Quelle radieuse et enlevante soirée, au Théâtre Maisonneuve de la Place des Arts, sous l’autorité de l’immense cœur hautement perché (l’étoile), serti de sa prison squelettique! L’astre charnel battait, en tandem avec la somptueuse musique offerte. Tour à tour feu fumant, étincelant, clignotant et même sombre parfois, momentanément éteint, pour mieux reprendre, plus fort, sa lumineuse cadence écarlate. Le tout à l’instar du bel art total de la touchante Klô Pelgag qui nous a délectés, pour 90 minutes de pure ivresse, de tout le spectre singulier de sa magique prose et de ses intonations oniriques!

 

Tous les cœurs attroupés, dans la grande salle quasi comble, palpitaient fort, au rythme de la sucrée et intelligente folie de l’artiste. Celle-ci, tangiblement agitée et fébrile, au début, pour ce concert-événement unique et extraordinaire! La voix, momentanément un peu fuyante et le corps manifestement surénergisé; des déflagrations qu’elle canalisait à joyeuses doses de ces drôles de petites gymnopédies à « elle toute seule ». Rien de majeur et de suffisant pour secouer un public aussi attentif, visiblement déjà conquis. Mais le tout s’est dissout, extérieurement du moins, à partir de la seconde pièce, la ravissante Les Ferrofluides-fleurs.

 

Cette soirée, elle l’a voulue consacrée à la musique principalement, dictat qu’elle implora, d’entrée de jeu. Et que dire de la masse grouillante et jubilatoire de L’Orchestre du Temple Thoracique, inondant toute la scène et l’amplitude sonore de ses délicieuses harmonies. Du bonbon, pour l’occasion, que cet ensemble de 35 musiciens, venus faire élever les arrangements prodigieux de l’album, “L’étoile thoracique”, dans son intégralité. Déjà que le matériel est certainement l’un des disques québécois les plus percutants des 5 (voire 10) dernières années; les riches instrumentations furent décuplées par ces splendides vents, ces cuivres et ces cordes. Sous éclairage rougeoyant, les longs crescendos de l’orchestre ponctuaient aussi, ici et là, les interstices entre plusieurs morceaux. Un tout, je dois dire, qui fonctionnait admirablement bien, sans jamais tomber dans la suroffre. Quel, encore une fois, admirable et adroit travail d’accord, de la part du frère de l’interprète, Mathieu Pelletier Gagnon.

 

Photo: Victor Diaz Lamich

 

Chloé, entre les pièces, fut, tel qu’attendu, volubile et joviale, avec le ciboulot qui virevolte dans tous les sens, un charmant et cascadant tumulte d’idées prenant voix. Elle nous a ainsi servi quelques anecdotes, avec une allégresse et une extravagance caractéristique, pour le plaisir des admirateurs complices. Mais, dès le moment qu’elle se mettait à entonner et jouer ses vibrantes pièces, c’est son âme unique qui s’élevait dans le calme et qui se déployait, sous nos yeux, dans une grande sérénité. La jeune artiste de 27 ans, récipiendaire, cette semaine, du prestigieux Prix Felix-Leclerc est dans un phénoménal essor. Déjà également reconnue en France, c’est une créatrice incomparable, ici pour subsister.

 

Coup de cœur essentiel de ma soirée, l’instant, de suave bienveillance, offert par la jolie pièce Incendie, qu’elle a tout simplement dédiée à tous les amoureux. Par la suite, dès les dernières notes du morceau final de l’album, tous étaient debout, l’ovationnant et refusant de voir s’expirer ce doux moment. Nous avons eu droit à un retour, et l’acclamation de la foule a été remerciée par la rumeur infime d’une petite boite à musique et d’une très puissante et réussie performance solo, au piano, de la pièce Les corbeaux, issue du premier album “l’Alchimie des Monstres”.

 

Photo: Victor Diaz Lamich

 

Livrant son vibrant art, le cœur sans cage, sans anxiété ici, tel un insolite phare dans la vie des auditeurs, touchante de grâce artistique. Tachycarde oui, mais d’une hâte et d’une aisance constellée, faisant bondir et frémir, tout simplement, de belles mélodies. Ainsi, le pari de mettre l’accent sur la musique, pour la soirée, a été incontestablement couronné de succès. Mais il faut rappeler que cette musique est mue principalement par une unique voix, un savant origami de mots, des refrains fabuleux! Voir prospérer devant nous une si douce singularité dans le cosmos de la scène artistique québécoise, en mode symphonique de surcroît, est tout simplement un cadeau! C’est un fait et c’est tout! Merci Klo!

 

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Martin Curadeau
Blogueur - RREVERB

L'écoute d'un disque est un instant privilégié de rencontre avec l'essence même d'un créateur. Maelstrom de sons, myriades d'émotions et petits morceaux d'âmes à l'état brut. Bien que la musique dite émergente (tel le rock indé.) est au centre de ses intérêts, sa curiosité n'a pas de bornes et il ne résiste, pour ainsi dire, à aucun style. Être transporté, chaviré, surpris et envouté par des albums est un rendez-vous quotidien.