Le groupe de touaregs du nord du Mali Tinariwen (ce qui s’écrit en touareg: « ⵜⵏⵔⵓⵏ ») est l’un des plus connus en Occident depuis leur album « Aman Iman » de 2007 qui les avait fait connaître ici, alors que « Amassakoul » (2004) s’était fait remarquer en Europe. Ils se distinguaient par une très belle sensibilité qui transparaissait à chaque mot, chanté dans une langue incompréhensible pour la plupart d’entre nous: le tamacheq, une variante de la langue berbère, parlée dans ce coin de la planète.

Mon ami Wiki dit ceci : « Leur musique, assouf, qui signifie en tamasheq la solitude, la nostalgie, fait la synthèse entre le blues, le rock et la musique traditionnelle touareg. C’est ce que l’on peut appeler le blues touareg, car comme le blues, il a été créé dans l’exil et la souffrance. »

L’aventure du collectif débute en 1982 alors que Ibrahim ag Alhabib, Alhassan ag Touhami et feu Intayaden, trois musiciens basés à Alger, se partagent une guitare acoustique. La rencontre de bluesmen touareg changera leur vie musicale! En 1990, lors de la guerre, ils iront combattre, arme au poing, guitare en bandoulière. Ce n’est qu’en 1992, une fois la paix revenue, que Tinariwen commencera à jouer dans les festivals, chantant l’amour du désert comme la solitude et les souffrances de leur peuple.

Leur premier album sortira en 2000, grâce à l’énergie solaire d’un studio et un coup de main du groupe français Lo’Jo. Depuis, Robert Plant est un fan avoué et les Red Hot Chili Peppers les ont invités à faire la première partie de leur grand concert au Stade de France!

Ce succès, aussi mondial qu’inattendu, leur a permis de sortir de leur désert natal et de parcourir le monde. Nomades toujours, mais à un tout autre niveau. Robert Plant racontait — l’autre jour en entrevue — qu’il s’était lié d’amitié avec l’un d’eux (je ne me rappelle plus lequel, j’en suis désolé) qui était surpris de constater la variété musicale occidentale, lui qui ne connaissait qu’ABBA. Comme quoi on réalise que notre univers ne regarde que nous, n’englobe qu’une partie du tout, et qu’il est bien différent chez d’autres.

Tinariwen

Tout cela pour dire que la beauté folk acoustique folk intime s’est aussi développée, parallèlement, sans stratégie commerciale, naturellement, à l’autre bout de la planète, au fin fond du désert, comme à New York. L’humain (re)connecte avec ses émotions, avec son essence profonde et communie avec l’autre.

Le EP « Inside / Outside » présente Tinariwen de façon plus intime que leur musique blues électrique. Moins tribale, plus folk. Moins puissante en son, plus puissante en émotion. Un autre moment fort offert par des hommes qui ont du vécu, du talent, et quelque chose à dire.

tinariwen_inside-outside

TINARIWEN
Inside / Outside The Joshua Tree Acoustic Session
(Anti-, 2014)

-Genre: world, blues
-Dans le même esprit qu’Ali Farka Touré, John Lee Hooker

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Nicolas Pelletier
Fondateur et rédacteur en chef
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Mélomane invétéré et rédacteur agréé, Nicolas pratique la critique en mode olympique: il parle de tout, tout le temps, depuis 1991. Il a publié 4 500 critiques de disques et concerts dont 1100 chez emoragei magazine et 600 sur enMusique.ca, dont il a également été le rédacteur en chef de 2009 à 2014. Nicolas a publié "Les perles rares et les grands crus de la musique" en janvier 2013, un ouvrage de 1250 pages en deux tomes.