Je me demandais bien comment Tobias Jesso Jr. allait faire pour remplir le Théâtre Corona. La salle du sud-ouest de Montréal était justement loin d’être remplie ce samedi soir pour la visite de celui dont l’album s’est retrouvé sur la courte liste du dernier Prix Polaris. Ça n’a pas empêché le Britanno-Colombien de livrer une excellente prestation, à la fois imparfaite, drôle, touchante et authentique.

Tobias Jesso Jr. jouait à Montréal pour la première fois, dans le cadre de la tournée de son très bon album « Goon », qui est paru en mars dernier. Il était entouré de six excellents musiciens (un trompettiste, deux saxophonistes, un guitariste, un bassiste et un batteur). Ces derniers ont d’ailleurs ouvert le spectacle en se présentant directement sur le parterre avec leurs instruments. Ils ont improvisé quelques morceaux, avant de traverser le parterre et de monter sur la scène. Jesso s’est ensuite joint à eux, avec une nonchalance toute naturelle qu’il afficherait une bonne partie de la soirée.

Son seul album a donc occupé tout le spectacle, qui a duré près de 90 minutes; « Goon » en fait pourtant la moitié. Ce n’est pas que les chansons ont été étirées, mais Jesso aime beaucoup parler. Il s’entretient avec le public, lui demande ce qu’il veut entendre à un moment précis, discute avec quelques personnes, dont sa tante et sa mère qui sont sur place. En outre, il discute et taquine beaucoup ses musiciens. Le batteur semble sa cible favorite, mais le tout se fait dans l’humour et la bonne humeur. Il accorde par ailleurs beaucoup d’espace à ses musiciens, qui sont de très bons improvisateurs et qui affichent une belle cohésion.

À écouter le mélancolique et cafardeux « Goon », on se serait attendu à un chanteur introverti, courbé au-dessus de son piano et affairé à distiller sa peine d’amour à un public attentif. Le cliché typique du singer-songwriter, quoi. Entre les chansons, c’est bien joyeux et détendu, mais dès que le décompte se fait, Tobias Jesso Jr. entre dans sa bulle d’interprète. Il livre de superbes performances des excellentes Can’t Stop Thinking About You, Without You, How Could You Babe, Just A Dream et Crocrodile Tears. Nasillarde et manquant souvent de puissance, sa voix peine cependant à se faire entendre à plusieurs reprises. Il nous montre tout de même qu’il est capable de la pousser. S’il n’a peut-être pas toujours la note juste, son émotion est juste.

Au rappel, Tobias est seul au piano et s’apprête à interpréter la jolie True Love. Il sort quelque peu de son personnage de plaisantin un peu décousu pour se livrer de manière honnête. Il nous avoue que c’est très difficile pour lui d’être sur scène et d’occuper cet espace. Il voulait surtout composer pour les autres, mais les choses étant ce qu’elles sont, c’est lui qui est au devant de la scène. Il dit finalement à ceux qui parlent (mais qui ont payé pour être là!) de se la boucler ou de foutre le camp. Décidément, je l’aime bien celui-là!

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Benoit Bergeron
Blogueur - RREVERB
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Curieux de nature, Benoit est un boulimique musical qui consomme de presque tous les genres. Du punk au classique, en passant par le folk, le psychédélique et le rockabilly, il sait apprécier les subtilités propres à chacun de ces courants musicaux. À travers des centaines d'heures d'écoute et de lecture de biographies, il tente de découvrir les motivations et les secrets derrière les plus grands albums et les œuvres grandioses des derniers siècles. Il parcourt aussi les salles de spectacle de Montréal, à la recherche de vibrations directes.