L’Orchestre symphonique du Conservatoire de musique de Montréal présentait, dimanche après-midi, la deuxième représentation d’un concert intitulé « Kuerti et la dixième de Chostakovitch ». C’est donc Julian Kuerti, chef invité principal de l’Orchestre Métropolitain, qui dirigeait les musiciens étudiants dans la Symphonie no. 10 de Dimitri Chostakovitch. Des œuvres de Franz Liszt et de Claude Vivier complétaient le programme, dans ce qui aura été un merveilleux concert, empreint de lyrisme, de beauté, mais aussi de vivacité et de brutalité.

Une œuvre du Montréalais Claude Vivier ouvrait le concert. Ce compositeur a eu une courte vie, mourant en 1983, à l’âge de 34 ans, dans d’étranges conditions (il aurait été assassiné à Paris). Il a laissé une quarantaine d’œuvres, dont Zipangu, composée en 1980 et qui était interprétée hier. La pièce requiert un petit orchestre à cordes, disposé en deux sections qui se font face : d’un côté, six violons, de l’autre, un violon, trois altos, deux violoncelles et une contrebasse. Une belle ligne mélodique traverse Zipangu, qui contient également plusieurs exigences techniques qui ont été bien rendues par les musiciens, malgré quelques imperfections. La direction précise du chef a guidé adéquatement les instrumentistes dans cette œuvre somme toute inquiétante, voire troublante.

Il y avait ensuite au programme le Concerto pour piano no. 2 de Liszt. Créée en 1857, cette œuvre de cet immense pianiste hongrois est d’une réelle beauté, pleine d’expressivité propre au romantisme allemand. Mathieu Roussel-Lewis, étudiant au Conservatoire, était soliste. Tout au long de l’œuvre (qui est jouée en un seul mouvement divisé en sections), il a fait preuve d’une grande fluidité et d’une phrasé remarquable. Les courtes cadences qu’il a exécutées ont été jouées avec nuance et dextérité. Le pianiste a aussi partagé un magnifique duo avec le violoncelle solo. Le dialogue entre l’Orchestre et le soliste est constant dans cette œuvre, et le chef a bien dirigé ces échanges. Chapeau également aux musiciens de l’Orchestre, qui ont interprété l’œuvre avec aplomb et fermeté; les vents ont été particulièrement efficaces.

La pièce de résistance du concert était finalement la Symphonie no. 10 de Chostakovitch. Le compositeur russe a écrit cette œuvre en 1953, soit quelques mois après la mort de Staline, avec qui il avait eu une relation pour le moins houleuse. Chostakovitch affirmera plus tard qu’en composant le tumultueux deuxième mouvement, il pensait au dictateur! Quoi qu’il en soit, cette exigeante Symphonie de plus de 50 minutes a été rendue avec brio par l’Orchestre. Expressif, engagé et alerte, Kuerti a très bien dirigé les musiciens. Les nuances et les variations d’intensité sont frappantes dans l’œuvre, qui est tour à tour terrifiante et oppressante, puis tendre, voire mélancolique. Les cordes ont été expressives et les percussions ont eu une part active dans la réussite de l’interprétation. Extrêmement sollicités, les vents ont très bien répondu, en dépit de quelques légères erreurs de synchronisme.

L’Orchestre du Conservatoire nous a donc offert une grande prestation. Il est toujours épatant de constater le sérieux, l’aplomb et le talent de ces jeunes musiciens, de jeunes adultes pour la plupart. Julian Kuerti, qui est habitué de diriger des musiciens professionnels, semblait d’ailleurs très heureux de leur performance, tout comme les spectateurs qui s’étaient déplacés en grand nombre en ce jour de tempête.

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Benoit Bergeron
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Curieux de nature, Benoit est un boulimique musical qui consomme de presque tous les genres. Du punk au classique, en passant par le folk, le psychédélique et le rockabilly, il sait apprécier les subtilités propres à chacun de ces courants musicaux. À travers des centaines d’heures d’écoute et de lecture de biographies, il tente de découvrir les motivations et les secrets derrière les plus grands albums et les œuvres grandioses des derniers siècles. Il parcourt aussi les salles de spectacle de Montréal, à la recherche de vibrations directes.