvel album: « Homeland » (notez la différence et le lien entre les titres des deux albums). L’espoir renaît. Hindi Zahra n’est pas l’artiste qu’elle était en 2010. On sent qu’elle a continué son chemin et ne s’est pas écroulée. Il n’y a pas de « tubes » comme sur « Homemade » ici. Mais il y a une ambiance lancinante, fascinante, captivante tout au long des 11 chansons de ce second opus. Les rythmes sont plus latins qu’arabes, l’humeur est plus introspective qu’expressive (La Luna). Le genre de disque qui transporte l’auditeur pendant presque une heure, sans accroc. Un trip qui dure, plutôt qu’une succession de chansons. Hindi Zahra est hantée, habitée l’esprit du blues (bien exprimé sur la chanson The Blues).

« Homeland » n’est pas un album pour toutes les occasions. On ne le remarquera pas si écouté d’une oreille distraite. Mais si on y plonge, on se dirige vers un endroit noir (pas seulement sombre!), intense, insaisissable. Ça pourrait laisser des marques. Vous avez été averti : Hindi Zahra’s got the blues.

Hindi Zahra jouera au Festival International de Jazz de Montréal, le tout dernier jour: dimanche 5 juillet, à 18 heures, au Club Soda. Cliquez ici pour vous procurer des billets.

HINDI ZAHRA
Homeland
(Parlophone, 2015)

-Genre: métissage blues arabo-latin
-Dans le même esprit que Fiest, Lhasa de Sela, Beth Gibbons, Souad Massi

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Nicolas Pelletier

Mélomane invétéré et rédacteur agréé, Nicolas pratique la critique en mode olympique: il parle de tout, tout le temps, depuis 1991. Il a publié 6 000 critiques de disques et concerts dont 1100 chez emoragei magazine et 600 sur enMusique.ca, dont il a également été le rédacteur-en-chef de 2009 à 2014. Il publie “Les perles rares et grands crus de la musique” en 2013, et devient stratège numérique des radios de Bell Média en 2015, participant au lancement de la marque iHeartRadio au Canada en 2016.