L’Orchestre Métropolitain (OM) présentait vendredi soir la troisième de quatre représentations de son dernier programme de 2014. Intitulé « Soirs d’hiver », le spectacle avait lieu à la Maison symphonique. Dirigé par le Nippo-américain Kensho Watanabe (qui a pris la relève du Français Alexandre Bloch), l’OM interprétait le célèbre Concerto pour la nuit de Noël, du compositeur italien Arcangelo Corelli. Le violoncelliste Stéphane Tétreault était ensuite soliste dans les Variations sur un thème rococo de Piotr Ilitch Tchaïkovski. La Symphonie no. 1 de Tchaïkovski, appelée « Rêves d’hiver », était finalement interprétée.

Le Concerto grosso en sol mineur de Corelli, mieux connu sous le nom de Concerto pour la nuit de Noël, ouvrait le concert. Composée en 1690, cette œuvre est une tradition du temps des fêtes, presque au même titre que Le Messie de Handel. Pour cordes seules, cette pièce sollicite les premières chaises de chaque section, et celles de l’OM sont excellentes. Le jeu de l’Orchestre est très senti, surtout dans le célèbre Pastorale ad libitum, qui conclut l’œuvre. La direction est précise et juste, et l’Orchestre répond bien à son jeune chef (qui est également violoniste substitut de l’Orchestre de Philadelphie, dont Yannick Nézet-Séguin est le directeur artistique).

Nommé plus tôt cette année « soliste en résidence » du Métropolitain, le violoncelliste prodige Stéphane Tétreault (21 ans seulement!) interprétait les Variations sur un thème rococo de Tchaïkovski. Terminée en 1877, cette œuvre est un hommage au style galant de l’époque classique et à Mozart, le compositeur préféré du mélancolique Russe. Le jeu inspiré de Tétreault nous a fait découvrir une profondeur insoupçonnée à cette pièce pourtant légère. La sonorité riche et pleine de son Stradivarius remplissait la Maison symphonique. Que ce soit dans les moments plus calmes ou les passages plus agités, il sonnait toujours juste et précis, et ses attaques étaient très efficaces. Il a interprété les cadences ardues et originales de brillante manière, toujours bien appuyé par l’Orchestre et le chef.

La deuxième partie du concert était occupée par la Symphonie no.1 de Tchaïkovski, composée en 1866, puis révisée quelques fois, la dernière retouche survenant en 1874. Sans détenir la profondeur et la richesse de ses trois dernières symphonies (nos. 4, 5 et 6, qui sont jouées plus souvent), cette première incursion dans la musique symphonique pour le Russe de 26 ans n’est pas dénuée de charme. La Symphonie porte d’ailleurs très bien son nom, « Rêves d’hiver ». Le compositeur a donné des sous-titres aux deux premiers mouvements, soit « Rêve d’un voyage d’hiver » et « Pays lugubre, pays brumeux ».

Sur un bruissement des cordes, la flûte et le basson énoncent un superbe thème. Ce dernier reviendra tout au long de ce premier mouvement, qui est le meilleur de l’œuvre. L’instrumentation est très colorée, et les cordes sont très vivantes, jouant à merveille cette mélodie évocatrice qui pourrait bien se retrouver dans un film! C’est ensuite le hautbois qui expose un thème rêveur et nostalgique lors du mouvement lent. Dirigeant avec et parfois sans baguette, le chef va chercher une belle expressivité des cordes. Sa direction est également très alerte et énergique lors du finale, qui est très enlevant et enlevé. Le jeu de l’OM est tout en nuances, bâtissant très bien la tension qui mène au crescendo final.

Ce jeune chef a donc été une belle surprise. Il a fort bien dirigé le Métropolitain et affichait une allure très sympathique lors qu’il s’est adressé à la foule. Et il fallait le voir, au rappel, encourager les spectateurs à taper des mains sur l’air du classique La promenade en traîneau! Les musiciens semblent aussi avoir apprécié sa tenue. Stéphane Tétreault a toutefois été la vedette du spectacle, jouant de façon magistrale. On se demande où s’arrêtera ce jeune homme! On a tout de même hâte de l’entendre dans une œuvre plus substantielle du répertoire concertant pour violoncelle. Et ça viendra plus tôt que tard.

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Benoit Bergeron
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Curieux de nature, Benoit est un boulimique musical qui consomme de presque tous les genres. Du punk au classique, en passant par le folk, le psychédélique et le rockabilly, il sait apprécier les subtilités propres à chacun de ces courants musicaux. À travers des centaines d'heures d'écoute et de lecture de biographies, il tente de découvrir les motivations et les secrets derrière les plus grands albums et les œuvres grandioses des derniers siècles. Il parcourt aussi les salles de spectacle de Montréal, à la recherche de vibrations directes.