Autrefois du groupe de jazz fusion Uzeb, le bassiste virtuose Alain Caron explorait de nouveaux territoires au Gésù vendredi soir. Le pianiste John Roney avait fait des arrangements inédits de plusieurs de ses compositions : les deux comparses étaient donc accompagnés par le Quatuor Alcan. On a pu entendre Caron dans un tout nouveau registre, ses pièces mélangeant maintenant le classique à sa formule jazz. La rencontre inusitée de ces deux univers a donné un résultat qui pouvait être étrange au premier abord, mais qui a résulté en de véritables moments de grâce.

Il faut dire que ce spectacle n’était pas tout à fait inédit : ces six musiciens de talent avaient cassé ces nouvelles pièces deux fois en spectacle, à Québec et à Chicoutimi. Qu’à cela ne tienne, la réinterprétation de pièces du répertoire de Caron s’est faite de belle manière. La sonorisation ne semblait toutefois pas idéale. La basse était plus forte que les autres instruments, et on entendait souvent trop peu le piano. Il faut dire également que les cordes ne sont pas avantagées par l’amplification, aussi nécessaire soit-elle.

Par ailleurs, ça m’a pris quelques pièces avant que mon oreille réconcilie les différents timbres des instruments. L’alliance des sons produits par la basse fretless à six cordes de Caron et ceux du quatuor à cordes n’est pas naturelle, du moins dans les premiers instants. Certains arrangements se prêtent peut-être aussi moins bien à cette rencontre. Dans tous les cas, c’est le son du piano qui semble lier la basse au quatuor. John Roney a un style vraiment à mi-chemin entre le classique et le jazz. On a souvent l’impression qu’il passe d’un à l’autre dans une même mesure!

Mais malgré toutes ces réserves, la très grande majorité des pièces jouées était excellentes. Le travail de Roney est colossal : réinventer ainsi les pièces de Caron est un véritable tour de force. Il a osé, en sélectionnant quelques morceaux que même Caron n’avait pas choisis. Le rythme entraînant de Cherokee Drive est intact, et Fingerprints est tout aussi surprenante et efficace. Les arrangements de cordes de Roney ne sont pas trop audacieux, mais restent superbes. Il est dans une esthétique romantique, tout en flirtant avec la musique du 20e siècle. Then And After a un superbe passage où la basse joue une sublime mélodie, avec les violons qui accompagnent en pizzicato.

Finalement, ce qu’on retient de ce concert, outre la virtuosité renversante d’Alain Caron, c’est la force des mélodies des pièces. Chaque chanson contenait de bons moments : un solo de Caron, un passage de Roney ou une envolée du Quatuor. Toutes ces individualités ont donné une merveilleuse symbiose. Visiblement heureux de sortir de sa zone de confort, Alain Caron avait un plaisir qui était vraiment communicateur. Il l’a même demandé au public, qui était présent en grand nombre : « Vous amusez-vous? Nous oui! ». Oui, il n’y a pas de doute.

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Benoit Bergeron
Blogueur - RREVERB
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Curieux de nature, Benoit est un boulimique musical qui consomme de presque tous les genres. Du punk au classique, en passant par le folk, le psychédélique et le rockabilly, il sait apprécier les subtilités propres à chacun de ces courants musicaux. À travers des centaines d’heures d’écoute et de lecture de biographies, il tente de découvrir les motivations et les secrets derrière les plus grands albums et les œuvres grandioses des derniers siècles. Il parcourt aussi les salles de spectacle de Montréal, à la recherche de vibrations directes.