Au beau milieu du glam-rock en plein essor avec T. Rex et David Bowie et face au développement exponentiel du rock progressif de Genesis et King Crimson se dresse Osibisa, dont l’album éponyme, sorti en 1971, est une véritable bouffée de fraîcheur dans le paysage de la musique anglaise d’alors. Exit le rock et le blues typiques du Swinging London; ce groupe, constitué d’Africains et de Caribéens installés en Angleterre, a décidé qu’il était grand temps d’insuffler au rock une bonne dose de highlife et de calypso.

 

osibisa

Le résultat est saisissant : dès le début du disque, on sait que l’on aura droit à des rythmes énergiques et des grooves enlevantes, et l’album tient cette promesse à merveille, conservant juste assez d’éléments rock pour capter (et la garder) l’attention même des néophytes les plus sceptiques.

Ainsi, ce gros party débute avec Dawn, dont le tempo plus lent est habité des trilles jethro-tulleques de la flûte et de la guitare, évoquant une nature captée à son réveil et rendant bien la vivacité d’un matin en apparence calme, mais dont la vie est prête à jaillir au grand jour. Ce jaillissement arrive dès la seconde pièce, la pétillante Music for Gong Gong, dont l’énergie purement « upbeat » ne peut qu’engendrer euphorie et déhanchements enthousiastes chez les danseurs les plus réservés.

Le même scénario se répète plus loin avec Oranges, dont l’effervescence proto-disco annonce ce qui viendra plusieurs années plus tard sur la scène pop, mais Osibisa demeure ancré dans son époque : l’orgue aux accents psychédéliques qui fonde l’arrière-plan de Phallus C. et Ayiko Bia et les solos de guitare qui parsèment l’album nous rappellent que le rock n’est jamais bien loin de quiconque a l’oreille attentive.

 

Bien sûr, il y a plus : les cuivres apportent un élément jazz manifeste et la basse, superbement enregistrée et aussi grasse qu’on puisse le souhaiter, rajoute une touche funky sur une musique qui l’était déjà plus que ses contemporains de la fusion tels Santana ne l’ont jamais été.

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Autrement dit, « Osibisa » n’a rien d’un ovni pour son époque (après tout, Fela Kuti et Tony Allen étaient alors des étoiles montantes, entre autres), mais il a le mérite d’avoir proposé une fusion jusqu’alors inédite dans l’univers rock sans jamais renier ou aseptiser ses origines. Pour ceux qui recherchent une porte d’entrée accessible aux musiques du monde ou pour ceux qui veulent se changer le mal (de rock) de place, c’est une alternative aussi groovy qu’alléchante qui permet de déplacer nos repères sans jamais nous perdre totalement. Du bonbon!

Osibisa_Osibisa1971

OSIBISA
Osibisa
(MCA, 1971)

-Genre: rock, jazz, fusion, afro-pop.
-Dans le même genre que Santana, Fela Kuti, Tony Allen.

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Guillaume Cloutier
Blogueur - RREVERB

Non content d'être un boulimique du rock, un obsédé du jazz, un fervent du saxophone et un adepte du 'crate digging' avec un oeil toujours tourné vers les musiques du monde, Guillaume s'adonne également à l'étude de la musique, et passe ses temps libres à l'enseigner et à en jouer avec son groupe de rock psychédélique Electric Junk.