“Here in Weightless Fall”, le troisième album de la formation de Brooklyn, HOME VIDEO nous assaille avec un arpège de synthétiseur extrêmement générique en guise d’envol. La première pièce donne l’impression que le duo a décidé d’improviser et de superposer quelques lignes un peu vagues sur la démo d’un vieux synthétiseur Roland vintage. Aie! Je sais! La pièce est ainsi complètement bâtie en étage, en couches se superposant les unes aux autres. Tristement, chacune de ces plaques est plutôt simple, froide et redondante. La somme est quand même supérieure à l’ensemble des parties, ce qui nous fait dénoter le talent évident du duo de David Gross et de Collin Ruffino.

 

En effet, de manière inattendue vers la fin du premier titre, une fois la ligne de basse amorcée accompagnée de quelques notes de piano un peu House (sans trop), il y a une certaine cohésion qui se dégage. Quelque chose qui heureusement prend son envol. Un petit rappel d’OMD ou de Tears for Fears, je ne sais pas. Et, en étant ainsi transporté, on arrive à entrer mieux dans l’œuvre. Ainsi, j’aime beaucoup Forget, le premier extrait et simple de l’album. Même si le son est tout à fait calqué, j’y capte la subversion volontaire, le cynisme probablement recherché. Mais j’y puise assez peu d’originalité par contre et c’est malheureux, car toute la volonté y est. Le talent et le potentiel aussi.

 

Cet amalgame de strates sonores arrive dans un ordre qui varie d’un morceau à l’autre, mais, essentiellement, la recette est plutôt homogène tout au long du disque et c’est dommage. Si je me fais mauvaise langue; on dirait un greatest hits de pop respectable des années 80 (DM, New Order, etc) passé au mélangeur et réagencé. Ce n’est pas mal en soit, simplement que c’est un peu faible au final. À l’écoute de Forget, le premier réflexe est de se demander quel groupe a pondu ce tube qui nous «dit quelque chose». Malheureusement, même si ce n’est qu’une impression, il sera, encore une fois, et cette fois-ci réellement vite oublié. J’hésiterais par contre à taxer ce projet de facile ou de racoleur, mais bien au-delà d’une simple influence, c’est le son des 80’s à 100% qu’on a repiqué ici; pas adapté, mais complètement reproduit; rythmes minimalistes de 808 en 4/4, basses répétitives à 4 notes, des cuivres synthétiques, des sons filtrés à souhait, voix nonchalante avec réverbération.

 

Mais le premier désir qui vient, au terme de l’écoute du disque, c’est de s’empresser d’aller écouter les originaux. Après le disque, j’avais envie de me retaper du Bryan Ferry, A-Ah, Pet Shop Boys, en boucle, mais pas de réécouter “Here in Weightless Fall”. Il y’a quelques moments sur chaque pièce, à titre d’exemple, le synthé rempli de distorsion de la fin de la pièce Release est quand même pas mal. La pièce The Disappeared est aussi très solide. Mais le tout demeure tiède, au mieux, pas mauvais mais moyen et c’est très dommage. Pour moi qui suis assez âgé pour avoir connu ce mouvement musical à son apogée, l’écoute de cet album de HOME VIDEO s’avère un peu fastidieuse. Je suis pourtant un gros fan de ce son, mais je veux de l’originalité. Ici, il n’y a pas que le nom du groupe qui est un peu vieillot. Si l’album était sorti en 1984, il aurait probablement été voué à un succès assuré, mais 30 années plus tard c’est simplement trop peu original, pas assez organique, et bien tard.

 

L’album m’a donné le gout de ressortir de vieux disques de Moev, Handful of Snowdrops, Clan of Xymox, Camouflage, etc; je me suis fait tout un mix avec tout ça. Mais je doute que ce fût l’effet recherché. J’irai tout de même écouter les autres disques du groupe que je ne connais humblement pas. Ceux-ci avaient été tout de même encensés et, qui sait, “Here in Weightless Fall” n’est peut-être qu’un intermède nostalgique pour le groupe.

 

HomeVideoAlbumArtwork
HOME VIDEO
Here in Weightless Fall
(Home Video, 2014)

-Genre: Electro pop
-Des similitudes avec Telepathe, Engineers, Zoot Woman

Lien vers l’achat en ligne (iTunes)
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HOME VIDEO – Rembobiner la cassette?
Originalité60%
Authenticité75%
Accessibilité75%
Direction Artistique65%
Qualité Musicale60%
Textes60%
66%Overall Score
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Martin Curadeau
Blogueur - RREVERB

L'écoute d'un disque est un instant privilégié de rencontre avec l'essence même d'un créateur. Maelstrom de sons, myriades d'émotions et petits morceaux d'âmes à l'état brut. Bien que la musique dite émergente (tel le rock indé.) est au centre de ses intérêts, sa curiosité n'a pas de bornes et il ne résiste, pour ainsi dire, à aucun style. Être transporté, chaviré, surpris et envouté par des albums est un rendez-vous quotidien.