C’est cet avant-midi qu’avait lieu la première de quatre représentations du concert « Bach dans un jardin anglais ». Avec le chef Jean-Michel Malouf et les solistes Daniel Clarke Bouchard et Marie-Ève Poupart, l’Orchestre de chambre I Musici de Montréal nous offrait une œuvre de Bach, en plus de celles de quatre compositeurs anglais du tournant du 20e siècle. Ce concert en matinée était présenté à la Chapelle historique du Bon-Pasteur, magnifique petite salle située sur la rue Sherbrooke.

Daniel Clarke Bouchard est ce jeune prodige de 14 ans dont on a beaucoup entendu parler dans les dernières années : apparitions entre autres au Ellen Degeneres Show et à Tout le monde en parle, album avec Oliver Jones, prestation avec l’Orchestre Métropolitain, etc. Ses pitreries, son charisme et son attitude que certains qualifient d’arrogante ont fait de lui un chouchou des médias. Mais derrière ce personnage public se cache un musicien sérieux qui étudie au Conservatoire de Musique de Montréal et qui nous interprétait donc le Concerto pour clavier no. 5 de Johann Sebastian Bach. Jouant le Concerto de mémoire, le jeune pianiste a offert une formidable performance, tout en modestie et en efficacité. Son jeu était fluide au premier mouvement, et tout en douceur et en finesse lors du superbe Largo. Brillamment accompagné par l’Orchestre et le chef, le soliste a joué sans arrêt pendant la dizaine de minutes de la pièce, démontrant une solide technique.

Daniel Clarke Bouchard était par ailleurs supposé accompagner l’Orchestre dans une pièce de Gerald Finzi, mais, sans qu’on ne sache trop pourquoi, le programme annonçait plutôt le premier mouvement du Concerto pour violon et orchestre à cordes de Ralph Vaughan Williams. Qu’à cela ne tienne, c’est donc Marie-Ève Poupart, violoniste au sein d’I Musici, qui était soliste. Composé en 1925, ce Concerto Accademico est un hommage à Bach. La violoniste avait un jeu limpide et une belle sonorité, interprétant de superbes thèmes. Deux Aquarelles (1917), une pièce en deux courts mouvements de Frederick Delius, était précédemment jouée. Les deux pièces sont des portraits impressionnistes plutôt légers et enjoués. Le jeu de l’Orchestre était efficace : par moments délicat et parfois plus vigoureux.

Une œuvre de Peter Warlock ouvrait le concert, soit la Suite Capriol, composée d’abord pour deux pianos en 1926, puis pour orchestre à cordes l’année suivante. Aux sonorités modernes, cette pièce n’en a pas moins la forme et souvent le caractère d’une œuvre baroque. Se déclinant en six mouvements, cette pièce a été jouée de superbe manière par I Musici. La direction alerte et précise du chef a donné beaucoup d’aplomb aux 16 musiciens de l’Orchestre. L’interprétation était vivante, notamment dans le quatrième mouvement et dans le finale. La deuxième partie était très belle, alors que la troisième, jouée pizzicato, était excellente. En conclusion de ce court spectacle, I Musici interprétait Lady Radnor’s Suite, composée par Charles Hubert Parry en 1894. Également en six courts mouvements, cette œuvre se voulait aussi un retour vers le passé, démontrant clairement l’influence des maîtres baroques. Le jeu de l’Orchestre était gracieux dans le deuxième mouvement, retenu et senti dans le cinquième, et très intense dans le finale.

En rétrospective, le programme a été savamment élaboré, jumelant une œuvre de Bach avec quatre compositions d’Anglais influencés par le maître. Comme l’a dit Jean-Michel Malouf lors de l’une de ses brèves mais pertinentes interventions, le concert aurait aussi bien pu s’intituler  « Les Anglais dans le jardin de Bach »! On salue par ailleurs l’invitation du jeune Daniel Clarke Bouchard. Ce dernier nous a offert une brillante prestation, nous rappelant pourquoi on avait tant entendu parler de lui. Espérons seulement qu’il puisse passer au travers des aléas de l’adolescence et négocier le passage à l’âge adulte, alors que les attentes à son endroit seront autrement plus grandes. Mais avec son talent, tout est possible!

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Benoit Bergeron
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Curieux de nature, Benoit est un boulimique musical qui consomme de presque tous les genres. Du punk au classique, en passant par le folk, le psychédélique et le rockabilly, il sait apprécier les subtilités propres à chacun de ces courants musicaux. À travers des centaines d'heures d'écoute et de lecture de biographies, il tente de découvrir les motivations et les secrets derrière les plus grands albums et les œuvres grandioses des derniers siècles. Il parcourt aussi les salles de spectacle de Montréal, à la recherche de vibrations directes.