Le Trio Hochelaga présentait hier soir le premier volet de sa saison 2014-2015 au Conservatoire de musique de Montréal. En résidence au Conservatoire, le Trio inaugurait ainsi sa série annuelle « Par Grands Vents » avec un spectacle intitulé « Nordet ». Trois œuvres de la fin du 19e siècle étaient au programme : le Trio élégiaque no. 1 de Sergueï Rachmaninov, le Trio de Gueorgui L’vovitch Catoire, et le Trio no. 3 de Antonín Dvořák.

On a eu l’occasion d’entendre les nouveaux membres du Trio Hochelaga hier. Depuis le printemps dernier, la fondatrice et violoniste Anne Robert, professeure au Conservatoire, est en effet entourée du jeune pianiste Charles Richard-Hamelin et de la violoncelliste Chloé Dominguez. Courte œuvre de jeunesse (composée en 1892, alors qu’il avait 18 ans), le Trio élégiaque no. 1 de Rachmaninov ouvrait le concert. Constitué d’un seul vaste mouvement, ce Trio est très mélodique, mais aussi quelque peu lugubre, comme le démontre le premier thème développé par le piano. Ce dernier a justement un rôle de premier plan dans cette œuvre. Les cordes s’expriment néanmoins : de grands thèmes romantiques sont joués de superbe manière par le violon et le violoncelle.

La pièce la plus substantielle du spectacle était le Trio no. 3 d’Antonín Dvořák. Figure centrale du romantisme en musique, le compositeur tchèque a écrit ce Trio en 1883, soit peu après le décès de sa mère. Ce deuil se ressent dans les thèmes mélancoliques et dans l’intensité émotionnelle de l’œuvre. Le premier mouvement est sublime, tout en nuances et en variations d’intensité. Les échanges d’un instrument à l’autre sont limpides et le jeu du Trio est en parfaite fusion. Le scherzo, noté Allegretto grazioso, est vif et plein d’énergie. Le pianiste énonce un premier thème envoûtant, qui reviendra plus loin. Le troisième mouvement, Poco adagio, est mélancolique et émouvant. Le violoncelle expose un thème très chantant, alors que le jeu du violon est gracieux et celui du piano est élégant. Vers le milieu du mouvement, une longue plainte du violon nous déchire le cœur de par sa beauté. Le Finale est très animé et dansant, et le jeu passionné des musiciens rend bien toute la fougue et l’intensité de ce chef-d’œuvre très personnel.

D’origine française, le compositeur russe Gueorgui L’vovitch Catoire est extrêmement peu connu, peut-être en raison de ses allégeances wagnériennes – ce qui était très mal vu dans la scène musicale russe de la fin du 19e siècle. Enregistré seulement deux fois (le Trio Hochelaga compte en faire prochainement le troisième), son Trio n’en est pas moins séduisant et beau, avec des influences de compositeurs comme Tchaïkovski, Chopin, Debussy, Franck et Wagner, évidemment. Catoire a composé son Trio en 1900, alors qu’il était âgé de 39 ans. Le début de cette œuvre est tout simplement splendide, alors que les trois instrumentistes énoncent un thème dramatique et poignant. Le jeu du Trio est senti et retenu. Faisant office de scherzo, le deuxième mouvement est très dansant et joué avec passion et énergie par le Trio Hochelaga. Le Finale est aussi très enlevé et dynamique, avec de jolies mélodies bien interprétées.

Le « nouveau » Trio Hochelaga est donc aussi bon que celui que j’avais eu la chance de voir en spectacle l’année dernière. La chimie a déjà opéré entre ces trois instrumentistes doués. Le choix du programme est aussi toujours très original avec le Trio Hochelaga. Deux sélections que l’on peut qualifier de plus conventionnelles côtoient une œuvre rarissime, ce qui constitue un des traits distinctifs du Trio, soit de vouloir faire découvrir au public des compositeurs méconnus.

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Benoit Bergeron
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Curieux de nature, Benoit est un boulimique musical qui consomme de presque tous les genres. Du punk au classique, en passant par le folk, le psychédélique et le rockabilly, il sait apprécier les subtilités propres à chacun de ces courants musicaux. À travers des centaines d'heures d'écoute et de lecture de biographies, il tente de découvrir les motivations et les secrets derrière les plus grands albums et les œuvres grandioses des derniers siècles. Il parcourt aussi les salles de spectacle de Montréal, à la recherche de vibrations directes.