Accompagné de quatre musiciens de l’Orchestre symphonique de Montréal (OSM), le pianiste (et acteur) Jean Marchand était à la Salle Bourgie ce vendredi soir afin d’interpréter des œuvres romantiques françaises. Au programme, ces cinq instrumentistes ont joué le Quintette pour piano et cordes no. 1 de Gabriel Fauré et le Quintette de Louis Vierne. Très expressives, ces deux pièces de musique de chambre ont ravi les spectateurs présents dans la salle du centre-ville de Montréal. Les violonistes Marie-Andrée Chevrette et Johannes Jansonius, l’altiste Rosemary Shaw et le violoncelliste Brian Manker ont montré tout leur savoir-faire.

Le Quintette de Fauré a été terminé en 1906, après environ trois ans de travail. Il faut dire que c’est durant cette période que Fauré, né en 1845, découvrait sa surdité qui allait l’isoler de plus en plus jusqu’à sa mort, en 1924. Comme la majorité de la musique de chambre de Fauré, le Quintette no. 1 est une œuvre très intimiste et intérieure. Mais il y a tout de même de grands épanchements de lyrisme, surtout de la part du piano, qui ondoie sans cesse. Le mouvement lent est tout en douceur, alors que le finale, après un magnifique thème exposé au piano, surprend par l’intensité de sa polyphonie. Deux thèmes s’entremêlent, mais le jeu demeure clair et précis. La coordination des cinq musiciens est presque parfaite.

On avait ensuite droit au Quintette de Louis Vierne. Cette œuvre s’inscrit dans un contexte particulier, puisque Vierne l’a composée en 1919, en l’honneur de son fils décédé durant la Première Guerre Mondiale. Les graves accords du piano au début du premier mouvement donnent certainement le ton de cette pièce profonde, proche du désespoir et remplie de la douleur de perdre un fils. On alterne entre des moments d’une réelle beauté, d’un lyrisme post-romantique très saisissant, et des passages fougueux qui peuvent être vus comme un regain de vie. C’est donc une œuvre très contrastée, où le piano a un grand rôle, lui qui installe souvent l’ambiance. Les dimensions presque symphoniques de l’œuvres ressortent à plusieurs endroits : l’écriture est dense et chargée. L’interprétation est sentie et passionnée de la part des musiciens. Ils rendent justice à ce chef-d’œuvre de la musique de chambre.

S’inscrivant dans des moments ardus de la vie de chacun des deux compositeurs, ces quintettes sont magnifiques à plusieurs égards. Outre cela, le lien qui unit ces deux œuvres est certainement la place importante qu’elles occupent dans la musique de chambre française. Tardif par rapport au romantisme allemand, le romantisme français n’a pourtant rien à envier à aucune autre tradition nationale. Parfois dénigrée, cette musique demeure essentielle et vitale. Toujours engagés et alertes, les quatre musiciens de l’OSM et Jean Marchand ont offert une excellente prestation de ces œuvres marquantes!

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Benoit Bergeron
Blogueur - RREVERB
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Curieux de nature, Benoit est un boulimique musical qui consomme de presque tous les genres. Du punk au classique, en passant par le folk, le psychédélique et le rockabilly, il sait apprécier les subtilités propres à chacun de ces courants musicaux. À travers des centaines d'heures d'écoute et de lecture de biographies, il tente de découvrir les motivations et les secrets derrière les plus grands albums et les œuvres grandioses des derniers siècles. Il parcourt aussi les salles de spectacle de Montréal, à la recherche de vibrations directes.