Un événement bien particulier se tenait à la Salle Bourgie ce mardi soir, dans le cadre du 13e Festival Quartiers Danses. Cinq danseurs de l’Opération national de Paris se joignaient à la pianiste israélo-belge Edna Stern dans un programme fascinant qui alliait danse et piano. Des œuvres de Bach, de Ravel et de Liszt ont servi de magnifiques trames sonores aux chorégraphies interprétées par ces fabuleux danseurs.

Edna Stern s’assoit tout d’abord au piano et entame les premières notes du deuxième mouvement, noté Andante, du Concerto italien de Johann Sebastian Bach. Sortant de la pénombre, les corps d’Héloïse Véllard et d’Anthony Couroyer surgissent avec une danse qui est en phase la musique. La chorégraphie est signée par Maxime Thomas et s’intitule Deux à deux. Elle est parfaitement en lien avec la douceur et le lyrisme de la pièce, jouée également avec élégance et précision par la pianiste. C’est donc une courte et belle introduction au monde particulier de la danse.

Le moment fort de la soirée est survenu avec la deuxième chorégraphie, élaborée cette fois par Bruno Bouché, le directeur artistique et fondateur de la troupe de danse Incidence Chorégraphique. Intitulée Bless – ainsi soit-il, la danse mettait en scène Aurélien Houette et Erwan Leroux, sur une musique de Bach, cette fois la célèbre Chaconne (arrangement de piano de Ferruccio Busoni). Ce vaste chef-d’œuvre a été interprété de superbe manière par la pianiste. La chorégraphie était inspirée du tableau La lutte de Jacob avec l’ange, toile d’Eugène Delacroix tirée d’un récit biblique. Cette lutte, à l’ambiance grave et menaçante, a une trame sonore parfaite, et la chorégraphie est inspirée et inspirante, d’une intensité prenante.
Voici d’ailleurs une captation de Bless – ainsi soit-il.

Héloïse Véllard était la chorégraphe et l’interprète de la troisième œuvre au programme, In my shoes. Pavane pour une infante défunte, une composition de Maurice Ravel, était jouée par la pianiste. La danseuse était seule sur scène, avec comme accessoires une chaise et cinq paires de chaussures. Nostalgique et rêveuse, la musique accompagnait une chorégraphie plutôt énigmatique, interprétée de manière sentie et juste.

La monumentale Sonate en si mineur de Franz Liszt concluait le spectacle. D’une durée de 30 minutes, la pièce était accompagnée d’une ambitieuse chorégraphie de Bouché, intitulée Nous ne cesserons pas, pour quatre danseurs (avec Houette, Leroux, Couroyer et Willy Laury). Jouée sans interruption, la Sonate a été interprétée avec fluidité et précision. On ne sentait pas non plus que la pianiste voulait seulement nous éblouir, elle voulait également véhiculer les nuances et les richesses de cette œuvre. Plusieurs séries de mouvements coordonnés et symétriques étaient faites par les danseurs, dont les gestes donnaient vie à cette œuvre de génie.

La troupe Incidence Chorégraphique roule ce spectacle depuis plusieurs années, et on a pu voir que les pièces sont très bien rodées. Les danseurs, à la musculature très développée, ont une technique et une forme physique exceptionnelles. Les danses à deux et à quatre ont une parfaite coordination. Il faut également rappeler le brio d’Edna Stern, que l’on entendait pour la première fois à Montréal. C’est toutefois dommage que la salle était trop peu pleine. Le même spectacle sera donné mercredi et jeudi soirs. Espérons que le public soit plus nombreux pour assister à ce très bon concert bi-disciplinaire!

Réagissez à cet article / Comment this article

commentaires / comments

About The Author

Benoit Bergeron
Blogueur - RREVERB
Google+

Curieux de nature, Benoit est un boulimique musical qui consomme de presque tous les genres. Du punk au classique, en passant par le folk, le psychédélique et le rockabilly, il sait apprécier les subtilités propres à chacun de ces courants musicaux. À travers des centaines d’heures d’écoute et de lecture de biographies, il tente de découvrir les motivations et les secrets derrière les plus grands albums et les œuvres grandioses des derniers siècles. Il parcourt aussi les salles de spectacle de Montréal, à la recherche de vibrations directes.