Souvent dénigré par les critiques de rock, qui n’y ont vu qu’une pompeuse et fade virtuosité, le rock progressif n’en a pas moins été un courant très populaire tout au long des années 1970. C’était le cas particulièrement au Québec, où de nombreux groupes de rock progressif d’ici ou d’ailleurs remplissaient systématiquement les salles aux quatre coins de la province.

Si on peut parfois être en accord avec les critiques du genre, il n’en reste pas moins que les musiciens de ces groupes plutôt éclectiques étaient de formidables instrumentistes qui ont permis de repousser les limites du rock. Il faut se rappeler que le rock qu’a popularisé entre autres Elvis Presley est apparu au milieu des années 50. Les innovations musicales, techniques et conceptuelles majeures du rock progressif sont survenues vers la fin des années 60 et le début des années 70. En environ 15 ans, on est ainsi passé d’un rock très simple, qui déployait quelques accords et des thématiques de base, à une forme de musique autrement plus poussée (trop, diront les protagonistes du mouvement punk…).

Les influences du rock progressif peuvent être vues dans l’exploration qui a commencé au milieu des années 60, avec la poésie de Bob Dylan, la musique aventurière des Beach Boys et des Beatles ou encore la folie d’un Frank Zappa ou la virtuosité d’un Jimi Hendrix. Beaucoup voient par ailleurs comme élément fondateur la sortie en juin 1967 de « Sgt. Pepper », des Beatles. La prétention de faire plus que du rock, d’élever le rock au niveau de l’art, séduirait beaucoup les rockeurs progressifs. L’idée de l’album-concept serait aussi centrale au rock progressif, avec une même idée unificatrice au cœur de l’œuvre. Les mots ne s’avéraient cependant pas toujours nécessaires pour exprimer une idée.

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Pink Floyd en 1971

Les créateurs du rock progressif penseront souvent leur musique en terme de mouvements, plutôt qu’en terme de chansons. Ils créeront des suites, au lieu d’un simple groupe de chansons. Cela peut d’ailleurs nous en dire beaucoup sur une autre influence majeure : la musique classique (et, dans une moindre mesure, son pendant américain, le jazz). La forme des compositions empruntait également à la musique classique. Riche et développée, l’instrumentation évoquait ce type de musique, faisant appel notamment à la flûte et au Mellotron. Des groupes comme Procol Harum, The Moody Blues et The Nice ont fait dans le rock symphonique, et c’est pourquoi on peut les associer aux débuts du rock progressif.

Bien que présent sur le sol américain, c’est surtout en Angleterre que le rock progressif s’est implanté et s’est développé. Avec « In The Court Of The Crimson King », King Crimson a produit un chef-d’œuvre en 1969, qui est considéré comme l’un des albums de rock progressif les plus influents. Plusieurs autres groupes ont suivi ses traces, dont Genesis (surtout durant l’époque Peter Gabriel), Yes, Jethro Tull, Gentle Giant, Van Der Graaf Generator, Soft Machine, Barclay James Harvest, Hawkwind et Emerson, Lake & Palmer. Pink Floyd reste incontestablement le groupe de prog-rock le plus populaire de l’histoire. En Allemagne, le krautrock de groupes comme Can, Amon Düül et Popol Vuh empruntait beaucoup au rock progressif. En Italie, le rock progressif était très populaire, et les groupes Goblin, Banco Del Mutuo Soccorso, Premiata Forneria Marconi et Le Orme ont laissé leurs marques.

Très populaires au Québec, les groupes de rock progressif anglais ont aussi beaucoup inspiré les musiciens québécois. Les deux groupes les plus en vue ont certainement été Harmonium et Octobre. Fiori et Harmonium avaient une approche plus folk et proche de la musique pop, alors que Flynn et Octobre avaient un son plus rock, avec des influences du jazz par moments. Octobre a aussi eu la chance de faire la première partie de King Crimson lors d’une tournée du groupe au Québec dans les années 70.

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Harmonium en 1977

Légèrement dans l’ombre de ces géants et n’ayant pas connu de succès commercial, une pléthore de groupes québécois ont tout de même apporté une intéressante contribution au rock progressif. Mentionnons ainsi quelques-uns de ces groupes : Sloche, Morse Code, Maneige, Pollen, Dionysos, L’Infonie (avec de jeunes Raoûl Duguay et Walter Boudreau), Contraction, Pollen, ToubabouDionne-Brégent, Ville Émard Blues Band, etc. Le métissage du prog-rock québécois est assez impressionnant, puisqu’on y retrouve, en plus de la musique classique et du jazz, du « trad » québécois, du funk, du world beat ou de la musique électroacoustique. Tous les groupes mentionnés plus haut font partie de l’excellente rétrospective « L’ultime rock progressif du Québec », parue en 2009.

Pour se familiariser avec ces groupes, ou réécouter quelques grands classiques, j’ai préparé une liste de lecture avec 50 chansons de rock progressif. J’ai aussi inclus quelques morceaux précurseurs qui n’entrent pas d’emblée dans la catégorie, mais qui, comme je l’ai dit plus haut, ont pu influencer les musiciens de rock progressif. L’âge d’or du progressif a eu lieu dans les années 70, mais d’autres groupes continuent à garder le flambeau bien haut depuis cette époque, dont Marillion, Porcupine Tree et Tool. J’ai inclus dans cette liste des groupes anglais, américains, québécois, français, allemands et italiens. Vous n’y trouverez pas beaucoup de chansons de trois minutes, et encore moins de refrains accrocheurs, mais vous pourrez écouter de la très bonne musique, faite par des musiciens doués, inspirants et passionnés!

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Benoit Bergeron
Blogueur - RREVERB
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Curieux de nature, Benoit est un boulimique musical qui consomme de presque tous les genres. Du punk au classique, en passant par le folk, le psychédélique et le rockabilly, il sait apprécier les subtilités propres à chacun de ces courants musicaux. À travers des centaines d’heures d’écoute et de lecture de biographies, il tente de découvrir les motivations et les secrets derrière les plus grands albums et les œuvres grandioses des derniers siècles. Il parcourt aussi les salles de spectacle de Montréal, à la recherche de vibrations directes.