Cet article est le deuxième de cinq faisant la rétrospective complète de la discographie de David Bowie. Cliquez ici pour lire le premier article.

« The Rise And Fall Of Ziggy Stardust And The Spiders From Mars » – Starman
Le personnage de Ziggy Stardust est sans aucun doute le plus connu de ceux incarnés par David Bowie – il est sûrement aussi l’un des plus connus de toute l’histoire du rock. Bowie se réinvente en énigmatique androgyne venu d’un autre monde. Il se maquille et se déguise pour chacun de ses concerts. La transformation est complète et l’album-concept qui en résulte est un de ses meilleurs, sinon le meilleur. Les Spiders From Mars sont également un excellent groupe, avec Mick Ronson à la guitare, Trevor Bolder à la basse et Mick Woodmansey à la batterie.
On pourrait choisir plusieurs morceaux de ce chef-d’œuvre, et ce serait valable. La théâtralité et la force évocatrice de Five Years et de Rock ‘N’ Roll Suicide sont épatantes, alors que le solo sur Moonage Daydream est ahurissant, mais Starman est celle que je choisis. La puissance mélodique de la pièce est superbe, mais ce qui rend cette chanson importante, c’est son interprétation à Top Of The Pops le 5 juillet 1972. À cette très populaire émission britannique, Bowie s’amène déguisé en Ziggy, avec son groupe en Spiders Of Mars. Deux séquences de cette performance ont été marquantes. À un moment, Ziggy regarde directement la caméra et la pointe du doigt en chantant « I had to phone someone so I picked on you-ooh-ooh ». Plus tard, Bowie met la main sur l’épaule de son guitariste Mick Ronson. Bien qu’anodins, ces faits ont montré que Bowie était différent et n’hésitait pas à briser certains tabous, et cela lui a permis de devenir la superstar qu’il méritait de devenir.

« Aladdin Sane » – Time
Cet album aurait aussi pu s’appeler « Ziggy aux États-Unis ». La mythique photo de couverture en atteste : le glam-rock du précédent album est de retour et est toujours aussi excellent. Musicalement, la différence majeure consiste toutefois en l’ajout au groupe du pianiste jazz avant-gardiste Mike Garson. Son piano apporte une couleur particulière, notamment sur les excellentes Aladdin Sane (1913-1938-197?) et Lady Grinning Soul. Sur le classique Time, le piano a une sonorité propre à la Nouvelle-Orléans, avec des touches jazzy, et Mick Ronson fait crier sa guitare. La table sera ensuite mise pour la « mort » de Ziggy, qui aura lieu le 3 juillet 1973 au Hammersmith Odeon de Londres. Bowie en avait marre de ce personnage et voulait passer à autre chose.

« Pin Ups » – Sorrow
Son prochain album est une collection de reprises, principalement de groupes britanniques des années 60 qu’il affectionnait particulièrement, dont The Who, The Kinks, The Yardbirds, Pink Floyd et Them (avec un jeune Van Morrison). L’idée peut paraître curieuse, mais il faut se rappeler que Bowie est un excellent interprète et s’amusait souvent à insérer au moins une reprise sur chacun de ses albums. Les chansons du disque sont intéressantes, mais ne réinventent pas tellement les chansons originales. On pourrait dire que « Pin Ups » est le seul album vraiment décevant des années 70 pour Bowie. Du lot, on remarque tout de même la belle interprétation de Sorrow, qu’avaient enregistré notamment The McCoys et The Merseys. (Sur la face B du single, on peut également trouver une reprise d’une traduction d’Amsterdam, un classique du grand Jacques Brel, que Bowie admirait.)

David-Bowie-mick ronson

David Bowie en spectacle en 1973, avec Mick Ronson à la guitare

« Diamond Dogs » – Rebel Rebel
La photo de la pochette est intrigante : on y voit Bowie sous forme de mi-homme mi-chien, avec un look à la Ziggy. L’apparence est semblable, mais la musique est différente. Bowie fait ses adieux au glam-rock avec cet album : il s’est séparé des Spiders From Mars, le groupe qui l’accompagnait depuis quelques années. Le contenu est très politisé, puisque Bowie entendait faire une adaptation de 1984, célèbre dystopie écrite par George Orwell. Bowie n’a toutefois pas obtenu les droits pour aller de l’avant, ce qui fait qu’il a dû changer son approche.
« Diamond Dogs » n’est peut-être pas l’album le plus intéressant de Bowie, mais il contient tout de même quelques très bonnes chansons, dont la suite Sweet Thing/Candidate/Sweet Thing (Reprise), qui déploie un rock progressif décadent mais stimulant. Rebel Rebel est toutefois difficile à mettre de côté. La chanson détonne un peu du reste de l’album, mais c’est un des grands classiques de Bowie. Joué par lui-même, le riff de guitare est irrésistible et est un des plus connus. Traitant d’un adolescent qui a une identité sexuelle confuse, la pièce se voulait également un ultime adieu de Bowie au glam-rock. Il quitte le navire au bon moment.

« Young Americans » – Young Americans
Bowie va vraiment – mais vraiment – ailleurs sur cet album. Il réside maintenant aux États-Unis, carbure à la cocaïne et tente d’émuler le « son de Philadelphie ». Son plastic soul, trempé dans un funk explosif, est extrêmement bien réussi, avec le retour à la réalisation de Tony Visconti. Un nouveau collaborateur apporte aussi une contribution importante à cet album, et sera avec Bowie pendant plus d’une dizaine d’années : Carlos Alomar. Le choix facile pour cet album aurait été de choisir Fame, co-écrite avec John Lennon et Alomar. Cette réflexion tordue sur la célébrité est un classique, mais la chanson-titre a un groove et une exubérance qu’on ne peut ignorer. On sent que cette pièce est une libération pour Bowie, et il la livre avec passion, avec des choristes qui amènent une touche de gospel et de soul. Ses observations de la société américaine, en tant qu’Anglais, sont succulentes. Il a bien absorbé l’essence d’un certain type de musique américaine, et en fait une synthèse exceptionnelle.
Son prochain album va toutefois nous amener complètement ailleurs.

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david-bowie 1974

David Bowie en 1974

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Benoit Bergeron
Blogueur - RREVERB
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Curieux de nature, Benoit est un boulimique musical qui consomme de presque tous les genres. Du punk au classique, en passant par le folk, le psychédélique et le rockabilly, il sait apprécier les subtilités propres à chacun de ces courants musicaux. À travers des centaines d’heures d’écoute et de lecture de biographies, il tente de découvrir les motivations et les secrets derrière les plus grands albums et les œuvres grandioses des derniers siècles. Il parcourt aussi les salles de spectacle de Montréal, à la recherche de vibrations directes.