Il y avait de la rare visite au Théâtre St-Denis ce vendredi : Bryan Ferry était de passage à Montréal pour la première fois en près de 12 ans. Le leader de l’influente formation glam-rock Roxy Music fêtait ses 69 ans le soir du spectacle. Ça ne semble toutefois pas l’avoir enchanté plus qu’il ne le faut, puisqu’il a donné une prestation somme toute décevante, voire ennuyante. Heureusement que quelques chansons de la belle époque de Roxy Music ont sauvé la soirée…

Le spectacle avait bien commencé, alors que les six musiciens (deux choristes participaient également) ont entamé Re-Make/Re-Model, la première chanson du premier album de Roxy, sorti en 1972. Vêtu comme toujours d’un élégant veston, Ferry a fait son entrée sur scène et a livré une bonne performance sur ce morceau. Sans avoir la force d’antan, sa voix était tout de même convenable et distinctive, avec juste assez de puissance pour se faire entendre par-dessus ses musiciens. Le guitariste s’est aussi très bien acquitté de sa tâche, avec un solo mordant et grinçant comme Phil Manzanera nous avait habitués.

C’est toutefois dès la deuxième pièce, Kiss And Tell, que Ferry le crooner pop quelque peu ennuyant a fait son apparition. Il allait être d’office pour plus de la moitié du spectacle. Ce qui est aussi à déplorer, c’est le choix des chansons de l’ami Bryan. Le matériel ne manque pas, avec les huit albums studio de Roxy Music et ses 14 en solo (un 15e, « Avonmore », est d’ailleurs annoncé pour le 17 novembre). On peut croire que Ferry voulait donner une image représentative de son œuvre au fil des décennies, et non pas seulement refaire certaines vieilles chansons de Roxy.

Mais tout ce que cela a confirmé, c’est que Ferry a fait peu de bonne musique depuis le milieu des années 1970, alors qu’il avait décidé pour une première fois de mettre Roxy Music de côté, au profit de sa carrière solo. Cette musique, avec ses synthétiseurs un peu trop présents et ses ambiances vaporeuses, ne se transpose pas bien sur scène et a souvent mal vieilli. Stronger Through The Years, du très moyen  « Manifesto » (1979), est oubliable, de même que Oh Yeah, parue sur l’album encore moins bon « Flesh + Blood » (1980). Cette pop terne est encore à l’honneur sur Let’s Stick Together, dont Ferry a même eu la très mauvaise idée de jouer en rappel (Jealous Guy, reprise de John Lennon, a ensuite clos le concert).

0927 Ferry

Peter McCabe

Les chansons des quatre excellents albums de Roxy Music sortis de 1973 à 1975, soit « For Your Pleasure », « Stranded », « Country Life » et « Siren », ne sont apparues que trois fois dans la soirée. Et encore, Casanova a été interprétée de façon plutôt ordinaire. Dans la deuxième partie du spectacle, quatre chansons tirées du chant du cygne de Roxy Music (« Avalon », en 1982) ont été jouées. Quoique plus conventionnel, cet album a de jolies mélodies qui sonnaient toutefois un peu ennuyantes en live.

Voilà pour le pot. Il y a tout de même eu quelques très bons moments qui méritent d’être soulignés. Du premier album de Roxy, Ferry a aussi interprété Ladytron et l’excellente If There Is Something. Les délirantes parties de hautbois créées par Andy Mackay dans Ladytron nous ont rappelé que Bryan Ferry a été à la tête de l’un des groupes les plus innovateurs et aventureux des années 70. L’entraînante Virginia Plain a été rendue avec toute la folie et l’exubérance nécessaires, alors que le bidouillage électronique sur Editions Of You évoquait la brève participation de Brian Eno à Roxy Music. La ligne de basse très funk de Love Is The Drug a fait lever le public d’un bond. Une belle surprise s’est aussi glissée dans le spectacle avec la très atmosphérique Johnny And Mary, reprise de Robert Palmer parue plutôt cette année sur l’album du DJ norvégien Todd Terje.

Voici une prestation de Ladytron à Coachella, en avril dernier.


Vingt chansons et une heure et vingt minutes plus tard, ce spectacle prenait fin et nous laissait définitivement sur notre appétit. Peut-être était-il pressé d’aller célébrer son anniversaire, ou peut-être avions-nous trop d’attentes? Quoiqu’il en soit, son manque de charisme étonnait, et il a marmonné seulement deux ou trois « merci, thank you ». On se serait attendus à plus de générosité et de don de soi de la part d’un grand artiste comme Bryan Ferry.

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Benoit Bergeron
Blogueur - RREVERB
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Curieux de nature, Benoit est un boulimique musical qui consomme de presque tous les genres. Du punk au classique, en passant par le folk, le psychédélique et le rockabilly, il sait apprécier les subtilités propres à chacun de ces courants musicaux. À travers des centaines d'heures d'écoute et de lecture de biographies, il tente de découvrir les motivations et les secrets derrière les plus grands albums et les œuvres grandioses des derniers siècles. Il parcourt aussi les salles de spectacle de Montréal, à la recherche de vibrations directes.