La cinquième Académie internationale du quatuor à cordes de McGill en était à sa conclusion samedi soir. Pour l’occasion, un concert était présenté dans une salle Pollack bondée, mettant en vedette un Quatuor Arcadia privé de son altiste, Traian Boală. En effet, malade, il est resté chez lui, en Roumanie, et les trois autres membres (Ana Török et Răsvan Dumitru aux violons et Zsolt Török au violoncelle) ont été accompagnés d’un altiste remplaçant (Scot Lee) pour un quatuor de Félix Mendelssohn. La violoncelliste Estelle Choi s’est jointe à ce groupe pour le Quintette de Franz Schubert.

La première œuvre interprétée était le Quatuor à cordes no. 2 de Mendelssohn. Cette création date de l’automne 1827, soit quelques mois après la mort de Beethoven en mars 1827, et est donc fortement inspirée des derniers quatuors du Maître. Mendelssohn n’avait que 18 ans lorsqu’il a composé ce quatuor, mais on ne pourrait s’en douter tellement cette œuvre est belle et profonde, pleine de vitalité et demandant une grande virtuosité.

Arcadia string quartet

Formé en 2005, le Quatuor Arcadia a interprété cette œuvre d’une belle manière. Le premier violon chantait au premier mouvement, avec un son juste et agréable. L’ensemble respectait également bien les incessants changements de rythmes et de nuances. Le mouvement lent, Adagio non lento, a été exécuté avec la noblesse requise, alors que les instrumentistes s’échangeaient un superbe motif. Le court Intermezzo a marqué une légère et gracieuse transition vers la finale. C’est avec fougue et intensité que les musiciens l’ont débuté, avant de conclure sur une douce méditation.

De l’avis de plusieurs experts, le Quintette à cordes de Schubert est une des plus grandes œuvres de musique de chambre, sinon la plus grande. Composé quelques mois seulement avant sa mort prématurée (de la syphilis à seulement 31 ans), il s’agit donc d’un chef-d’œuvre aux dimensions personnelles, voire spirituelles, symbolisant une lutte entre la vie et la mort. Autre particularité : le Quintette ne compte pas sur la formation habituelle du genre, telle qu’établie entre autres par Mozart et Beethoven, c’est-à-dire deux violons, deux altos et un violoncelle. Schubert a plutôt remplacé un des altos par un autre violoncelle, ce qui accentue l’atmosphère romantique et troublante et produit une sonorité presque orchestrale.

franz-schubert

Franz Schubert

C’est donc à ce monstre sacré que s’attaquaient les musiciens. Le mouvement initial a des moments fougueux, et d’autres passages plus tendres, d’un lyrisme à faire frémir. Le jeu nuancé des instrumentistes rend justice à cette grande œuvre. Le mouvement lent, Adagio, est le centre de gravité de l’œuvre : 15 minutes d’émotions fortes qui nous semblent suspendues dans le temps. Cette lente méditation est soudainement interrompue par un intermède exalté et poétique à souhait; retour ensuite au thème initial, tout en douceur. Ce passage sublime et essentiel est bien interprété et on ne peut que se laisser bercer par ces mélodies.

Le Scherzo est fougueux et le quintette joue fortissimo, à plein régime. Malgré la puissance demandée, les instrumentistes ne s’égarent pas et rendent bien cette sonorité riche. Le dernier mouvement, Allegretto, commence avec un magnifique thème énoncé par le premier violon. Aux allures tziganes, cet air dansant donne le ton de cette finale étonnamment enjouée et paisible, comme si Schubert voulait nous remonter le moral après un éprouvant Adagio… Convaincant et énergique, l’ultime crescendo fait bondir de son siège un public qui a visiblement apprécié!

Réagissez à cet article / Comment this article

commentaires / comments

About The Author

Benoit Bergeron
Blogueur - RREVERB
Google+

Curieux de nature, Benoit est un boulimique musical qui consomme de presque tous les genres. Du punk au classique, en passant par le folk, le psychédélique et le rockabilly, il sait apprécier les subtilités propres à chacun de ces courants musicaux. À travers des centaines d’heures d’écoute et de lecture de biographies, il tente de découvrir les motivations et les secrets derrière les plus grands albums et les œuvres grandioses des derniers siècles. Il parcourt aussi les salles de spectacle de Montréal, à la recherche de vibrations directes.