À leur 81e concert de 2014-2015, les Violons du Roy concluaient leur saison ce vendredi soir à la Salle Bourgie. Dirigé par le chef Mathieu Lussier, l’orchestre à cordes de Québec, augmenté de deux hautbois et deux cors, a livré une sublime performance. On a pu l’entendre dans des œuvres de Wolfgang Amadeus Mozart, François-Adrien Boieldieu, Jean-Philippe Rameau et François-Joseph Gossec.

Les Violons du Roy accueillaient la harpiste Valérie Milot, avec qui ils interprétaient le Concerto pour harpe de Boieldieu. Cette œuvre est l’un des trois plus importants concertos du répertoire, avec ceux de Mozart et Handel. Milot les a d’ailleurs enregistrés avec Les Violons du Roy il y a deux ans. Écrit de la fin du 18e siècle, ce Concerto à l’esprit classique a été joué avec finesse et raffinement par les doigts experts de Valérie Milot. Cette dernière a fait preuve d’une belle fluidité et d’une très grande dextérité, utilisant tout le registre et faisant appel à toutes les couleurs de son instrument. Le son de la harpe en soi ne porte pas très loin, mais Milot a pu projeter ses notes jusqu’au balcon. Le chef et les musiciens ont aussi fait un excellent travail afin de ne pas supplanter le son délicat de la harpe.

La violoniste Pascale Giguère et l’altiste Isaac Chalk (tous deux membres des Violons du Roy) étaient solistes dans la merveilleuse Symphonie concertante pour violon et alto de Mozart. L’alto était l’instrument préféré de Mozart, qui en jouait superbement bien. Il n’est donc pas surprenant qu’il ait composé cette œuvre en 1779, qui marque une période de transition dans la vie du jeune prodige, alors âgé de 23 ans et tout juste revenu de Paris. Parfaitement équilibrée, cette œuvre est d’une grande noblesse, particulièrement dans le deuxième mouvement, un Andantino très poignant. Le jeu des solistes a été d’une grande musicalité, avec une sonorité riche et expressive. L’alto a aussi bien paru, même s’il a un son beaucoup moins perçant; la chaleur et la richesse compensaient. Notons par ailleurs que l’alto est accordé un demi-ton plus haut dans cette pièce. Très énergique et alerte, le chef a très bien guidé l’orchestre dans ce chef-d’œuvre.

Deux pièces étaient jouées en ouverture du concert. De Rameau, important compositeur français qui avait travaillée pour Louis XV, on avait droit à La Cupis, une courte pièce pour orchestre terminée en 1741. Ce morceau à l’ambiance mélancolique a été joué de belle manière par les Violons du Roy. Une rareté était également offerte, soit la Symphonie en do mineur de Gossec. Ce dernier a eu une très longue vie, trépassant à l’âge de 95 ans en 1829! Contemporain de Haydn, Gossec a été l’un des premiers symphonistes en France. Cette courte œuvre déploie, surtout dans le Fugato final, une vivacité et une urgence époustouflantes. On a pu entendre de superbes mélodies, notamment au hautbois. On a aussi pu sentir que les Violons du Roy éprouvaient un réel plaisir à nous faire découvrir cette œuvre.

Très à l’aise dans le répertoire classique et pré-classique, le chef a très bien guidé les musiciens tout du long, soutirant une performance enlevée et inspirée. Intitulé « Mozart à Paris », ce concert a mis en valeur la richesse et la qualité sonores des Violons du Roy. La saison 2015-2016 de l’ensemble à cordes de Québec est encore très chargée et s’annonce des plus intéressantes. De nombreux concerts sont au programme à Montréal. Je vous invite à y jeter un coup d’œil ici.

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Benoit Bergeron
Blogueur - RREVERB
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Curieux de nature, Benoit est un boulimique musical qui consomme de presque tous les genres. Du punk au classique, en passant par le folk, le psychédélique et le rockabilly, il sait apprécier les subtilités propres à chacun de ces courants musicaux. À travers des centaines d'heures d'écoute et de lecture de biographies, il tente de découvrir les motivations et les secrets derrière les plus grands albums et les œuvres grandioses des derniers siècles. Il parcourt aussi les salles de spectacle de Montréal, à la recherche de vibrations directes.