John Fogerty, le cœur et l’âme de Creedence Clearwater Revival (CCR), jouait à Montréal ce mercredi pour seulement la deuxième fois, après sa visite en 2007. Dans un Centre Bell plutôt compact, il a présenté son spectacle 1969, inspiré par ce qui fut assurément son année la plus productive, alors que CCR a fait paraître trois excellents albums regroupant 22 chansons composées par Fogerty. Exactement 45 ans plus tard, force est de constater que ces classiques du rock (le terme « classic rock » a d’ailleurs pris tout son sens!) vieillissent admirablement bien, tout comme celui qui les a écrits. Accompagné de cinq musiciens, dont un de ses fils, il a livré une performance époustouflante.

Il y a eu tout d’abord des projections sur les écrans géants, où était expliquées les turbulences de l’année 1969, avant que ne soit diffusée, sur un immense écran blanc qui surplombait la scène, une version live de Born On The Bayou du temps de CCR. Le rideau est finalement tombé et c’est le John Fogerty de 2014 qui jouait cette pièce! Âgé 69 ans et vêtu de sa fidèle chemise à carreaux, Fogerty était en grande forme et n’a montré aucun signe de fatigue ou d’épuisement. Sa voix unique n’a évidemment plus la puissance d’antan, mais demeure malgré tout très convenable. Pendant les 140 minutes et 30 chansons du spectacle, il n’a pas arrêté de faire crier sa guitare et de chanter ses plus grands succès aux 6286 spectateurs, qui en étaient visiblement plus que satisfaits.

Voici d’ailleurs un spectacle complet de Fogerty, filmé plus tôt cette année.

Très affable, il y est allé de pertinentes interventions et de quelques savoureuses anecdotes, notamment à propos de la présence de CCR au mythique Woodstock de 1969, qui lui a inspiré l’excellente Who’ll Stop The Rain. Avec Up Around The Bend, on réalise que Fogerty était un génie pour écrire des chansons courtes et efficaces, mais surtout accrocheuses et intenses. Les formidables Green River, Travelin’ Band, Bad Moon Rising, Lookin’ Out My Back Door et Fortunate Son prouveront également ce point. Fogerty nous rappellera en outre l’influence qu’ont eu sur lui les premiers rockeurs, avec des reprises de Good Golly Miss Molly, de Little Richard, une version écourtée de Whole Lotta Shakin’ Goin’ On, de Jerry Lee Lewis, New Orleans, de Gary U.S. Bonds, et même un arrangement de The Midnight Special, de Lead Belly.

Il a également joué cinq chansons qui figurent dans son matériel solo, notamment Centerfield, chanson-titre d’un excellent album qui a marqué son premier grand retour en 1985, après 10 ans de silence. Il était à ce moment empêtré dans des démarches judiciaires avec sa maison de disques et ses anciens camarades de CCR. Hot Rod Heart, de l’album « Blue Moon Swamp » (paru en 1997 après encore une autre décennie perdue), est un petit bijou mêlant rockabilly et blues. Il a aussi interprété Mystic Highway, une chanson de son plus récent album, paru en 2013. Il a d’ailleurs joué ce morceau sur une petit plateforme installée à côté de la console de son, au bout du parterre!

Avec passion et intensité, John Fogerty a offert en rappel des versions électrisantes de Have You Ever See The Rain? et Proud Mary : deux autres classiques qui venaient s’ajouter à tous les autres joués pendant le reste du concert. La joie de défendre ce répertoire qu’il a longtemps refusé de jouer, en raison des disputes contractuelles, était évidente et communicative. Et la joie de voir et entendre une légende du rock se défoncer devant nos yeux était visible sur les visages de tous les gens présents hier soir.

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Benoit Bergeron
Blogueur - RREVERB
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Curieux de nature, Benoit est un boulimique musical qui consomme de presque tous les genres. Du punk au classique, en passant par le folk, le psychédélique et le rockabilly, il sait apprécier les subtilités propres à chacun de ces courants musicaux. À travers des centaines d'heures d'écoute et de lecture de biographies, il tente de découvrir les motivations et les secrets derrière les plus grands albums et les œuvres grandioses des derniers siècles. Il parcourt aussi les salles de spectacle de Montréal, à la recherche de vibrations directes.