Venu de Québec, l’orchestre à cordes de réputation internationale Les Violons du Roy était en spectacle à la Salle Bourgie vendredi soir. Intitulé « À l’aube du romantisme » et dirigé par le chef Mathieu Lussier, le concert comprenait des œuvres des débuts du romantisme, par Franz Schubert, Felix Mendelssohn et Robert Schumann, et une pièce de la période classique, par Joseph Haydn. Comme c’est souvent le cas avec Les Violons du Roy, des versions complètement originales nous étaient présentées, avec des arrangements d’œuvres qui conviennent parfaitement à cet orchestre à cordes de 17 musiciens.

Composé en 1824 et sous-titré « La jeune fille et la mort » (en raison du thème du deuxième mouvement emprunté à un lied du même nom), le Quatuor à cordes no. 14 de Schubert a été orchestré par Mathieu Lussier. Gustav Mahler en a déjà fait une transcription pour orchestre à cordes de grandeur considérable. Lussier a expliqué vouloir faire un compromis entre la pièce d’orchestre et le quatuor. Des deux violons, un alto et un violoncelle de la partition originale, la version des Violons du Roy comptait sur neuf violons, quatre altos, trois violoncelles et une contrebasse. D’entrée de jeu, il faut dire que l’écriture de Schubert dans ce quatuor est par moments très dense et quasi orchestrale, ce qui se prête bien à une relecture. On peut dire que celle de Lussier était fort bien réussie! L’esprit de ce joyau du répertoire pour quatuor à cordes a été préservé par l’orchestration intelligente de Lussier.

Le magnifique deuxième mouvement, qui est le centre émotionnel de l’œuvre, a été joué par moments avec la formation d’origine (un quatuor seul), afin d’en conserver l’intimité et l’impact émotionnel. La contrebasse agissait à titre de basse continue avec un léger pizzicato (en général, l’instrument fournissait d’ailleurs un apport intéressant en renforçant les basses). Lorsque tout l’orchestre rejoignait ensuite le quatuor, l’effet était saisissant, accentuant les contrastes entre les parties tranquilles et les moments agités. L’intensité dramatique était donc décuplée par la force du nombre, sans toutefois sacrifier la force émotive de ce chef-d’œuvre. Notons en terminant la superbe prestation du violon solo, Pascale Giguère, qui avait un rôle mélodique très important. Mathieu Lussier avait également une direction assurée et précise d’une œuvre qu’il connaissait infiniment bien, forcément.

Voici une interprétation de la version de Mahler. L’originale peut être écoutée ici.

En début de concert, le corniste Louis-Philippe Marsolais, troisième cor à l’OSM et cor solo à l’Orchestre Métropolitain, se joignait aux Violons du Roy pour deux pièces. La première était le Concerto pour cor no. 2 de Joseph Haydn (certains spécialistes l’attribuent cependant à son jeune frère Michael). La date de composition est incertaine, quelque part entre 1760 et 1775. Dans le style galant caractéristique de la période classique, ce Concerto est très gracieux et mélodique à souhait. Marsolais a montré sa très grande maîtrise de l’instrument, alors qu’il a interprété de manière très fluide des passages extrêmement exigeants.

Louis-Philippe Marsolais interprétait ensuite sa propre orchestration d’une œuvre de Robert Schumann, soit Adagio et Allegro pour cor et piano (de 1849), devenu Adagio et Allegro pour cor et orchestre à cordes! Cette œuvre est composée de deux courtes pièces contrastées, la première plutôt lente et lyrique, la seconde beaucoup plus animée et fougueuse. Marsolais en a fait un bel arrangement, fidèle à la composition originale. Bien appuyé par un orchestre toujours excellent, il nous a montré les capacités expressives de son instrument dans le premier morceau, avant d’y aller de grands élans de virtuosité dans la deuxième partie.

On avait aussi droit à la courte Symphonie pour cordes no. 10 de Felix Mendelssohn. De 1821 à 1823, alors qu’il était âgé de 12 à 14 ans, Mendelssohn a composé pas moins de 12 symphonies pour cordes, qui étaient jouées dans la demeure familiale à Berlin. Toutes ces œuvres sont la preuve d’un talent précoce et extraordinaire, du niveau de Mozart. La Symphonie pour cordes no. 10 est remarquable, avec un début grave et mystérieux. La pièce devient peu à peu plus emportée, avec d’intenses passages fugués qui montrent l’influence des maîtres baroques sur le jeune Mendelssohn. La fin dynamique est rendue de manière passionnée et convaincante par l’orchestre et son chef.

Cet orchestre à cordes, qui a fêté récemment ses 30 ans d’existence, a décidément le vent dans les voiles. De retour d’une tournée en Europe et sur le point de partir dans l’Ouest canadien, Les Violons du Roy ont offert une prestation sublime de quatre œuvres de compositeurs allemands. La qualité des musiciens de l’orchestre est notable, et les arrangements inédits qui nous sont présentés témoignent d’une originalité hors du commun. Les Violons du Roy continuent donc de se démarquer.

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Benoit Bergeron
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Curieux de nature, Benoit est un boulimique musical qui consomme de presque tous les genres. Du punk au classique, en passant par le folk, le psychédélique et le rockabilly, il sait apprécier les subtilités propres à chacun de ces courants musicaux. À travers des centaines d'heures d'écoute et de lecture de biographies, il tente de découvrir les motivations et les secrets derrière les plus grands albums et les œuvres grandioses des derniers siècles. Il parcourt aussi les salles de spectacle de Montréal, à la recherche de vibrations directes.