Warren Cuccurullo, le nom vous dit quelque chose? À moins que vous n’ayez été l’un des (rares) fans du groupe Missing Persons qui a connu des hits mineurs au début des années 80 ou l’ayez remarqué aux côtés de Frank Zappa, c’est avec Duran Duran que vous avez surtout entendu le guitariste Warren Cuccurullo.

En effet, lorsque le guitariste original de la formation, le rockeur Andy Taylor, a décidé de quitter le groupe, puis a connu du succès avec Power Station et ensuite poursuivi sa carrière solo (qui n’est allée nulle part), le guitariste américain à la haute chevelure noire a convaincu les membres restants, soit Simon LeBon, Nick Rhodes et John Taylor, de l’embaucher en tant que nouveau guitariste, en 1987. C’est lui que vous entendez sur les tubes pop funk Skin Trade, Notorious, et, plus tard, sur Come Undone, Too Much Information et Ordinary World lors de la « renaissance » artistique de Duran Duran, à laquelle il a contribué en coécrivant certains de ces hits.

Mais en 2001, Warren Cuccurullo se fait montrer la porte du légendaire groupe pop au succès planétaire afin que les cinq originaux puissent tourner ensemble pour la première fois depuis 1985. Il en profite pour se concentrer sur de la musique de styles bien différents. Déjà, à la fin des années 80, il jouait avec le musicien japonais Tetsuya Komoro, le violoniste indien Shenkar et le multi-instrumentiste new age Patrick O’Hearn.

En 1998, il faisait équipe avec Ustad Sultan Khan, un légendaire joueur de sarangi, immensément connu en Inde. Mais ce n’est que cet automne que les bandes sonores étaient lancées sous le nom « The Master ».  Ustad Sultan Khan, décédé en 2011, n’entendra jamais le produit fini. Voilà un album où l’Occident, par la guitare acoustique de Cuccurullo, rencontre l’Orient.

Le musicien qui vit aujourd’hui en Californie apprécie la musique indienne depuis qu’il a vu Ravi Shankar jouer à l’émission d’Ed Sullivan alors qu’il n’avait que 10 ans. Sultan Khan est connu du monde occidental par sa présence aux côtés de George Harrison lors de sa période Dark Horse, puis avec le musicien multigenres Bill Laswell.

La rencontre entre les deux musiciens s’est faite après que le guitariste ait intégré (avec sa permission) un échantillon de Khan dans la pièce Buried in the Sand, de Duran Duran. Un an plus tard, Khan contactait le groupe pour jouer l’extrait avec eux en concert. L’amitié se forma entre Cuccurullo et le maître indien, qui vint chez lui enregistrer des pistes de sarangi sur des morceaux instrumentaux que l’Américain avait enregistré.

Cuccurullo (avec sa tuqu ets es lunettes) explique le processus.

Sur « The Master », la musique y est parfois douce et introspective (The Holy Man’s Plea) mais s’élève aussi avec beaucoup d’énergie et de panache (4D Suite). Ustad Sultan Khan chante sur plusieurs titres – pas tous, les instrumentaux sont nombreux – ce qui résulte en de nombreuses complaintes typiques de la musique indienne. La musique des deux comparses prend instantanément une autre couleur lorsque les accords occidentaux de Cuccurullo embarquent (comme dans  Mirror Margana) : on quitte rapidement l’Inde pour un monde plus imaginaire, presque new wave, comme celle qu’on entendrait dans certains spas ou magasins de meubles importés de l’autre bout du monde.

Un disque intéressant pour la rencontre culturelle qu’il offre, mais qui contient quand même plusieurs longueurs, souvent durant durant (lol) les moments où l’on nage dans un univers ou l’autre. Sur The Lost Master, on ne sent pas Cuccurullo, et sur Octavia, pas Sultan Khan. La magie n’opère vraiment lorsque l’on sent les deux styles musicaux réellement se marier, ce qui est plus rare que l’on ne le souhaiterait. La brève You Can’t Tell, d’à peine deux minutes et demie, en est le meilleur exemple.

Warren Cuccurullo, 58 ans, est heureux d’avoir pu réaliser son rêve : enregistrer et publier un album avec l’une de ses idoles musicales.

WARREN CUCCURULLO & USTAD SULTAN KHAN
The Master
(Six Degrees Records, 2014)

-Genre: world renouvelé
-Dans le même genre qu’Anoushka Shankar, Ravi Shankar

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Nicolas Pelletier
Fondateur et rédacteur en chef
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Mélomane invétéré et rédacteur agréé, Nicolas pratique la critique en mode olympique: il parle de tout, tout le temps, depuis 1991. Il a publié 4 500 critiques de disques et concerts dont 1100 chez emoragei magazine et 600 sur enMusique.ca, dont il a également été le rédacteur en chef de 2009 à 2014. Nicolas a publié "Les perles rares et les grands crus de la musique" en janvier 2013, un ouvrage de 1250 pages en deux tomes.