Joie et exubérance avec l’OSDL

L’Orchestre symphonique de Longueuil (OSDL) concluait sa 29e saison en grand, hier soir. C’est au Théâtre de la Ville qu’était présenté un grandiose concert où était jouée la Symphonie no. 9 de Ludwig van Beethoven. Eh oui, LA 9e, celle dont l’air du final choral sur l’Ode à la joie, du poète et dramaturge allemand Friedrich von Schiller, est universellement connu. Dirigé par Marc David, l’OSDL, quatre solistes et près de 150 choristes ont offert une performance non sans faille, mais tout de même éblouissante.

La Symphonie no. 9 de Beethoven a été créée le 7 mai 1824 à Vienne. Révolutionnaire sur plus d’un plan, cette œuvre a marqué les esprits dès sa première écoute. Complètement sourd depuis plus d’une décennie, Beethoven a imaginé une symphonie inédite pour l’époque, avec les quatre solistes et le chœur qui se retrouvent dans le dernier mouvement. La 9e se démarque aussi par sa durée, qui est de plus d’une heure. Son instrumentation riche et foisonnante et son inventivité contrapuntique et polyphonique ont certes inspiré plus d’un symphoniste (post) romantique, de Wagner (qui avait dit de la 9e qu’elle était « la dernière des symphonies » …) à Mahler, en passant par Strauss et Bruckner.
Voici une vision fort romancée de la création de la Symphonie, tirée du film Copying Beethoven. On y voit un Beethoven sourd qui dirige l’orchestre et les chanteurs avec l’aide de son assistante.

La grandeur et l’intensité de l’œuvre ont été tangibles dès les premiers instants de l’interprétation de l’OSDL, avec la tension dramatique qui s’installe grâce à l’expressivité des cordes (malgré leur petit nombre). Alerte et dynamique, le chef gère très bien les variations d’intensité du premier mouvement. Le scherzo, que Beethoven a placé au deuxième mouvement au lieu de l’habituel troisième, est éclatant, plein d’une belle énergie nerveuse qui nous plonge dans une ambiance à la Orange mécanique. La cohésion entre les différentes sections de l’Orchestre est superbe. On se doit de souligner le jeu de la timbalière Julie Béchard, de même que l’excellente prestation des bois. Noté Adagio molto e cantabile, le mouvement lent est magnifique, avec notamment une superbe mélodie aux cordes qui nous transporte dans un moment de grâce.

Le moment culminant de la Symphonie est sans contredit le final, avec les quatre solistes et le chœur. Pour l’occasion, l’OSDL avait invité la soprano Claudine Côté, la mezzo-soprano Claudine Ledoux, le ténor Marc Hervieux et le baryton Nathaniel Watson. Trois chœurs étaient aussi présents, soit le Chœur ponctuel de Robert Ingari, la Chorale Les mélodistes et le Chœur de l’amitié. Avant que les chanteurs n’entrent en scène, les cordes graves ont lentement mais sûrement introduit le motif principal de l’Ode à la joie.  Tour à tour, les quatre solistes se joignent à l’Orchestre et entonnent de manière expressive ce grand poème humaniste. Quand l’armée de choristes se met de la partie, c’est l’apothéose. Maestro David soulève l’Orchestre et les choristes par sa passion et sa fougue, et l’instant présent est tout ce qui compte. Le crescendo final nous offre un concentré de joie et d’exubérance.

En première partie du concert, on avait droit à un court prélude, qui était en fait une création mondiale d’une œuvre du compositeur québécois Simon Bertrand, intitulée Für Ludwig. D’une durée de moins de dix minutes, cette pièce comprenait des emprunts, transformés, à la Symphonie no. 9, prenant la forme d’un hommage au maître viennois. On reconnaît l’air de l’Ode à la joie à plusieurs reprises, mais la pièce a plutôt un côté dramatique et plein de tension, avec des sonorités très modernes. Il y a par ailleurs un grand apport des timbales, avec un court solo. Courte mais intéressante, la pièce avait très bien mis la table pour ce qui allait suivre.

Ce fut donc un très bon spectacle de la part de l’Orchestre symphonique de Longueuil. On a senti l’implication de chaque musicien présent au concert. Les choristes, qui ont attendu plus de 40 minutes avant de faire leur entrée dans la Symphonie, ont offert une très belle prestation. Les quatre solistes ont également montré une excellente maîtrise de leur organe vocal. L’ovation debout de la salle comble a été bien méritée : ce chef-d’œuvre qu’est la 9e Symphonie a été interprété de manière honnête et passionnée.

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Benoit Bergeron
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Curieux de nature, Benoit est un boulimique musical qui consomme de presque tous les genres. Du punk au classique, en passant par le folk, le psychédélique et le rockabilly, il sait apprécier les subtilités propres à chacun de ces courants musicaux. À travers des centaines d'heures d'écoute et de lecture de biographies, il tente de découvrir les motivations et les secrets derrière les plus grands albums et les œuvres grandioses des derniers siècles. Il parcourt aussi les salles de spectacle de Montréal, à la recherche de vibrations directes.