Un soir à l’opéra

Je me dois de l’avouer d’entrée de jeu : je n’avais jamais assisté à un opéra. Pas nécessairement par manque d’intérêt, mais l’occasion ne s’était jamais présentée et disons que, vu de l’extérieur, le monde de l’opéra m’apparaissait complexe. L’opéra mêle plusieurs formes d’art, résultant en un vaste édifice dont certains codes peuvent être difficiles à cerner pour le profane. Mais malgré tout, j’ai finalement pu assister à un opéra. Ça se passait samedi soir, à la Salle Wilfrid-Pelletier, avec la première de cinq représentations de Madama Butterfly par l’Opéra de Montréal (OdM). Comme je n’ai assisté à aucune des six autres productions par l’OdM de l’œuvre classique du compositeur italien Giacomo Puccini, il m’est impossible d’établir des comparaisons. Je peux tout de même dire que j’ai passé une très belle soirée, qui m’a permis d’apprivoiser cette forme d’art très particulière.

Madama Butterfly nous permet de passer par toutes la gamme des émotions. Dans ce long périple de plus de 150 minutes, on suit Cio-Cio San, alias Butterfly, une jeune Japonaise de 15 ans qui se marie à Pinkerton, un lieutenant de la marine américaine débarqué au pays du Soleil-Levant en 1904 (année de la composition de l’œuvre). On assiste au bonheur de ses noces, mêlé au tragique renoncement de la religion de ses ancêtres. Puis, dans le deuxième Acte, Butterfly désespère de ne pas revoir son mari qui est reparti depuis trois ans, non sans lui avoir fait un enfant. Dans le troisième et dernier Acte, Pinkerton revient chercher son enfant… avec sa nouvelle femme américaine. N’ayant plus de raison de vivre, Butterfly se donne la mort.

Ce qui frappe le plus dans cet opéra, c’est la puissance des émotions de Butterfly. Son bonheur, pur et candide, est si puissant qu’il lui fait renier sa culture. Son espoir de voir revenir son mari est d’une beauté et d’une force franchement inspirantes. Son malheur final n’en est que plus tragique et déchirant. « Non, ne me dites rien, je pourrais, sur le coup, tomber morte à vos pieds! », s’exclame de manière dramatique l’héroïne de l’opéra lorsqu’elle pressent que son bonheur lui échappe. Les textes étaient reproduits, en français et en anglais, sur un écran au haut de la scène, permettant de suivre les dialogues qui sont en italien.

La soprano Melody Moore a livré une très belle interprétation de Cio-Cio San. Sa voix était puissante et juste, mais également très expressive. On se souviendra notamment de sa superbe performance dans Un bel di vedremo, qui est sûrement l’air d’opéra le plus connu de tout le répertoire. Le ténor québécois Antoine Bélanger incarnait Pinkerton, en remplacement de Demos Flemotomos, indisposé pour les deux premières représentations. Dans les circonstances, Bélanger s’est très bien tiré d’affaires, même si sa voix était souvent peu portante, et son jeu était limité, mais convenable pour le rôle qu’il incarnait. Allyson McHardy et Morgan Smith interprétaient respectivement Suzuki, la servante de Butterfly, et Sharpless, le consul américain qui fait le lien entre Pinkerton parti et Butterfly. Les deux ont très bien fait.

Le décor était relativement simple et statique. De grands paravents, qui se glissaient de droite à gauche et vice versa, occupaient la majeure partie de la scène. Les éléments les plus beaux étaient certainement les trois grands cerisiers qui étaient disposés au sol ou accrochés au plafond. Avec les éclairages, ces arbres devenaient sublimes, créant un décor enchanteur, presque magique. Soulignons justement que les décors étaient de Roberto Oswald, les costumes d’Anibal Lapiz et les éclairages d’Anne-Catherine Simard-Deraspe. Oswald et Lapiz avaient travaillé sur Madama Butterfly avec l’OdM en 1988, 1993 et 2002. La mise en scène était l’œuvre de François Racine. Dirigé par James Meena, l’Orchestre métropolitain était dans la « fosse » (située entre le parterre et la scène) et a très bien accompagné les chanteurs sur scène.

Je peux donc dire que j’ai grandement apprécié cet opéra interprété avec goût et savoir-faire. Comme première expérience, c’était assurément un bon choix d’œuvre pour s’initier à l’opéra, malgré quelques longueurs. L’histoire est relativement simple et la musique est merveilleuse et facilement accessible. Madama Butterfly est un des opéras les plus appréciés du public, et c’est sûrement pourquoi il y avait salle comble hier. L’œuvre sera présentée quatre autre fois d’ici au 28 septembre.

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Benoit Bergeron
Blogueur - RREVERB
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Curieux de nature, Benoit est un boulimique musical qui consomme de presque tous les genres. Du punk au classique, en passant par le folk, le psychédélique et le rockabilly, il sait apprécier les subtilités propres à chacun de ces courants musicaux. À travers des centaines d’heures d’écoute et de lecture de biographies, il tente de découvrir les motivations et les secrets derrière les plus grands albums et les œuvres grandioses des derniers siècles. Il parcourt aussi les salles de spectacle de Montréal, à la recherche de vibrations directes.