L’ensemble montréalais Constantinople offrait un nouveau spectacle ce samedi soir à la Salle Bourgie. Constantinople était cette fois accompagné par le ténor italien Marco Beasley dans une création originale métissée. On retrouvait cette fois Constantinople au carrefour des cultures italiennes et perso-ottomanes. Des chants de la Renaissance étaient au programme du spectacle Dalla porta d’Oriente, tourné vers la rencontre des cultures de l’Orient avec celles de l’Occident, comme Constantinople en a fait sa marque de commerce.

L’originalité et l’ingéniosité de Constantinople ne sont plus à douter, mais le groupe repousse toujours les limites pour nous offrir une expérience inédite. À cet égard, Le concert de samedi soir a été d’une grande beauté. Les sept musiciens sur scène étaient en parfaite symbiose. On peut présumer que le spectacle n’est pas très éprouvé (les musiciens avaient présenté le concert seulement vendredi à Québec), mais la coordination est parfaite. Les trois Italiens (Beasley, en plus de Fabio Accurso au luth et Stefano Rocco à la guitare baroque et au théorbe) s’intègrent très bien à l’ensemble changeant qu’est Constantinople. Le noyau du groupe est sur scène, composé de Kiya Tabassian au sétar et au chant, Didem Başar au kanun, Pierre-Yves Martel à la viole de gambe et Patrick Graham aux percussions. Tanya LaPerrière se joint à tout ce beau monde avec son violon baroque.

Musicalement, les pièces jouées samedi soir sont plutôt complexes. Le sétar de Tabassian est généralement au centre des pièces, accompagné souvent par le kanun ou le luth, avec qui il dialogue. Le théorbe ou la guitare baroque sont davantage des accompagnements rythmiques, tout comme la viole de gambe et, évidemment, les percussions. Pour sa part, le violon baroque apporte beaucoup de profondeur. L’ensemble joue une musique qui est tour à tour envoûtante, nostalgique, belle et émouvante.

Il arrive sur scène au deuxième morceau, mais le chanteur Marco Beasley est vraiment au cœur de cette nouvelle production de Constantinople. Sa présence scénique est franchement saisissante. Il gesticule et bouge beaucoup, il est très expressif et capte l’attention des spectateurs, venus en grand nombre pour l’occasion. On le suit dans ses gestes et ses mouvements. Sa voix de ténor est magnifique, avec un registre plutôt large, et toujours juste. Les textes qu’il interprète sont parfois chantés, mais aussi parlés. On aime beaucoup le côté théâtral de Beasley dans ses interprétations.

On peut voir ici Beasley chanter un morceau avec entre autres Accurso et Rocco. Cette pièce traditionnelle a été interprétée au concert d’hier soir.

Le fil conducteur des textes est le poème La Jérusalem délivrée, de Torquato Tasso. Le célèbre compositeur Claudio Monteverdi a mis en musique ces vers, sous le titre Combattimento Di Tancredi e Clorinda. Une déchirante et violente histoire d’amour est au cœur de ces morceaux, qui reviennent quelques fois durant le spectacle. Constantinople a eu la bonne idée de retranscrire ces textes dans le livret remis à l’entrée.

Outre ces poèmes mis en musique par Monteverdi, Constantinople et leurs invités ont interprété plusieurs pièces des 16e et 17e siècles. Le compositeur qui revenait le plus souvent était Ali Ufki, de son vrai nom Albert Bobowski. Cet orientaliste, Polonais d’origine, s’était établi à Constantinople (la ville) au tournant du 17e siècle. Les œuvres d’Ufki montrent un beau métissage entre les cultures orientales et les diverses influences européennes, notamment italienne. En cette triste époque qui est la nôtre, alors que certains veulent ériger des murs pour séparer les peuples, d’autres s’efforcent plutôt de bâtir des ponts pour les rassembler. C’est exactement ce que fait Constantinople.

Ces pièces et leurs influences multiples collaient parfaitement à Constantinople, ce formidable ensemble qui ne cesse de nous surprendre et de se renouveler. Musicien hors pair superbement entouré, Kiya Tabassian mène cet ensemble de brillante manière. Les musiciens du groupe ont encore été excellents hier soir, et ce ne sera sûrement pas la dernière fois. Le prochain concert du groupe devrait encore aller ailleurs, puisque Constantinople sera entouré du groupe new-yorkais The Klezmatics!

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Benoit Bergeron
Blogueur - RREVERB
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Curieux de nature, Benoit est un boulimique musical qui consomme de presque tous les genres. Du punk au classique, en passant par le folk, le psychédélique et le rockabilly, il sait apprécier les subtilités propres à chacun de ces courants musicaux. À travers des centaines d’heures d’écoute et de lecture de biographies, il tente de découvrir les motivations et les secrets derrière les plus grands albums et les œuvres grandioses des derniers siècles. Il parcourt aussi les salles de spectacle de Montréal, à la recherche de vibrations directes.