The Zombies a été formé en 1962, dans une petite ville de la banlieue nord de Londres. Dans la foulée de la British Invasion lancée par The Beatles, ce quintette connaîtra de grands succès, et ce, des deux côtés de l’Atlantique. Tout d’abord, avec She’s Not There (traduite en 1966 par Les Bel Canto) et ensuite avec Tell Her No. Le talent mélodique de ces jeunes Anglais était évident, et ces tubes se classent parmi les grands crus de l’Invasion britannique. Les années 1965 et 1966 seront toutefois beaucoup plus difficiles pour le groupe composé du chanteur Colin Blunstone, du claviériste Rod Argent, du bassiste Chris White, du guitariste Paul Atkinson et du batteur Hugh Grundy.

À partir de juin 1967, le groupe s’est réuni au mythique Studio Abbey Road pour enregistrer ce qui allait devenir le chef-d’œuvre « Odessey And Oracle » (la faute dans « Odessey » a été faite par le concepteur de la superbe pochette du disque). Argent s’est amené en studio avec cinq chansons, et White avec sept. Avec peu de moyens, ces musiciens talentueux ont enregistré rapidement ce disque, et ont dû eux-mêmes payer pour réaliser le mix en stéréo! Ils concevaient donc que cet album serait leur dernier, et y ont mis tout ce qu’ils avaient. Les enregistrements se sont étalés jusqu’en novembre 1967, et le groupe s’est dissous peu après. L’album est finalement paru en avril 1968, et, surprise!, la chanson Time Of The Seasons a connu un immense succès en 1969! Le groupe n’existait cependant déjà plus.
Voici l’album au complet, avec la liste des chansons plus bas.

0:00 Care Of Cell 44
3:54  A Rose For Emily
6:11  Maybe After He’s Gone
8:43  Beechwood Park
11:29  Brief Candles
14:54  Hung Up On A Dream
17:55  Changes
21:10  I Want Her She Wants Me
24:01  This Will Be Our Year
26:08  Butchers Tale (Western Front 1914)
28:54  Friends Of Mine
31:09  Time Of The Season

Le chant du cygne des Zombies s’ouvre avec la très entraînante Care Of Cell 44. On est dès lors introduit à trois des points forts de ce disque : les merveilleuses harmonies vocales, le piano de Rod Argent et les cordes produites au Mellotron. Magnifique ballade menée par le piano, A Rose For Emily est inspirée d’une courte nouvelle de William Faulkner. Dominée par un brillant motif à la guitare, Maybe After He’s Gone est très mélancolique : « I remember joy and pain. Her smile, her tears are part of me. I feel I’ll never breathe again ». La décontractée Beachwood Park est transportée par l’orgue et le planant jeu de guitare électrique.

Sur Brief Candles, de paisibles et mélancoliques couplets alternent avec un refrain plus animé. On passe ensuite à l’onirique Hung Up On A Dream, sûrement l’une des plus belles chansons de toute l’époque psychédélique. Blunstone est déchirant lorsqu’il chante ces mots : « Sometimes I think I’ll never find such purity and peace of mind again ». L’excellente Changes est la pièce la plus originale du lot, avec la flûte qui ouvre la pièce et les influences orientales. La joyeuse I Want Her, She Wants Me est menée par le clavecin de Rod Argent, alors que c’est son piano qui est à l’avant-plan sur la très belle This Will Be Our Year (des cuivres rappellent par ailleurs Penny Lane). Friends Of Mine est également très légère et entraînante.

the_zombies

Argent est le premier à partir de la gauche, et Blunstone le quatrième

Très psychédélique et inattendue, Butcher’s Tale (Western Front 1914) a une ambiance terrifiante, l’orgue et le Mellotron s’élevant avec la voix (c’est White qui chante cette pièce). En pleine Guerre du Vietnam, le rappel des massacres de la Première Guerre Mondiale était judicieux : « And the preacher in his pulpit sermon: “Go and fight, do what is right”. But he don’t have to hear these guns and I’ll bet he sleeps at night ». La célébrissime Time Of The Seasons, que tout le monde ou presque a déjà entendu, conclut l’album. Favorite des stations de radio de classic rock, cette géniale chanson, avec son ambiance relaxe et son solo d’orgue, représente l’image (caricaturée?) que plusieurs se font des années 60 : « It’s the time of the season for loving ».

« Odessey And Oracle » est donc un petit bijou de l’époque psychédélique de la fin des années 60. Plusieurs l’ont même surnommé le « Pet Sounds » anglais, en référence au chef-d’œuvre de Brian Wilson et des Beach Boys. L’album des Zombies tient donc la route lorsque comparé aux plus grandes réalisations de cette décennie. Musicalement imaginatif, ce disque est d’un charme mélodique irrésistible. C’est seulement dommage que le groupe n’ait pu donner une suite à cet opus. Il s’est reformé brièvement en 1991 et 1997, puis pour de bon depuis 2001. Blunstone et Argent sont les deux seuls membres originaux à faire partie de cette réunion, qui est d’ailleurs passée par le Metropolis en février 2013. À ce moment, on a pu confirmer que ces chansons vieillissent très bien!

the zombies Odessey-And-Oracle
THE ZOMBIES
Odessey And Oracle
(CBS, 1968)

-Genre : pop-rock psychédélique
-Dans le même genre que The Beach Boys, The Beatles, Love, The Left Banke

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THE ZOMBIES : Dissolution, résurrection et vie éternelle
ORIGINALITÉ 90%
AUTHENTICITÉ 95%
ACCESSIBILITÉ 95%
DIRECTION ARTISTIQUE100%
QUALITÉ MUSICALE100%
TEXTES 85%
94%Overall Score
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Benoit Bergeron
Blogueur - RREVERB
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Curieux de nature, Benoit est un boulimique musical qui consomme de presque tous les genres. Du punk au classique, en passant par le folk, le psychédélique et le rockabilly, il sait apprécier les subtilités propres à chacun de ces courants musicaux. À travers des centaines d'heures d'écoute et de lecture de biographies, il tente de découvrir les motivations et les secrets derrière les plus grands albums et les œuvres grandioses des derniers siècles. Il parcourt aussi les salles de spectacle de Montréal, à la recherche de vibrations directes.