« Wild Serenade » est un disque de DuOud (un duo qui joue de l’oud, ce luth arabe) qui m’avait échappé en 2003 et que je découvre onze ans plus tard. Preuve qu’il est de bonne qualité: « Wild Serenade » n’a pas pris une ride! Il faut dire que la plupart des artistes signés sur le Label Bleu – une maison de disque basée sur le jazz et les musiques du monde – sont excellents. Je vous parlais de Rokia Traoré il n’y a pas si longtemps.

Les deux Parisiens d’origine maghrébine Jean-Pierre « Smadj » Smadja (Tunisien) et Mehdi Haddad (Algérien) de Duoud ne font pas exception à la règle de la maison.

La particularité de DuOud est de marier la tradition de cet instrument arabe, l’oud, qui existe depuis des siècles, à un traitement électronique très moderne, grâce aux bidouillages de Smadj. Sur la brève Interluth, c’est un rythme archi mécanique qui soutient le frêle instrument.

Mais la pièce de résistance de l’album « Wild Serenade » est cette fabuleuse reprise de la dynamique pièce Chase, œuvre maîtresse du film « Midnight Express », signée par le maître du disco Giorgio Moroder! L’oud est d’abord présenté avec des tonnes de distorsions, tout comme le violon, avant de reprendre sa sonorité traditionnelle. La basse synthétique est reprise presque intégralement de la version originale alors que les percussions arabisantes amènent une tout autre couleur au morceau.

Voici ce que ça donne, version live au Festival de Jazz de Berlin en 2009 (un peu différente de celle de l’album).

Après ce sommet d’intensité, Smadj et Haddad, calment le jeu et reviennent à des morceaux un peu plus traditionnels à l’oud, sans distorsions (Ne Yalan Soyleyeyim) ou au violon dont les envolées semblent être des prières s’élevant aux cieux (For Nedim). Des mélodies familières sont intégrées dans de longs hymnes, comme sur Le Retour d’Ulysse.

Voici quelques pièces de l’album, ainsi qu’une entrevue avec ces messieurs.

La grande force de DuOud est la maîtrise de plusieurs styles complètement différents et une audace exemplaire dans l’expérimentation. Ainsi, les morceaux rythmés avec guitares électriques (la très belle et mystérieuse Racine d’Énnéade) côtoient l’essai presque industriel trip hop (Berlin Paris) et le traditionnel arabe.

Une belle réussite que les esprits ouverts et aventureux vont apprécier.

Duoud

DUOUD
Wild Serenade
(Label Bleu, 2003)

-Genre: métissage de genres
-Dans le même esprit que “Mozart l’Égyptien”, Amon Tobin, M.I.A., Constantinople

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Nicolas Pelletier

Mélomane invétéré et rédacteur agréé, Nicolas pratique la critique en mode olympique: il parle de tout, tout le temps, depuis 1991. Il a publié 6 000 critiques de disques et concerts dont 1100 chez emoragei magazine et 600 sur enMusique.ca, dont il a également été le rédacteur-en-chef de 2009 à 2014. Il publie “Les perles rares et grands crus de la musique” en 2013, et devient stratège numérique des radios de Bell Média en 2015, participant au lancement de la marque iHeartRadio au Canada en 2016.