PIAF a 100 ans : Du bon et du moins bon

Les photographies qui illustrent cet article ont été prises par Benoit Rousseau

Les Francofolies de Montréal rendaient hommage cette année à Édith Piaf. Les chansons de cette légende de la chanson française, décédée en en 1963, étaient interprétées ce mercredi soir dans une Maison symphonique bondée. Avec une mise en scène fort astucieuse de Yann Perreau, le spectacle « Piaf a 100 ans. Vive la Môme! » nous a donné du bon, parfois très bon, mais également du moins bon.

Le décor de la scène était très parlant. Les six musiciens se tenaient à la droite (Yves Desrosiers, directeur musical, Mario Légaré, François Lalonde, Francis Covan, Didier Dumontier et Claire Lafrenière). L’imposant piano à queue était à gauche, et au centre on trouvait des tables et un bar, afin de créer une ambiance de cabaret ou encore de boîte à chansons. Un carrousel était également situé à l’arrière. Aux tables, il y avait cinq figurants, les quatre garçons (habillés en marin) du groupe vocal Quartom et les sept interprètes qui participaient à l’hommage. Perreau était flanqué de Betty Bonifassi, Marie-Thérèse Fortin, Florence K, Daniel Lavoie, Sylvie Moreau et Martha Wainwright.

Marie-Thérèse Fortin avait un rôle chansonnier plutôt réduit, n’interprétant que la première et la dernière pièce. Son apport se situait plutôt à la trame narrative du spectacle. Elle incarnait Simone Berteaut, dite « Momone », amie, confidente, secrétaire et « sœur » de Piaf. Entre certaines chansons, Fortin nous parlait donc de Piaf, nous la faisant découvrir selon les mots de Berteaut. Piaf était une femme passionnée et amoureuse de la vie qui vivait intensément le moment présent, sans faire de demi-mesure. Les interventions de « Momone » étaient très bien faites, apportant une cohésion et un fil conducteur au spectacle, en plus de nous faire apparaître Piaf sous un angle très humain. L’interprétation de Non, je ne regrette rien a admirablement bien conclu le spectacle, donnant un sens à cette puissante chanson.

Les interprètes se sont partagés les 25 chansons du spectacle. La plupart en ont chanté de trois à cinq, mais Wainwright n’en a fait qu’une, mais toute une! Elle a interprété La vie en rose de superbe manière (même si le violoniste a fait plusieurs erreurs de justesse). Elle connaît bien Piaf, ayant fait paraître un disque de reprises en 2010. La puissance et l’émotion dans sa voix étaient à faire frémir. Betty Bonifassi s’est également avérée une très grande interprète. Sa voix un brin éraillée et puissante est parfaite pour ces chansons, dont les excellentes Padam Padam, Tout fout le camp et J’en ai tant vu.

Pour sa part, Daniel Lavoie nous a livré des versions bien senties des classiques Hymne à l’amour et L’accordéoniste. En plus d’accompagner sur quelques chansons, Quartom, version moderne des Compagnons de la chanson, a fait une très belle reprise a capella de Johnny tu n’es pas un ange.

Dans le cas de Yann Perreau, Florence K et Sylvie Moreau, ce sont des bons chanteurs, il n’y a pas de doute. Leurs voix ne semblaient cependant pas idéales pour les chansons d’Édith Piaf. Les trois chanteurs nous ont certes faits vivre de belles émotions avec Sous le ciel de Paris, Mon légionnaire, Mon dieu, Milord et La foule (qui a d’ailleurs eu les meilleurs passages instrumentaux du spectacle), mais leurs voix étaient souvent trop « propres » et claires pour les chansons au programme. Il manquait de vibrato et, finalement, de personnalité dans plusieurs de leurs interprétations.

Peut-être était-ce le trac de s’attaquer à ces classiques intemporels et universels en première aux Francofolies? Le spectacle « Piaf a 100 ans. Vive la Môme! » sera en tournée dans 17 villes du Québec, du 10 au 29 novembre. D’ici là, il ne pourra y avoir que des améliorations à cette production qui nous a procuré de très beaux moments. La mise en scène et la direction artistique sont exceptionnelles, seulement quelques interprétations sont tombées à plat, alors que d’autres sont franchement sublimes.

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Benoit Bergeron
Blogueur - RREVERB
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Curieux de nature, Benoit est un boulimique musical qui consomme de presque tous les genres. Du punk au classique, en passant par le folk, le psychédélique et le rockabilly, il sait apprécier les subtilités propres à chacun de ces courants musicaux. À travers des centaines d'heures d'écoute et de lecture de biographies, il tente de découvrir les motivations et les secrets derrière les plus grands albums et les œuvres grandioses des derniers siècles. Il parcourt aussi les salles de spectacle de Montréal, à la recherche de vibrations directes.