L’OSDL et OLIVIER THOUIN jouent une œuvre rare de SCHUMANN

L’Orchestre symphonique de Longueuil (OSDL), dirigé par Marc David, présentait hier soir son premier concert de l’année 2015 à la salle Pratt & Whitney. Le violoniste Olivier Thouin, violon solo associé de l’Orchestre symphonique de Montréal (et jadis violon solo de l’OSDL), était soliste dans le Concerto pour violon de Robert Schumann, très rarement joué. Ce fut donc une belle découverte qu’ont pu faire les centaines de spectateurs qui se sont déplacés en ce jeudi soir.

Ce Concerto pour violon de Schumann occupe une place particulière dans l’imposant catalogue de cet influent compositeur romantique. Schumann a écrit ce Concerto en seulement 11 jours, en 1853, et l’a remis à son dédicataire, le violoniste et virtuose Joseph Joachim. Cette œuvre ne sera jamais jouée du vivant de Schumann, lui qui mourra en 1856, deux ans après avoir été confiné dans un asile d’aliénés. Le manuscrit restera en la possession de Joachim, qui critiquera toutefois l’œuvre et en attribuera les défaillances à la maladie mentale qui affligeait alors Schumann. À sa mort, en 1907, Joachim a fait le vœu que le Concerto ne soit pas joué avant 1956. Le manuscrit a été déposé à la Bibliothèque d’État de Berlin et, dès les années 1930, plusieurs musiciens, dont le violoniste Yehudi Menuhin, ont voulu donner vie à cette œuvre. La première exécution publique du Concerto a finalement eu lieu le 27 novembre 1937, à Berlin.

Malgré sa découverte tardive, l’œuvre reste toujours méconnue et est rarement jouée, même si elle gagne, tranquillement mais sûrement, ses lettres de noblesse. L’OSDL, avec Olivier Thouin, nous faisait donc découvrir cette partition. L’exécution a été magistrale, pleine de finesse et d’expressivité. Le jeu fluide, précis et très souple de Thouin a fait ressortir de très belles mélodies, tantôt nostalgiques, tantôt mélancoliques et poignantes. Son vibrato ample et généreux a conféré à l’œuvre une force tranquille. Il n’y a pas de cadence à proprement parler, mais plusieurs passages ardus ont été joués de superbe manière. L’OSDL a très bien accompagné le soliste, et le chef a brillamment guidé le soliste à travers le Concerto. Moins marquante que le Concerto pour piano ou le Concerto pour violoncelle, cette œuvre mérite tout de même sa place dans les salles de concert. L’interprétation d’hier nous l’a prouvé.

En début de concert, l’OSDL nous a offert l’Ouverture Egmont de Ludwig van Beethoven. Composée en 1810, cette Ouverture est tirée d’une musique de scène que Beethoven a composée pour un drame en cinq actes de Goethe. L’œuvre est donc très dramatique et expressive, dans le style héroïque de Beethoven (la 5e Symphonie avait d’ailleurs été composée deux ans auparavant). L’OSDL joue cette œuvre avec toute la passion nécessaire et une intensité fervente est insufflée par le chef aux musiciens. La direction énergique et alerte mène à un crescendo éclatant, où les cordes sont expressives, malgré leur très petit nombre.

La deuxième partie du concert était composée de deux œuvres du compositeur allemand Johannes Brahms (ami de Schumann durant les dernières années de la vie de celui-ci). Tout d’abord, l’OSDL interprétait les Variations sur un thème de Haydn, constituées d’une ouverture, de huit variations sur le thème du premier mouvement et d’un finale. Ce chef-d’œuvre, terminé en 1873, a été joué de brillante manière par l’Orchestre. Tour à tour enjoué, nostalgique et énergique, les Variations ont été rendues avec nuance et passion. On retiendra la justesse et le synchronisme presque parfait des vents, notamment dans l’ouverture.

Pour conclure le concert, l’OSDL nous présentait quelques-unes des célébrissimes Danses hongroises de Brahms. Composées entre 1852 et 1869 pour piano à quatre mains, Brahms a par la suite lui-même orchestré certaines des 21 Danses, soit les nos. 1, 3 et 10. L’OSDL jouait les Danses hongroises nos. 1, 3, 5 et 6 (les nos. 5 et 6 ont été orchestrées par Martin Schmeling). Davantage tziganes que hongroises, ces pièces sont irrémédiablement vivantes et animées, et ont été jouées comme tel. La légèreté et l’élégance a certainement rendu de bonne humeur tous les spectateurs présents!

L’Orchestre symphonique de Longueuil a fait preuve d’audace en mettant au programme le Concerto pour violon de Schumann. Un public nombreux s’est déplacé pour entendre cette très belle œuvre, qui a été bien jouée. Dans la deuxième partie, on a aussi aperçu Olivier Thouin se faufiler discrètement parmi la section des violons pour interpréter les œuvres de Brahms! C’était très généreux de sa part : un beau geste de reconnaissance de la part d’un ancien membre de l’OSDL qui a maintenant une place importante parmi l’un des grands orchestres du Canada, voire d’Amérique du Nord.

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Benoit Bergeron
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Curieux de nature, Benoit est un boulimique musical qui consomme de presque tous les genres. Du punk au classique, en passant par le folk, le psychédélique et le rockabilly, il sait apprécier les subtilités propres à chacun de ces courants musicaux. À travers des centaines d'heures d'écoute et de lecture de biographies, il tente de découvrir les motivations et les secrets derrière les plus grands albums et les œuvres grandioses des derniers siècles. Il parcourt aussi les salles de spectacle de Montréal, à la recherche de vibrations directes.